Partage international no 268 – décembre 2010
Il est reconnu depuis longtemps que la pauvreté engendre la pauvreté, que les enfants des pauvres ont tendance à devenir parents d’enfants qui grandiront dans la pauvreté. Et ainsi de suite – à moins qu’un événement permette de briser le cycle.
Depuis peu, des recherches montrent que la pauvreté est un piège et qu’elle agit comme un poison. Des travaux effectués par des spécialistes en neurosciences, et présentés en février 2008 à l’Association américaine pour l’avancement des sciences, indiquent que « de nombreux enfants qui grandissent dans des familles très pauvres, à faible statut social, présentent des niveaux élevés d’hormones de stress, ce qui compromet leur développement neurologique ». Il en résulte une dégradation de développement du langage et de la mémoire, ce qui rend l’apprentissage difficile et ce qui, à son tour, diminue les chances d’échapper à la pauvreté.
Dans son article, La pauvreté est un poison, paru dans le New York Times, Paul Krugman fait remarquer qu’en 2006, 17,4 % des enfants aux Etats-Unis vivaient en dessous du seuil de pauvreté. Il ajoute que ces chiffres sous-estiment probablement la « vraie dimension de la misère des enfants ».
P. Krugman parle de l’aliénation due à la pauvreté et du fait qu’elle transforme les pauvres en parias dans leur propre communauté. « L’écart entre les pauvres et le reste d’entre nous est beaucoup plus grand qu’il ne l’était, il y a quarante ans, car les revenus de la plupart des Américains ont augmenté, en termes réels, tandis que la définition officielle du seuil de pauvreté n’a pas évolué. Etre pauvre en Amérique aujourd’hui, plus encore que par le passé, c’est être un paria dans notre propre pays. Et cela, nous disent les spécialistes des neurosciences, empoisonne littéralement le cerveau d’un enfant. »
Paul Krugman, économiste américain et auteur, est professeur d’économie et de questions internationales à l’Université de Princeton ; il est également chroniqueur pour le New York Times.
Paul Krugman cite une recherche récente qui suggère que « les enfants américains nés de parents dans le quartile inférieur de la distribution des revenus ont presque 50 % de chances d’y rester et quasiment deux chances sur trois s’ils sont Noirs ».
La pauvreté n’est pas une fatalité, affirme P. Krugman, qui exhorte son pays à prendre toutes les mesures nécessaires pour éviter d’anéantir des vies dès l’enfance.
Sources : The New York Times, Etats-Unis
Thématiques : Sciences et santé, Société
Rubrique : Divers ()
