Partage international no 368 – avril 2019
par Graham Peebles
Les jeunes n’ont jamais été aussi nombreux dans toute l’histoire : des jeunes mieux éduqués, mieux informés et plus largement connectés que jamais auparavant. Environ 42 % de la population mondiale a moins de 25 ans, et 25 % a moins de 15 ans (soit 1,8 milliard de personnes). Le groupe le plus important se situe en Asie du Sud-Est et en Afrique subsaharienne, où l’âge médian1 n’est que de 19 ans, contre 38 ans aux Etats-Unis, 40 en France et 45 en Allemagne.
Cette immense armée de jeunes suscite un grand optimisme. Ils sont plus engagés politiquement et socialement et certainement plus soucieux de l’environnement que les générations précédentes ; ils sont moins conditionnés par des idéologies ; et malgré l’idée largement répandue que les moins de 35 ans sont insouciants et obsédés par eux-mêmes, ce sont souvent eux qui mènent la charge mondiale pour le changement. Ils détestent la malhonnêteté, ne font pas confiance aux politiciens et croient à juste titre que l’unité et la tolérance sont essentielles pour des relations justes et l’harmonie sociale.
Beaucoup se sentent frustrés par l’état du monde dans lequel ils sont nés, en colère contre des politiciens incompétents et des institutions internationales irresponsables, et furieux envers le vandalisme environnemental qui sévit partout dans le monde. La colère et le désenchantement ont conduit à l’engagement d’un grand nombre de jeunes à travers le monde. Ils grossissent les rangs du mouvement de protestation mondial, formant l’avant-garde de manifestations pour une action contre le changement climatique, réclamant justice et liberté sociales, des modifications rationnelles du droit américain sur les armes à feu et la fin de l’austérité et de l’injustice économique.
Ils ont constitué la force motrice de deux des mouvements sociaux et politiques les plus importants de ces dernières années : le Printemps arabe et le mouvement Occupy. Alors qu’autrefois, les jeunes étaient moins engagés que les générations précédentes lors des élections et dans le militantisme de partis, ceci est en train de changer. En Grande-Bretagne, par exemple, le parti travailliste, qui compte 504 000 membres (le plus important d’Europe), compte plus de 100 000 membres âgés de moins de 25 ans et ils sont extrêmement actifs.
En plus de manifester et de travailler sur les campagnes environnementales et sur les questions relatives aux droits de l’homme, la volonté de contribuer à la communauté locale est forte et nombreux sont ceux qui agissent en conséquence : une étude réalisée par la Royal Society of Arts en Grande-Bretagne a révélé qu’un nombre impressionnant de « 84 % des jeunes veulent aider les autres » et que « 68 % des jeunes ont participé à des activités de volontariat ou à d’autres formes d’action sociale ». Ces statistiques reflètent le niveau élevé de responsabilité sociale qui existe parmi cette génération partout dans le monde. L’étude a également révélé que, même s’il existe un fort désir d’apporter des changements à grande échelle, travailler localement pour aider une personne dans le besoin – se lier d’amitié ou aider une personne âgée à faire ses courses, par exemple – a également une valeur inestimable pour ces jeunes.
Il s’agit d’une génération qui a grandi avec les médias sociaux et qui les utilise parallèlement aux formes traditionnelles de participation. Les « Millennials2 » s’intéressent au bien commun, lequel se situe au cœur de leur engagement et de leur activité militante.
Inspirée et inspirante
Consternés par le degré d’inaction et l’ampleur de la crise, de nombreux jeunes se sont engagés en faveur de la cause environnementale. La grève des écoles pour le climat, initiée par Greta Thunberg, âgée de 16 ans, est l’une des formes les plus inspirantes de militantisme face au changement climatique. Après les records de chaleur, en août 2018, Greta a entamé une manifestation solitaire contre le changement climatique devant le parlement suédois à Stockholm. Chaque vendredi, au lieu d’aller à l’école, elle s’assied devant le parlement de son pays ; elle a promis de « continuer à le faire jusqu’à ce que les dirigeants mondiaux se conforment à l’accord de Paris sur le changement climatique ».
L’apathie est souvent dissimulée sous des arguments d’impuissance individuelle face à l’ampleur des problèmes auxquels l’humanité est confrontée. Eh bien, l’engagement d’une jeune fille comme Greta Thunberg constitue une réponse forte à ces faibles excuses. En suivant son exemple, des centaines de milliers d’écoliers du monde entier ont organisé leur propre grève de l’école pour le climat. Même si tous les corps enseignants devraient soutenir leurs actions, certains ne le font pas, et bien que cela soit décevant, ce qui compte, c’est que les enseignants, ainsi que les politiciens, les grandes entreprises et le grand public entendent ce que ces jeunes disent : « Laisser les énergies fossiles dans le sol, investissez dans les énergies renouvelables, menez une vie respectueuse de l’environnement ; c’est notre avenir que vous détruisez, agissez maintenant avant qu’il ne soit trop tard. »
La crise environnementale provoquée par l’homme est la conséquence d’un certain mode de vie, d’une approche de la vie qui valorise énormément la richesse matérielle, l’image, le plaisir et le succès. C’est, nous dit-on, un monde « où les loups se dévorent entre eux » dans lequel seuls les « forts » survivent. Cette vision qui suscite la peur a pollué la vie, alimentant la division sociale et les problèmes de santé mentale généralisés, en particulier chez les moins de 25 ans. En novembre 2017, le Parlement mondial des jeunes s’est réuni à Pékin pour discuter des « relations interpersonnelles : clés pour une nouvelle civilisation ».
Dans le compte rendu de leur séminaire, ils appellent à la création d’une société plus amicale et plus compatissante. Ils louent le pardon, qu’ils décrivent comme « la forme la plus sublime et la plus intégrale d’amour » et expliquent clairement que la « culture de la concurrence actuelle (qui place nos objectifs en regard des objectifs des autres) et le mauvais usage de la technologie » portent préjudice au bien-être humain. Et ils sont bien placés pour le savoir : en raison de la « culture de la concurrence » et de la pression exercée pour y « parvenir » – dans les domaines de l’éducation, et de la vie professionnelle et sociale – un nombre sans précédent de jeunes souffrent d’anxiété et de stress, de crises de panique et de dépression conduisant certains à l’automutilation et au suicide.
Bien que soumis à un système éducatif obsolète, conçu pour former des travailleurs soumis et non des individus créatifs et non conditionnés, les jeunes reconnaissent instinctivement que la coopération, et non la concurrence, fait partie intégrante de la nature humaine, et que travailler ensemble pour le bien commun est le meilleur moyen de relever les nombreux défis auxquels l’humanité est confrontée. C’est en fait le seul moyen de surmonter les différentes crises auxquelles nous sommes confrontés ; l’unité est la voie à suivre et les jeunes le savent.
L’avenir appartient aux quelques trois milliards de personnes de moins de 25 ans de ce monde, dont beaucoup sont inspirés et inspirants. Si nous voulons surmonter collectivement les défis auxquels l’humanité est confrontée, nous devons écouter ce que les jeunes ont à dire, mobiliser leur énergie et leur dynamisme. Ils sont en phase avec leur époque, débordent de créativité et sont une voix puissante pour le changement.
1. L’âge médian est tel que la moitié de la population est plus jeune et l’autre moitié plus vieille que cet âge.
2. Les générations du millénaire (nés entre 1983 et 2003)
