L’effet de surplomb : le sentiment de notre interconnexion

Partage international no 433septembre 2024

par Andy Morgan

En 1987, après avoir interviewé de nombreux astronautes, Frank White a employé l’expression « overview effect » (l’effet de surplomb) pour décrire les profonds changements de conscience qui s’opéraient en eux suite à l’expérience consistant à voir la Terre depuis l’espace.

Comme l’explique F. White : « Notre planète n’a ni frontière, ni limite autres que celles que nous créons dans notre esprit ou par nos comportements. Toutes les idées et les concepts qui nous divisent lorsque nous sommes à la surface de la Terre commencent à s’estomper lorsque nous sommes en orbite ou sur la lune. Il en résulte un changement dans la vision que nous avons du monde ainsi que de notre identité. » Un tel phénomène se produit fréquemment lorsque des astronautes regardent pour la première fois de très loin notre belle planète pleine de vie.

Ron Garan a eu cette chance. Il a séjourné en tout 178 jours dans l’espace en parcourant au total 115 millions de kilomètres au cours de ses séjours dans la navette spatiale américaine, dans le vaisseau spatial russe Soyuz et dans la station spatiale internationale (ISS). Contempler cette vue spectaculaire de la Terre depuis les cieux a aidé R. Garan à devenir bien conscient du fait que des problèmes comme le changement climatique, la déforestation et la perte de la biodiversité ne sont pas des phénomènes isolés. Il y a de manière sous-jacente quelque chose qui ne va pas dans la manière dont nous nous percevons, selon lui. Nous ne parvenons pas à réaliser que nous sommes une espèce planétaire.

Dans une interview accordée au site internet multimédia Big Think, il décrit le cheminement de sa pensée en observant par le hublot de l’ISS des éclairs produits par un orage, mettant en évidence la finesse de l’atmosphère terrestre : « J’ai vu une biosphère irisée débordante de vie. Je n’ai rien vu de notre économie. Pourtant, les systèmes créés par l’homme considèrent que tout ce qui existe, y compris les systèmes vitaux de notre planète, est propriété exclusive de l’économie mondiale. Le mensonge devient évident lorsqu’on observe les choses de l’espace. Nous devons remplacer notre représentation « économie, société, planète » par « planète, société, économie ». Cela arrivera quand nous aurons avancé dans notre processus évolutif. »

Nos lecteurs connaissant le livre de George Adamski, A l’intérieur des vaisseaux de l’espace, se rappelleront peut-être d’une conversation qu’il eut avec un Maître vénusien qui expliquait : « Une grande erreur que commettent les habitants de la Terre est de diviser en de nombreuses parties ce qui ne devrait jamais être divisé. Vous avez de multiples divisions, que ce soit au niveau de la forme ou des enseignements, beaucoup d’attirances et d’aversions bien enracinées, tout cela ne contribuant qu’à augmenter l’état de confusion qui règne sur votre planète. Nous qui sommes d’autres mondes, nous ne connaissons pas de telles divisions mais nous sommes conscients des liens et des interdépendances qui existent entre toutes choses. »

 

Photo : PIRO4D,  CC0 1.0 Universal, via Pixabay (PickPik)
« Notre planète n’a ni frontière, ni limite autres que celles que nous créons dans notre esprit ou par nos comportements. Toutes les idées et les concepts qui nous divisent lorsque nous sommes à la surface de la Terre commencent à s’estomper lorsque nous sommes en orbite ou sur la lune. Il en résulte un changement dans la vision que nous avons du monde ainsi que de notre identité. » Franck White

 

Photo : Joe Acaba, NASA , Domaine public, via Wikimedia Commons
« J’ai vu une biosphère irisée débordante de vie. Je n’ai rien vu de notre économie. Mais les systèmes créés par l’homme considèrent que tout ce qui existe, y compris les systèmes vitaux de notre planète, est propriété exclusive de l’économie mondiale. Le mensonge devient évident lorsqu’on observe les choses de l’espace. Nous devons remplacer notre représentation « économie, société, planète » par « planète, société, économie ». Cela arrivera quand nous aurons avancé dans notre processus évolutif. » Ron Garan

 

Dans l’esprit de R. Garan, nous ne faisons que nous illusionner au sujet de nos priorités matérielles et sur les questions insignifiantes qui retiennent collectivement notre attention. Il considère que notre relation avec la nature et le cosmos relève plutôt de la philosophie métaphysique que de la science conventionnelle : « Une des choses que j’ai réalisées pendant mes séjours dans l’espace est que nous ne venons pas de la Terre, nous sommes de la Terre. Et pour aller encore plus loin, nous ne sommes pas dans l’univers, nous sommes l’univers. Nous sommes l’univers devenant conscient de lui-même. »

Chris Hadfield, qui a passé 166 jours dans l’espace, a raconté que le changement de perspective qu’il a connu s’est produit rapidement et que de fortes émotions l’ont envahi alors qu’il n’y était pas préparé. Son moment « d’euphorie » est survenu alors qu’il prenait des photos du Pakistan depuis son vaisseau spatial. Il a considéré que ce pays, c’était « nous » et pas « eux », alors qu’il n’est pas Pakistanais. Il a alors réalisé à quel point les humains sur Terre vivent véritablement ensemble et que les frontières et les nationalités ne devraient pas définir notre identité en tant qu’êtres humains.

En 1992, Mae Jemison, la première femme noire à aller dans l’espace, a aussi connu une puissante expérience de ce genre. Pendant une mission qui a duré huit jours, elle s’est non seulement sentie connectée à la Terre mais aussi à l’univers tout entier. Ce sentiment n’a fait que renforcer ce qu’elle pensait déjà en grandissant : il n’y a pas de véritables limites à la vie.

Pendant son séjour de vingt-trois jours dans l’espace, le fait de voir la courbure de la Terre depuis l’espace a conduit Mike Massimino à connaître cet effet de surplomb. Pour lui, notre planète était un « paradis ». Il était comme un voyageur de l’espace admirant la véritable beauté de la Terre et il n’avait jamais rien vu d’aussi éblouissant de toute sa vie.

Il n’est pas surprenant que ces expériences puissent mener à un optimisme inébranlable. Comme en témoigne R. Garan : « Je vois très clairement qu’une unité florissante et une grande prise de conscience au sujet de l’interdépendance de notre nature se répandent sur toute notre planète. Cette prise de conscience atteindra un jour sa masse critique et quand cela se produira, nous pourrons résoudre les problèmes auxquels notre planète est confrontée. »

Auteur : Andy Morgan, collaborateur de Share International vivant à Arlington, au Texas (Etats-Unis).
Sources : BigThink.com, spacegrant.carthage.edu
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Rubrique : De nos correspondants ()