Partage international no 20 – avril 1990
Interview de Le Maître - par Patricia Pitchon
2 mars 1990
Patricia Pitchon : Maitreya affirme que les forces du marché sont aveugles, mais la théorie économique qui prévaut de nos jours s’appuie exclusivement sur la loi de l’offre et de la demande, qu’on assimile actuellement à la liberté.
Le Maître : La question est de savoir d’où vous partez : car de cela dépend votre attitude par rapport à l’offre et à la demande. Telle personne exigera une quantité « x » de la vie et sa demande sera satisfaite rapidement, moyennant une faible dépense d’énergie. Tel autre personne exigera la même quantité « x » plus d’autres choses encore, et une dépense d’énergie plus importante sera nécessaire pour lui permettre de satisfaire ses besoins. Les individus ont des exigences différentes envers la loi d’offre. Certains exigent davantage de la vie, nécessitant des ressources plus importantes, et s’ils trouvent satisfaction, ce ne peut être qu’au dépend de ceux qui exigent, ou ne peuvent qu’exiger, moins. Ceci montre l’aveuglement des forces du marché, qui ne tiennent aucun compte des différences de statuts (économique, social ou autre) de ceux qui formulent leurs exigences. C’est la raison pour laquelle la mise en œuvre de ces forces induit nécessairement l’inégalité. Elles sont intrinsèquement séparatrices. C’est pourquoi Maitreya les qualifie de « sataniques ». Si tout le monde partait du même point, ces forces pourraient avoir une certaine logique. Mais personne ne part du même endroit. Il existe aujourd’hui des individus et des nations riches ou pauvres.
PP : Pour quelle raison cette analyse ne pose-t-elle pas question aux gouvernements occidentaux ?
Le Maître : Les pays développés considèrent comme faisant partie de leurs prérogatives de revendiquer un certain niveau de vie de la loi d’offre. Leur analyse les conduit à penser qu’ils donnent beaucoup. Les pays pauvres sont perçus comme contribuant peu, et donc comme méritant peu des mêmes ressources mondiales.
L’avidité est l’essence même des forces du marché, qui ont été élevées au rang de théorie économique en réponse à l’avidité des individus et des nations riches.
Cependant, à la lumière de la nouvelle donne, dans laquelle l’avidité sera remplacée par l’harmonie sociale et l’interdépendance, les forces du marché ne pourront plus longtemps s’imposer. Comme théorie économique, elles sont condamnées, car n’appartenant pas à l’époque à venir. Une économie stable, autorégulée, doit devenir l’objectif à atteindre.
PP : Les gens semblent éprouver des difficultés à saisir la portée du concept de stabilité. Le gouvernement britannique semble penser que ce concept est applicable à l’environnement, mais pas à d’autres domaines. Quel en est le principe directeur ?
Le Maître : Le principe directeur doit être celui de la suffisance et non du gaspillage. A l’heure actuelle, le système économique mondial est dominé par le gaspillage. L’énorme croissance de ce gaspillage est à l’origine de nos différents problèmes de pollution, et constitue un danger pour le bien-être de la planète. Ceci n’est qu’à moitié compris. Une économie stable doit répondre aux besoins de chacun en accord avec les possibilités et la santé de la planète. Aujourd’hui, cela paraît irréalisable. Cependant, la technologie de la lumière transformera la situation de l’humanité et procurera une énergie, écologiquement saine et illimitée, capable de répondre à tous nos besoins. Cette situation nouvelle transformera l’approche de l’humanité face à ce problème de l’offre et de la demande, et par conséquent face aux forces du marché. Beaucoup d’individus, déjà, sont aujourd’hui conscients des dangers inhérents à la soumission aveugle aux forces du marché. De plus en plus de commentateurs dénoncent l’avidité qui est à la base de notre pensée politique. Une nouvelle conscience se répand, qui considère l’avidité sous un jour nouveau. L’avidité actuelle est maintenant perçue pour ce qu’elle est — une aberration — et sera bientôt remplacée par la coopération.
PP : Comment envisagez-vous les suites immédiates du krach boursier en Occident ?
Le Maître : Après le choc initial, les nations se réuniront afin de discuter des moyens d’affronter l’avenir de manière coordonnée. Ceux qui s’en sont tenu le plus catégoriquement à la loi des forces du marché, se trouveront d’eux-mêmes exclus de la nouvelle donne qui émergera, et ceux qui prônent la coopération gagneront en influence.
Un tel changement ne se produira pas en une nuit. Le processus sera graduel, mais ne sera pas longtemps reporté. Déjà au sein des gouvernements, des individus attendent de pouvoir agir.
PP : Ces personnes sont-elles des disciples conscients des Maîtres ?
Le Maître : Certains travaillent avec les Maîtres. Certains ont rencontré Maitreya. Ils ont été entraînés et préparés à mettre en place les changements indispensables à un monde plus équitable. Par le processus démocratique — qui sera maintenu — ces personnes émettront leurs propositions qui, plus ou moins amendées, constitueront la norme dans la plupart des pays.
PP : Quels points de vue les pays communistes, qui sont depuis peu en train de changer, devront-ils abandonner afin de se diriger dans la bonne direction ?
Le Maître : C’est la rigidité de pensée qui a entraîné l’effondrement du système communiste. Ils se sont trouvés incapables de s’adapter à la modification des besoins de leurs sociétés. Dans l’ensemble, les différents groupes politiques, en Europe de l’Est et en Union Soviétique, ne succombent pas au charme du capitalisme occidental. Ils ont véritablement la volonté de régénérer leur économie. Il ne fait aucun doute qu’ils souhaitent une social-démocratie plus réussie. Il est certain qu’ils désirent davantage de biens matériels. Il est d’ores et déjà évident qu’ils souhaitent une plus grande participation au gouvernement. Mais cela ne signifie pas qu’ils souhaitent adopter le système capitaliste dans son intégralité.
Au contraire, il faudra de nombreuses tentatives, dont certaines seront des succès et d’autres des échecs partiels, avant qu’une synthèse opérationnelle, qui satisfasse les besoins physiques et les idéaux sociaux, ne soit établie.
PP : Quelle sera la réponse des gouvernements du tiers monde, qui ont maintenant adopté le système économique de l’offre et de la demande, lorsque cette réorientation commencera à prendre forme ?
Le Maître : Il n’existe pas deux pays du tiers monde qui aient des besoins, des potentiels ou un état de développement, identiques. Diverses méthodes seront testées. Certaines s’approcheront davantage de l’idéal occidental, d’autres de la manière de penser des pays communistes de l’Est. De plus en plus, cependant, les nations du monde, sous l’influence du partage des ressources, et visant à une suffisance durable, se tourneront vers un socialisme démocratique, ce qu’on appelle encore la social-démocratie.
Cette remarque vaut aussi bien pour le tiers monde que pour le monde développé. Ce qui ne signifie pas que tous les pays progresseront au même rythme. Mais tel sera leur idéal, et l’individu ainsi que la libre entreprise trouveront leur place dans le cadre d’une gestion sociale de l’économie.
PP : Quels sont aujourd’hui les pays les plus proches de cet idéal ?
Le Maître : Il en existe quelques uns en Europe Occidentale : les Pays-Bas, l’Allemagne de l’Ouest et les pays Scandinaves. La France, l’Italie — les pays du marché commun en général — reflètent quelque peu cet idéal. Mais, là comme partout, le mal présent dans les forces du marché a empoisonné l’économie. Politiquement, il s’agit de social-démocraties qui peuvent être complétées ou perfectionnées par une plus grande participation de tous les groupes au gouvernement, mais qui dans une large mesure sont encore infectées par le poison des forces du marché. Politiquement, ces groupes sont plus matures. Il y existe une meilleure compréhension des structures politiques que des effets destructeurs de certaines structures économiques.
Tous ces pays vivent sous l’hégémonie du totalitarisme économique américain, de la même manière que les pays de l’Est ont vécu sous l’hégémonie du totalitarisme politique soviétique. Cependant, de même que l’un de ces groupes a rejeté la domination politique, l’autre se débarrassera lui aussi des chaînes économiques.
