L’écologie politique ne cesse de monter en puissance

Partage international no 375novembre 2019

par Graham Peebles

Tandis que déferle une vague chauvine portée par des formations de droite et d’extrême-droite, les partis politiques qui s’intéressent aux enjeux écologiques bénéficient d’une dynamique ascendante.

Une prise de conscience s’opère sur la question du changement climatique et des enjeux qui y sont associés ; en Grande-Bretagne, un récent sondage a montré que 85 % des personnes se disent inquiètes par rapport au changement climatique, 52 % étant même « très inquiètes ». Du fait de cette préoccupation croissante, les partis écologistes semblent être à un tournant, en particulier en Europe, et ce sont les jeunes qui en sont à l’origine.

Aux élections européennes de mai 2019, les partis verts ont atteint des niveaux sans précédent dans le Nord-Ouest de l’Europe, un tiers des moins de trente ans ayant voté écologiste. En Allemagne, pays où les Verts ont historiquement été les plus puissants, un sondage national place les Verts en première position en cas d’élection fédérale.

Comme l’explique le Financial Times, les partis écologistes ont aujourd’hui, et pour la première fois, une « forte influence au niveau européen, ainsi qu’au niveau national dans des pays qui représentent plus de la moitié de la population de l’UE ».

Ce dernier consiste en un prélèvement appliqué, par exemple, sur le carburant, les billets d’avion, etc., dont les recettes seraient ensuite reversées sous forme de dividende ou de crédit d’impôt universel, afin de compenser les coûts engendrés par la transition vers une économie bas carbone. Le Parti vert allemand soutient ce dispositif, tout comme Ska Keller, la dirigeante du Parti vert européen.

Les différences d’approches, de valeurs, de politiques et d’attitudes ne pourraient être plus vives entre l’écologie politique et les conceptions clivantes de la droite : ce sont deux façons opposées d’envisager les enjeux du moment, qui correspondent à des fractures dans la société en général, divisions qui deviennent de plus en plus vives à mesure que s’opère la transition d’une civilisation vers une autre.

Les modes de vie actuels, les valeurs ainsi que les structures sont en voie de cristallisation. Basée sur des idéaux qui promeuvent l’individu plutôt que le collectif, l’existence s’inscrit dans une perspective matérialiste quelque peu étroite. Les idéologies religieuses, politiques et sociales exercent une profonde influence, engendrant de la séparation et de l’intolérance, enfermant ceux qui les adoptent dans des dogmes. A l’inverse, le Mouvement du Nouveau tend vers la synthèse, la coopération et l’entente.

Tandis que les différences deviennent de plus en plus manifestes et les choix de plus en plus clairs, les méthodes de la droite et de l’extrême-droite se font plus extrêmes, la polarisation se fait plus forte, et les demandes en faveur d’un changement s’intensifient. Les principaux obstacles au changement sont les forces réactionnaires et conservatrices du monde. Elles s’incarnent dans des formations puissantes, dont beaucoup sont actuellement au pouvoir : la présidence Trump, et plus généralement le Parti républicain aux Etats-Unis, ainsi que les conservateurs en Grande-Bretagne, qui, sous la direction du premier ministre Boris Johnson, ont peut-être formé le gouvernement le plus à droite que le pays ait jamais connu.

La Russie, la Turquie, Israël, la Hongrie et la Pologne ont tous des gouvernements de droite ; le Japon, sous la direction de Shinzo Abe, a vu le parti libéral-démocrate se déplacer vers la droite, tandis que les gouvernements d’Australie et du Canada se laissent dériver afin d’attirer une part du vote populiste.

L’Inde a récemment réélu le BJP, le parti nationaliste hindou, avec Narendra Modi comme premier ministre, et, en 2018, le Brésil a voté pour Jair Bolsonaro, ancien capitaine de l’armée et politicien d’extrême-droite. Ce dernier a beaucoup fait parler de lui en raison des incendies volontaires dans la forêt tropicale amazonienne, déclenchés avec la bénédiction du gouvernement, ce qui constitue un véritable acte de terrorisme environnemental.

Tous les gouvernements de ce type sont repliés sur eux-mêmes, promeuvent à divers degrés un nationalisme tribal, et cherchent non seulement à maintenir un statu quo injuste, mais également à intensifier celui-ci. Ils représentent le passé : leurs méthodes et leurs idéaux sont en complet décalage avec l’air du temps et, alors que se dessine plus clairement le Nouveau Récit, et que se mettent en place les formes à travers lesquelles pourront se déverser les eaux purificatrices de la justice et de l’unité, leur chute est inéluctable.

Cette ligne de fracture est bien entendu difficile à caractériser sociologiquement, mais, dans l’ensemble, les facteurs déterminants ne sont ni la classe sociale, ni la profession, mais plutôt l’âge et le niveau d’éducation. En 2017, un sondage YouGov mené au Royaume-Uni a montré que le parti travailliste avait une avance de 19 points de pourcentage dans la catégorie des 18-24 ans, « tandis que les conservateurs avaient une avance de 49 points de pourcentage chez les plus de 65 ans ».

Les travaux du Pew Institute ont montré que les jeunes (de 18 à 29 ans), dans tous les pays étudiés, « sont favorables à une plus grande diversité [culturelle et ethnique] dans leur pays », et que le niveau d’éducation joue un rôle déterminant dans leur positionnement, que celui-ci soit ou non progressiste ; aux Etats-Unis, par exemple, 71 % des personnes ayant un niveau d’éducation « élevé » sont favorables à la diversité, contre 51 % parmi celles ayant un niveau d’éducation plus faible. En Allemagne, ces taux sont respectivement de 65 % et 44 % ; et, au Brésil, ils sont de 67 % et 38 %.

En dépit des signes en apparence contraires, et malgré les tactiques agressives de ceux qui cherchent à s’opposer au changement, une dynamique irrésistible se met en place, et celle-ci balayera les anciennes structures décrépites.

La Vague Verte est le signe et l’expression de ce mouvement mondial. Tout ce qui divise et détruit doit être mis de côté ; l’unité, le partage et la tolérance sont les valeurs de ce temps, et celles-ci s’affirmeront de plus en plus comme les principes sur lesquels un nouvel ordre mondial sera construit.

Auteur : Graham Peebles, écrivain indépendant britannique et travailleur caritatif, il a créé l’ONG The Create Trust en 2005 et a mené des projets éducatifs en Inde, au Sri Lanka, en Palestine et en Ethiopie.
Thématiques : environnement
Rubrique : Divers ()