Partage international no 375 – novembre 2019
par Sam Pizzigati
Les unes après les autres, les études confirment que plus les Américains aisés s’enrichissent, plus la durée de vie du reste d’entre nous se raccourcit.
Que fait le Bureau de recensement des États-Unis entre les recensements effectués tous les dix ans ? Toutes sortes d’enquêtes annuelles, sur tous les sujets, du coût du logement à la vente au détail. Les enquêtes les plus déprimantes portent sur le revenu des américains moyens.
Les dernières statistiques montrent que la plupart des Américains courent sur un tapis roulant qui ne mène nulle part. Les ménages médians du pays ont gagné 2,3 % de moins (en dollars réels) en 2018 qu’en 2000.
Les foyers américains les plus riches n’ont pas ce type de problèmes. Le revenu réel des 5 % les plus riches a augmenté de 13 % depuis 2000, et s’élève en moyenne à 416 520 dollars. Les chiffres ne disent pas combien gagne le top 1 %. Mais les données fiscales montrent que le premier pour cent gagne dorénavant plus de 20 % du revenu de l’ensemble des foyers, triplant leur part depuis un demi-siècle.
Doit-on s’en inquiéter ? L’accroissement des revenus au sommet a-t-il un impact sur les Américains ordinaires ? Effectivement, révèle une étude récente de la Cour des comptes du pays (le Government Accountability Office (GAO). La croissance des inégalités nous tue, littéralement.
Cette étude troublante retrace l’évolution de la vie des Américains âgés de 51 à 61 ans en 1992. Les 20 % les plus riches de cette cohorte s’en sont plutôt bien tirés. Les trois quarts (75,5 %) d’entre eux étaient encore en vie en 2014.
À l’opposé du spectre économique, c’est une autre histoire.
Parmi les 20 % les plus pauvres de ce groupe d’âge, moins de la moitié (47,6 %) se réveillaient encore chaque matin en 2014. En d’autres termes, les plus pauvres des Américains de cet âge avaient juste une chance sur deux d’être vivants en 2014. Les plus riches avaient trois chances sur quatre. « Les inégalités d’espérance de vie, comme le pointe l’économiste Gabriel Zucman, explosent aux États-Unis. »
Ces résultats n’ont surpris personne. Durant les dernières décennies, les études n’ont cessé de montrer un lien cohérent entre l’accroissement des inégalités et le raccourcissement de l’espérance de vie. Les tendances observées aux États-Unis reflètent une dynamique semblable qui existe partout dans le monde, là où le revenu et la richesse se concentrent. Plus une société est inégalitaire, moins elle est en bonne santé. D’autre part, les pays où l’écart entre les riches et les pauvres est le plus faible semblent avoir les plus longues durées de vie. Et les gens qui vivent moins longtemps ne sont pas forcément les plus pauvres. Les gens aux revenus moyens dans les sociétés très inégalitaires vivent moins longtemps que ceux des sociétés plus égalitaires.
Qu’est-ce qui peut expliquer l’impact mortel de l’inégalité ? Nous ne le savons pas avec certitude. Mais de nombreux épidémiologistes parlent du niveau plus élevé de stress dans les sociétés inégalitaires. Ce stress réduit notre système immunitaire et nous rend vulnérables à une large gamme de maladies.
Il n’existe, bien sûr, aucun médicament contre les inégalités. Mais on peut se battre pour que des politiques publiques répartissant plus équitablement les revenus et les richesses soient mises en place.
D’autres pays ont trouvé comment mieux partager les richesses. Pourquoi pas les Etats-Unis ?
Estonie
Auteur : Sam Pizzigati, coédite Inequality.org. Parmi ses derniers ouvrages : The Case for a Maximum Wage (Polity Books) ; The Rich Don’t AlwaysWin : The Forgotten Triumph over Plutocracy that Created the American Middle Class, 1900-1970 (Seven Stories Press).
Sources : (Common Dreams. Notre travail est sous licence Creative Commons Attribution Share Alike 3.0)
Thématiques : Société, Économie
Rubrique : Divers ()
