L’entraide née des catastrophes favorise la paix

Partage international no 437février 2025

par Dr Tareq Abu Hamed

L’eau potable et l’énergie solaire ne sont pas les premières choses qui viennent à l’esprit lorsqu’on cherche des solutions aux conflits de longue date au Moyen-Orient.

Pourtant, dans cette région où les défis environnementaux s’intensifient chaque jour, les initiatives environnementales pourraient bien participer à la résolution du problème.

La nature ne connaît pas de frontières. Aujourd’hui, les Israéliens, les Palestiniens, les Jordaniens et les habitants de toute la région sont confrontés à un climat plus imprévisible qui menace les ressources naturelles. La situation géologique et écologique unique de la région la rend particulièrement vulnérable aux effets du changement climatique. La hausse des températures à elle seule entraînera de graves risques sanitaires, avec une augmentation des taux de mortalité, et posera des problèmes d’infrastructure dans toute la région.

La coopération environnementale n’est pas de la gesticulation politique. Les personnes qui vivent et travaillent dans la région reconnaissent qu’il s’agit d’une nécessité pratique pour le Moyen-Orient.

En outre, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord connaissent une sécheresse quasi continue depuis 1998, qui représente la période de sécheresse la plus sévère depuis neuf siècles. A mesure que la pénurie d’eau s’accentuera dans la région, la dégradation de l’environnement engendra probablement d’autres difficultés, menaçant les moyens de subsistance, intensifiant la concurrence pour les ressources et contribuant à l’augmentation du nombre de réfugiés climatiques, ce qui aurait un impact sur la stabilité régionale.

 

Exemple de coopération internationale

Bien que les défis politiques de la région soient difficiles à relever, je sais que la coopération est possible et je l’ai vérifié de mes propres yeux. L’institut d’éducation et de recherche que je dirige, l’Institut Arava pour les études environnementales, est basé dans la vallée de l’Arava, dans le désert du Néguev. Depuis 1996, nous avons réuni plus de 1 900 étudiants palestiniens, israéliens, jordaniens, américains et d’autres pays pour qu’ils apprennent les uns des autres et se côtoient.

Ce travail et cette coopération nous permettent de relever des défis pratiques, comme le développement de systèmes hors réseau qui utilisent l’énergie solaire pour l’irrigation et la purification de l’eau. Nous avons également mis au point des programmes de protection des plantes indigènes, notamment un palmier dattier cultivé à partir d’une graine de datte vieille de 2 000 ans.

 

Maintenir le dialogue

Mais ce travail n’est pas seulement une question d’environnement – c’est aussi l’occasion de faciliter la compréhension mutuelle, la confiance partagée et le dialogue civilisé entre des communautés qui sont en conflit depuis des années.

Bien sûr, les conflits ont interrompu notre travail au fil des ans. Ce fut le cas lorsque la guerre entre Israël et le Hamas a éclaté.

Mais plutôt que de rentrer chez eux, Israéliens et Palestiniens ont choisi de rester ensemble sur le campus pendant le 2semestre de 2023. Lorsqu’ils revenaient après un court séjour dans leur famille, les étudiants israéliens et palestiniens s’informaient mutuellement de la situation de leurs familles. Ils ont mené des campagnes de collecte de fonds pour aider à la fois les familles de Gaza et les familles des otages israéliens. Ils ont même écrit des chansons sur la paix.

Ces manifestations d’empathie et de compréhension n’ont été possible que parce que nos élèves ont eu l’occasion de reconnaître l’humanité présente en chacun avant que le conflit n’éclate. Dans le cadre de notre programme scolaire, nos élèves doivent participer à des séances hebdomadaires de dialogue au cours desquelles ils discutent de sujets importants pour leur identité, leur culture et leur histoire. Cela inclut des sujets émotionnels et difficiles comme la Nakba et l’Holocauste.

Dans une région où les solutions politiques sont souvent lentes à se concrétiser, les efforts qui commencent par les besoins humains fondamentaux, comme l’accès à l’eau potable et à l’énergie durable, peuvent ouvrir la voie à une diplomatie et à des solutions politiques authentiques.

Ces séances de dialogue ont permis de maintenir les lignes de communication ouvertes au-delà des clivages culturels dans le sillage du 7 Octobre et, en fin de compte, elles ont permis à nos étudiants, à notre corps enseignant et à nos partenaires de se consacrer à la construction d’un avenir plus durable pour la région.

 

Des solutions hors réseau

Depuis le début de la guerre, nous avons lancé l’initiative Redonner de l’espoir à Gaza, qui vise à établir des abris sûrs et autonomes pour 20 000 personnes dans la bande de Gaza. Ces abris intègrent des solutions hors réseau pour l’eau, l’assainissement, l’hygiène et l’énergie, garantissant la durabilité à long terme et l’indépendance des communautés déplacées. Dans ce cadre, l’Institut Arava et ses partenaires visent à déployer des systèmes de dessalement pour garantir un accès fiable à l’eau po- table, ainsi que de l’énergie solaire pour une énergie durable, un traitement des eaux usées hors réseau et des biodigesteurs pour convertir les déchets en énergie.

Nous avons déjà déployé quatre abris pilotes à Al-Mawasi Hamad et Dir Albalah, offrant un refuge et des services essentiels à plus de 5 000 personnes.

La reconstruction des infrastructures à Gaza prendra des années, mais ces solutions peuvent apporter une réponse immédiate en matière de santé publique, tout en facilitant la coopération entre les personnes de tous horizons dans la région.

Dans une région où les solutions politiques sont souvent lentes à se concrétiser, les efforts qui commencent par les besoins humains fondamentaux – comme l’accès à l’eau potable et à l’énergie durable – peuvent ouvrir la voie à une diplomatie et à des solutions politiques authentiques et centrées sur l’être humain.

Le travail accompli ici dans le désert du Néguev nous le rappelle avec force : dans les endroits où la politique stagne, les solutions peuvent commencer par quelque chose d’aussi universel que l’eau potable.

Moyen-Orient Auteur : Dr Tareq Abu Hamed, directeur exécutif de l’Institut Arava pour les études environnementales, un institut de recherche académique qui milite pour la coopération transfrontalière sur les questions climatiques malgré les conflits politiques.
Sources : commondreams.org
Thématiques : Société, politique
Rubrique : Point de vue ()