Le veilleur de nuit

Partage international no 106juin 1997

Cher Monsieur,

De 1992 à 1995, un problème de voiture m’empêcha d’emprunter l’autoroute. Malgré tout, je pouvais faire le trajet par la route entre mon domicile de Pasadena et Tara Center, à San Fernando Valley, où je me rendais plusieurs fois par semaine pour les méditations de transmission.

Au cours du trajet de retour, très tard le soir, à un certain moment, je remarquai un homme assis sur le banc d’un arrêt de bus. Trois fois par semaine, je le voyais à la même place, ses longues jambes croisées, ses bras également croisés sur sa poitrine ou tenant une couverture drapée comme une capuche. Une barbe grise lui donnait la cinquantaine passée, mais son apparence était soignée. La plupart du temps, très intériorisé, il semblait regarder devant lui un point que lui seul connaissait.

Il me vint à l’esprit qu’il était sans domicile fixe, mais qu’il devait surement recevoir ce dont il avait besoin au refuge pour sans-abri, situé un peu plus loin. Peut-être qu’une psychose l’empêchait d’y dormir et le poussait à passer ses nuits sur ce banc. Je ne comprenais pas comment il pouvait dormir alors que le flot de voitures passait juste à côté de lui. Mais, lorsque je passais près de lui, il était toujours éveillé. Encore plein d’énergie de la transmission que je venais d’effectuer, je pensais que lui aussi était en méditation, mais je n’avais aucune idée de ce qui pouvait bien se passer dans sa tête. Il paraissait tout simplement serein, satisfait, et parfois, il me semblait qu’il souriait. Il ne me vint jamais à l’esprit qu’il attendait le bus. D’ailleurs, aucun bus ne passait à cette heure tardive, personne n’attendait, sauf cet homme qui gardait toute sa dignité malgré le froid.

Durant les mois les plus chauds, il ne couvrait plus sa tête avec la couverture. Son épaisse chevelure, longue et noire, contrastait avec le gris de sa barbe. La propreté de sa mise prouvait qu’il changeait souvent de vêtements. Lors d’une nuit d’été, je fus surpris de le voir les cheveux coupés, fraîchement rasé. Aussi, sans sa barbe, il semblait beaucoup plus jeune et son visage était beau. Puis, plus le temps se rafraîchit, plus sa barbe repoussa et il se recouvrit la tête avec sa couverture en guise de capuche. Semaine après semaine, il était toujours là, assis sur ce banc, à la même place. Et durant tous ces mois je m’attendais à le voir. J’imaginais sa vie, il était devenu pour moi comme un ami. Bien que passant si près de lui sans jamais lui parler, il était mon point de repère vers la fin de mon long trajet de retour. Lorsque je ne le voyais pas, j’étais déçu. Mais, de temps à autre, il apparaissait, traversant le carrefour, revenant probablement du refuge.

Finalement, je décidai de me garer pour lui dire bonjour, afin de mieux le connaître. D’habitude, je pouvais l’apercevoir de loin, mais cette nuit-là, je ne le vis pas. Il n’était pas là. En roulant doucement, je vis que seule une paire de chaussures d’homme bien cirées était placée sous le banc, exactement à la place où il était assis d’habitude.

C’était étrange ! Que lui était-il arrivé ? Venait-il juste de partir en laissant ses chaussures ? Si brillantes en plus ! S’était-il fait kidnapper ? Etait-il monté au paradis en laissant ses chaussures derrière lui ? Etait-il vivant ? Etait-il mort ? Je n’en avais aucune idée. Mais je me souviens avoir ri, tellement la situation me paraissait drôle. Lorsque je suis repassé la fois suivante, les chaussures n’étaient plus là et le banc était vide.

Je ne sais combien de semaines et de mois passèrent après cela, mais une nuit, il fut de nouveau là ! Toujours vivant, toujours le même, bien habillé et chaussé différemment, ce qui après tout était assez normal vu qu’il avait laissé ses rutilantes chaussures derrière lui. Mais j’avais perdu l’impulsion de m’arrêter pour lui parler. Il redevint, mais de manière de plus en plus épisodique, mon point de repère sur mon chemin de retour. Lorsque ma voiture fut réparée, je repris l’autoroute, et petit à petit, j’oubliai tout cela.

Lors du séminaire à Tara Center, à l’été 1996, Benjamin Creme nous suggéra de faire un effort de mémoire et de rechercher d’éventuelles rencontres avec Maitreya qui, dit-il, est apparu à beaucoup plus d’entre nous que nous ne l’avons réalisé et que ce qui est relaté dans Share International. Deux semaines et demie plus tard, je fus frappé pour la première fois par l’idée que l’homme assis sur le banc était Maitreya ! C’était assez difficile à accepter pour moi, car jamais je ne m’étais imaginé pouvoir le rencontrer, qui plus est de cette manière. Pourtant, plus je me souviens, plus je suis persuadé que c’était bien lui.

Pouvez-vous me le confirmer ?

T. T., Pasadena, CA, E.-U.

[Le Maître de Benjamin Creme a confirmé que l'homme était bien Maitreya.]


Thématiques : signes et miracles
Rubrique : Courrier des lecteurs (Cette rubrique est alimentée par une réserve importante de courriers confirmés par le Maître de Benjamin Creme comme relatant de véritables rencontres avec des Maîtres, ou un « porte-parole », non encore publiés. S’y ajoutent d’autres courriers, plus récents, qui n’ont pas pu être vérifiés.)