Unicef : Rapport 2006 sur la situation des enfants dans le monde
Partage international no 209 – février 2006
D’après un rapport de l’Unicef, des centaines de millions d’enfants souffrent de formes graves d’exploitation et de discrimination, et sont devenus virtuellement invisibles.
L’Unicef affirme perdre la trace de millions d’enfants faisant l’objet de trafic ou soumis à diverses formes de servitude domestique. D’autres enfants, parmi lesquels ceux des rues, restent bien visibles mais sont exclus de leurs droits élémentaires et ne bénéficient d’aucune protection : ils sont non seulement abusés, mais la plupart d’entre eux n’ont pas accès à l’école, aux soins de santé et aux autres services vitaux qui leur seraient nécessaires pour se développer.
Ce rapport, intitulé : La situation des enfants dans le monde en 2006 : exclus et invisibles, porte sur les enfants dont la situation est la plus fragile parce que leurs droits sont particulièrement difficiles à protéger. Ces enfants vivent hors de portée des campagnes de développement, ils sont la plupart du temps absents des débats publics, des législations et ne figurent pas dans les statistiques.
Si aucune attention particulière ne leur est accordée, des millions d’enfants resteront oubliés et continueront à être victimes de négligence et d’abus, ce qui provoquera des conséquences dramatiques pour leur situation à long terme et le développement des nations. Le rapport de l’Unicef insiste sur le fait que toute société qui porte un intérêt au bien-être de ses enfants et à son propre futur ne peut tolérer une telle situation.
En présentant ce rapport, Ann Veneman, directrice à l’Unicef, a déclaré : « La réussite des objectifs de développement du millénaire dépend de l’attention que l’on portera aux enfants vulnérables des pays en voie de développement. Il n’y aura pas de progrès durable si nos sociétés continuent à négliger les enfants les plus pauvres et les plus vulnérables, ceux qui sont exploités et victimes d’abus. »
Pourquoi ces enfants deviennent-ils invisibles ?
Par le passé, l’Unicef a démontré, de manière détaillée, comment les enfants sont victimes de la pauvreté, du sida et des conflits armés ; ce dernier rapport montre de manière précise comment ces facteurs, ainsi que la discrimination et une mauvaise gouvernance, privent les enfants de protection contre les abus et l’exploitation, les excluent de l’école, des soins de santé et d’autres services essentiels.
Le rapport montre que les enfants qui n’ont pas accès aux services de base sont plus vulnérables à l’exploitation parce qu’ils ne sont pas informés sur la façon de se protéger et parce qu’ils n’ont pas d’alternatives. Les enfants engagés dans les conflits armés, par exemple, sont couramment victimes de viols. Ce sont ces enfants, seuls et sans défense, qui sont totalement ignorés.
Le rapport met en avant quatre circonstances qui finissent par rendre invisibles certains enfants :
1) Les enfants sans identité formelle. A l’heure actuelle, plus de la moitié des naissances dans le monde en développement (hormis la Chine) ne sont pas enregistrées : ainsi, plus de 50 millions d’enfants se voient privés d’un droit essentiel : leur statut de citoyen. Les enfants non enregistrés à la naissance n’apparaissent pas dans les statistiques officielles et ne sont pas reconnus en tant que membres de leur société. Sans identité enregistrée, les enfants n’ont pas droit à l’éducation, à l’accès aux soins et à d’autres services de base.
2) Les enfants sans parents. Des millions d’orphelins, d’enfants des rues et d’enfants en détention grandissent sans les soins, l’amour et la protection de leurs parents ou d’un environnement familial. Les enfants qui vivent dans ces conditions ne sont, la plupart du temps, pas du tout traités comme des enfants.
On estime qu’environ 143 millions d’enfants, dans les pays en voie de développement, – soit un enfant sur 13 – sont orphelins d’au moins un des parents. Pour les enfants qui vivent dans une pauvreté extrême, la perte d’un seul parent, en particulier de la mère, représente un grand facteur de risque pour leur santé et leur éducation.
Des dizaines de millions d’enfants passent une grande partie de leur temps dans les rues où ils sont exposés à toutes les formes d’abus et d’exploitation.
Plus d’un million d’enfants vivent en détention, la plupart attendant un procès pour des délits mineurs. Parmi eux, nombreux sont ceux qui souffrent de négligence grossière, de violence et de traumatisme.
3. Les enfants privés d’enfance. Le rapport affirme que les enfants forcés à joueur un rôle d’adulte manquent certaines étapes cruciales de leur développement.
Des centaines de milliers d’enfants sont engagés dans des conflits armés en tant que combattant, coursier, porteur, cuisinier et esclave sexuel pour les groupes armés. La plupart du temps, ils ont été enlevés de force.
En dépit des lois contre le mariage des enfants, plus de 80 millions de filles dans les pays en voie de développement seront mariées avant l’âge de 18 ans, souvent beaucoup plus jeune.
Environ 171 millions d’enfants travaillent dans des conditions périlleuses et avec des machines dangereuses, y compris dans des usines, des mines et dans l’agriculture.
4. Les enfants exploités. Cloîtrés par les abuseurs, éloignés de l’école et des services essentiels, les enfants victimes de l’exploitation sont de manière notable parmi les plus invisibles. Leur existence est virtuellement impossible à détecter.
Quelque 8,4 millions d’enfants exercent des formes de travail les plus extrêmes, y compris la prostitution et l’esclavage pour dette (où ils sont exploités dans des conditions de quasi esclavagisme pour rembourser une dette).
Près de 2 millions d’enfants sont utilisés dans le cadre de l’exploitation commerciale du sexe où ils sont confrontés de manière régulière à la violence sexuelle et physique.
Chaque année, des millions d’enfants sont engagés dans des trafics illégaux où ils sont forcés à se livrer à des formes dangereuses et dégradantes de travail, y compris la prostitution.
Un grand nombre d’enfants sont exploités comme domestiques chez des particuliers. La plupart n’ont aucun accès à l’école, souffrent de sévices physiques et sont sous-alimentés ou surchargés de travail.
Le rapport affirme également que les enfants qui vivent dans des « pays fragiles » des pays qui sont dans l’incapacité ou qui n’ont pas la volonté de fournir des services de base pour leurs enfants – sont virtuellement invisibles.
La discrimination sur la base du sexe, de l’origine ethnique ou d’un handicap intervient également dans l’exclusion
des enfants. Ainsi, des millions de filles sont exclues de l’école, les enfants provenant de minorités ethniques ou de groupes indigènes n’ont pas accès aux services de base. On estime qu’environ 150 millions d’enfants vivent avec un handicap, la plupart n’ayant pas accès à l’éducation et aux soins de santé pour cause de discrimination.
S’engager en faveur des enfants
Le rapport affirme qu’il faut accroître les efforts actuels pour garantir que les enfants les plus vulnérables ne soient pas laissés pour compte. Les gouvernements, qui portent une très lourde responsabilité face à cette situation, doivent accroître leurs efforts dans quatre domaines fondamentaux :
1. La recherche et le suivi des enfants. Des systèmes d’enregistrement et de rapports sur la nature et l’étendue des abus envers les enfants sont essentiels pour garder trace des enfants qui sont devenus exclus et invisibles.
2. Le système législatif. Les lois nationales doivent s’aligner sur les engagements internationaux en faveur des enfants ; les lois qui encouragent la discrimination doivent être changées ou abolies. Les lois à l’encontre de ceux qui s’attaquent aux enfants doivent être considérablement renforcées. Souvent, le peu d’attention apporté à l’application des lois perpétuent un climat d’impunité vis-à-vis du rapt d’enfants.
3. Le financement. Des budgets spécifiques pour l’enfance et le renforcement des institutions qui sont au service des enfants doivent compléter les textes législatifs et le travail de recherche.
4. Des programmes. Dans de nombreux pays et communautés, des réformes sont nécessaires afin de supprimer les barrières pour les enfants exclus des services de base, comme supprimer l’obligation de présenter un certificat de naissance pour inscrire un enfant à l’école.
Le rapport mentionne également des actions concrètes qui peuvent être entreprises par la société civile, le secteur privé, les donateurs et les médias pour aider les enfants. Ces actions contribuent à construire un environnement protégeant les enfants de la même manière que la vaccination et une nutrition adéquate les préservent de la maladie.
Les gouvernements, les familles et la communauté doivent agir d’avantage, tout d’abord pour empêcher les abus et l’exploitation, et ensuite pour protéger les enfants victimes d’abus. Il faut instaurer des lois qui condamnent ceux qui sont coupables de crimes envers les enfants, ces lois doivent être appliquées ; les attitudes, les traditions et les pratiques nuisibles pour les enfants doivent être revues ; les enfants doivent recevoir l’éducation et les bases qui leur permettront de se protéger eux-mêmes.
Selon Ann Veneman : « Les personnes qui s’en prennent aux enfants leur volent l’opportunité de grandir en toute sécurité, de manière saine et dans la dignité.
Pour garantir la protection des enfants, les abus et l’exploitation doivent être mis à jour et ceux qui s’en prennent aux enfants doivent rendre des comptes à la justice. »
Sources : Unicef
Thématiques : Société, politique, Économie
Rubrique : Les priorités de Maitreya (« Pour aider les hommes dans leur tâche, Maitreya, l’Instructeur mondial, a formulé certaines priorités. Assurer à tous un approvisionnement correct en nourriture ; procurer à tous un logement convenable ; fournir à tous soins médicaux et éducation, désormais reconnus comme un droit universel. » Le Maître de Benjamin Creme, Partage international, janvier 1989. Dans cette rubrique, notre rédaction aborde les questions relatives aux priorités énoncées par Maitreya et présente des expériences orientées dans cette direction.)
