Les étudiants journalistes au secours des déserts médiatiques

Partage international no 430juin 2024

Les « déserts d’information » locaux se multiplient aux Etats-Unis, en grande partie à cause des fonds spéculatifs qui absorbent les petits journaux et les dépouillent de leurs actifs, ainsi que de la tendance à se fier à Internet plutôt qu’aux journaux.

Toutefois, les étudiants en journalisme se mobilisent pour combler le manque d’informations locales, ce qui donne lieu à de nouveaux partenariats surprenants entre les médias et le monde universitaire. Prenons l’exemple du Community News Service (service d’information communautaire de l’université) (CNS) du Vermont, qui réalise des reportages pour le White River Valley Herald, l’hebdomadaire couvrant l’actualité de 16 villes rurales du Vermont. Lors d’une récente assemblée municipale à Stockbridge, où les 700 membres de la communauté discutaient des candidats aux élections, des étudiants du CNS étaient présents pour interviewer les participants sur leurs points de vue sur les candidats et leurs programmes. Sans ces étudiants, cet événement communautaire important n’aurait peut-être pas été couvert.

Les petits journaux comme le Herald ont toujours été le principal moyen de couvrir les événements des communautés, mais ils sont en train de disparaître. Selon le rapport 2023 sur l’information locale, près de la moitié des comtés des Etats-Unis n’ont qu’un seul organe de presse local, et plus de 200 comtés n’en ont aucun. Dans l’ensemble, le nombre de journaux aux Etats-Unis a diminué d’un tiers depuis 2005, et le nombre de journalistes a fondu de 60 %.

Les partenariats université-médias de ce type permettent de couvrir l’actualité locale où c’est nécessaire et, dans le même temps, les étudiants acquièrent une expérience pratique de la politique locale, ce qui peut favoriser leur carrière et former leur vision du monde. En outre, ces partenariats permettent d’augmenter le tirage de journaux souvent limités par l’orientation partisane de leurs propriétaires. C’est une situation gagnant-gagnant. On estime qu’il existe 120 programmes similaires dans tout le pays et qu’en 2023, plus de 2 000 étudiants journalistes à travers les Etats-Unis ont produit plus de 10 000 articles pour les journaux communautaires, pour un public estimé à plus de 14 millions de personnes. L’école de journalisme de l’université d’État du Louisiana (LSU), assure la couverture des assemblées législatives. En effet, la couverture de l’élaboration des politiques des États a été touchée par le déclin du nombre de reporters couvrant à temps plein les assemblées d’État, qui a baissé de 34 % entre 2014 et 2022.

Dans le cadre d’un cours de journalisme à la LSU, les étudiants couvrent les réunions des commissions et les sessions parlementaires, et des aides financières leur permettent de devenir stagiaires après la fin de leur semestre. Les parlementaires prennent les étudiants au sérieux car ils sont souvent la seule source d’information sur le travail du parlement qui parviennent à leurs électeurs. Quatre-vingt-quinze organes de presse ont publié les articles des étudiants de la LSU sur le Capitole de l’Etat, qu’il s’agisse des plus grands journaux de Louisiane ou de petits hebdomadaires et bihebdomadaires.

Heureusement, cette approche se répand. A l’heure actuelle, 20 États disposent sous une forme ou une autre d’un pôle journalistique couvrant la législature et dirigé par une université.

En Géorgie, un autre scénario de coopération entre l’université et les médias est en train d’émerger. Lorsque l’Oglethorpe Echo, journal qui couvrait le comté d’Oglethorpe depuis 1874, a été sur le point de fermer en 2021 en raison du départ à la retraite de son rédacteur en chef de longue date, l’école de journalisme de l’université de Géorgie a pris les devants pour racheter le journal. Aujourd’hui, des étudiants travaillent pour le journal pendant les semestres d’automne et de printemps, et pendant les vacances d’été et d’hiver, ils sont embauchés comme stagiaires afin d’éviter toute interruption de la couverture médiatique. Le journal a été transformé en association à but non lucratif et un ancien journaliste, qui était professeur suppléant, est devenu rédacteur en chef. Au cours de sa première année complète de fonctionnement sous l’égide de l’université, le journal a remporté neuf prix de l’Association de la presse de Géorgie. Tous les étudiants qui suivent ces programmes universitaires ne deviendront pas journalistes de carrière, mais même pour ceux qui n’ont pas cette vocation, les programmes sont utiles car ils permettent aux jeunes de s’intéresser aux questions qui touchent leur communauté. C’est une bonne formation pour devenir un citoyen engagé et un membre informé de la société en tant qu’adulte indépendant.

Etats-Unis
Sources : reasonstobecheerful.world
Thématiques : éducation
Rubrique : Divers ()