Partage international no 405 – mai 2022
par Kenny Stancil
Etats-Unis,
Au cours d’une semaine mondiale de désobéissance civile pour exiger une action climatique à la hauteur des preuves de la nécessité d’une décarbonisation rapide, le groupement Scientist Rebellion a attiré l’attention sur les écarts entre ce que les experts affirment nécessaire et la formulation qu’en ont autorisé les gouvernements dans le résumé du dernier rapport sur le climat publié par les Nations unies.
Le rapport du groupe de travail III du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) – qui fait partie de la sixième évaluation globale du climat par l’Onu depuis 1992, lequel sera peut-être la dernière à être publiée avant qu’il ne soit trop tard pour éviter les conséquences les plus catastrophiques de la crise planétaire – a été compilé par 278 chercheurs de 65 pays.
Les auteurs, qui ont synthétisé des milliers d’études évaluées par des pairs publiées au cours des dernières années, indiquent clairement sur près de 3 000 pages que « sans réduction immédiate et profonde des émissions dans tous les secteurs, limiter le réchauffement climatique à 1,5°C est impossible ».
Au cours du week-end controversé de négociations, les gouvernements des pays riches auront tenté d’affaiblir les propos concernant le financement vert au profit des pays à faible revenu, et les pays producteurs de combustibles fossiles se seront opposés à ce que l’urgence de cesser l’extraction du charbon, du pétrole et du gaz, soit mentionnée sans équivoque.

« Nous avons besoin d’un milliard de militants pour le climat. J’encourage chacun à réfléchir à la direction que nous prenons en tant qu’espèce et à s’engager dans la désobéissance civile et d’autres actions. Le moment est venu. » P. Kalmus, climatologue
Vers une rapide catastrophe climatique
« Malgré l’urgence climatique grandissante et l’absence de toute réduction des émissions, l’élaboration de la version finale du SPM reste alarmante de réserve, de docilité et de conservatisme, a déclaré dans un communiqué, Scientist Rebellion une alliance internationale d’universitaires qui plaident pour des changements politiques et économiques systémiques conformes aux découvertes scientifiques. La science n’a jamais été aussi claire : pour avoir une chance de conserver une planète habitable, les émissions de gaz à effet de serre doivent être radicalement réduites maintenant. Limiter le réchauffement à 1,5°C et répondre à l’urgence climatique nécessite une transformation immédiate de tous les secteurs et couches de la société, une mobilisation aux proportions historiques : une révolution climatique. Le Giec évite depuis trente ans de nommer les principaux coupables, ce qui est l’une des raisons de l’absence de véritables réductions des émissions. Les faits détaillant la complicité des pays les plus riches dans l’alimentation de la crise climatique ont été édulcorés dans le contrôle politique des déclarations du Giec. »
Scientist Rebellion a comparé la version finale du SPM – « Le document qui retient presque toute l’attention » – à une première ébauche du résumé du rapport du groupe de travail III, en août 2021, rédigée avant toute intervention des politiques.
Peter Kalmus, climatologue et auteur basé à Los Angeles qui participait aux actions directes de cette semaine mondiale, a déclaré à Common Dreams que les manquements des gouvernements et des décideurs l’avaient poussé à agir. Il a déclaré être prêt à s’engager dans la désobéissance civile et à risquer d’être arrêté après avoir « essayé tout ce à quoi je peux penser au cours de la dernière décennie et rien n’a fonctionné. Je vois l’humanité se diriger directement vers la catastrophe climatique.
L’humanité étant actuellement en bonne voie de perdre tout ce que nous aimons, la communauté scientifique doit intensifier ses efforts. Si nous ne mettons pas fin rapidement à l’industrie des combustibles fossiles et ne commençons pas à agir comme si l’effondrement de la Terre était une urgence, nous risquons l’effondrement de la civilisation et potentiellement la mort de milliards de personnes, sans parler de la perte d’écosystèmes critiques majeurs dans le monde, a déclaré P. Kalmus. C’est tellement plus grand que moi. Attendez-vous à ce que les climatologues adoptent de telles propositions à l’avenir et en grand nombre. »
Le mercredi 6 avril 2022, des scientifiques ont mené des actions à Berlin (Allemagne), à La Haye (Pays-Bas), à Bogota (Colombie) et dans d’autres villes.
Dans son rapport du 5 avril, Scientist Rebellion a décrit comment le processus d’examen politique des rapports du Giec affaiblissaient ou éliminaient ce qui a trait aux inégalités en matière de carbone et à la nécessité d’une transformation socio-économique de grande envergure pour réduire la pollution par les gaz à effet de serre (GES) dans le SPM final.
Exemple 1 : La section B6 du rapport indiquait à l’origine : « L’inertie institutionnelle et un parti pris social en faveur du statu quo entraînent un risque de report dans le futur de la baisse des émissions de GES qui peuvent être coûteuses ou difficiles à réduire. » Cela a été remplacé par : « Les émissions mondiales de GES en 2030 associées à la mise en œuvre de contributions déterminées au niveau national […] rendent probable que le réchauffement dépasse 1,5°C au cours du XXIe siècle. » La version finale ne mentionne plus non plus que les « intérêts particuliers » et l’accent mis sur une « approche progressive plutôt que systémique » sont des facteurs limitant toute transformation ambitieuse.
Exemple 2 : une version du SPM qui a fait l’objet d’une fuite indiquait qu’« au sein des pays, entre 1970 et 2016, les inégalités ont augmenté à la fois en termes de revenus et d’émissions de GES, les 1 % les plus riches bénéficiant de 27 % de la croissance des revenus ». Il indiquait également que « les 1 % les plus riches représentent 50 % des émissions de GES de l’aviation ». Aucune des ces deux informations n’apparaît dans la version finale.
« Alors que le SPM, approuvé ligne par ligne par tous les gouvernements, est réservé, docile et conservateur, la réalité est bien là », a déclaré Scientist Rebellion.
Le groupe a poursuivi en citant le secrétaire général de l’Onu, António Guterres, qui a déclaré lundi 4 avril, lors de la divulgation du rapport : « Nous sommes sur la voie rapide vers la catastrophe climatique. »
Comme Common Dreams l’a rapporté, plus de 1 000 scientifiques dans au moins 25 pays sur tous les continents devraient participer à des grèves, des occupations et d’autres actions cette semaine pour souligner « l’urgence et l’injustice des crises climatiques et écologiques ».
P. Kalmus a reconnu qu’il faudrait bien plus qu’une série d’actions directes de la part des scientifiques pour inverser la tendance à l’inaction : « Nous avons besoin d’un milliard de militants pour le climat. J’encourage chacun à réfléchir à la direction que nous prenons en tant qu’espèce et à s’engager dans la désobéissance civile et d’autres actions. Le moment est venu. Nous avons attendu bien trop longtemps. Mobilisez-vous avant de tout perdre. »
Auteur : Kenny Stancil, journaliste à Common Dreams.
Sources : commondreams.org
Thématiques : environnement
Rubrique : Point de vue ()
