Partage international no 179 – juillet 2003
par Rose-Marie Calonego-Marmillon
Fin mai, j’ai participé au Sommet pour un autre monde qui se déroulait à Annemasse, près de la frontière suisse, quelques jours avant le sommet du G8, à Evian. J’ai assisté à des conférences, pris part à des tables rondes. J’ai été impressionnée par l’expertise et les qualités humaines des participants. Je me suis également jointe à la manifestation pacifique du 1er juin, alors que le G8 commençait. Alors que la majorité des médias français passait sous silence le sommet alternatif, il était pourtant clair que des sujets d’importance vitale pour l’avenir de l’humanité étaient mieux traités à Annemasse, ainsi qu’à Genève et dans son voisinage, qu’au sommet du G8 lui-même.
C’est avec un mélange de déception et de colère que je me suis aperçue que les informations télévisées se focalisaient exclusivement sur le déploiement des forces armées et de police rassemblées à Evian et ses environs, comme si tout ce qui se passait à la périphérie du G8 ne pouvait que constituer une menace pour la paix et l’ordre. En fait, il me semblait que c’était exactement le contraire qui était vrai, car les meilleurs espoirs pour la paix et un avenir sûr étaient incarnés par les nombreux membres des ONG et de la société civile présents à Annemasse ou à Genève, qui œuvraient malgré tous les obstacles à inverser le courant, en apportant des réponses aux problèmes engendrés par la politique des grandes puissances. Sur la foi de ce genre de reportage, on peut être excusé d’avoir pensé que les affaires sérieuses se déroulaient au sommet du G8, alors que les participants du Sommet pour un autre monde auraient été là uniquement pour saccager, se défouler et donner une dernière chance à l’anarchie.
Pour un monde plus équitable
Et pourtant, ce sommet qui s’est tenu du 29 au 31 mai à Annemasse (près d’Evian) et à Genève ne se bornait pas à évoquer de vagues « alternatives », mais a été le siège d’échanges sérieux, bien informés, formulant des propositions réalistes et constructives pour un autre monde, meilleur et plus équitable.
Les sujets à l’ordre du jour du G8 ont été revisités dans la continuité des autres sommets alternatifs tenus en France, parallèlement aux précédents sommets du G7, tels que le Sommet des sept peuples parmi les plus pauvres, en 1989, ainsi que le Sommet des sept résistances, en 1996.
Huit associations ont co-organisé ce Sommet pour un autre monde, en partenariat avec 22 autres ONG intervenant au niveau international et dont des représentants ont animé les conférences et tables rondes.
Loin d’être une « rencontre hippie », le sommet alternatif a examiné les problèmes résultant d’une guerre illégale aux incalculables conséquences pour un monde encore sous le choc de ses images. Il s’est également consacré aux problèmes récurrents de la pauvreté, de l’injustice, de l’ambition de certains pays et de leurs dirigeants, des conséquences de la destruction écologique, de l’accroissement du fossé entre riches et pauvres.
Un des objectifs majeurs était de remettre en question la légitimité du sommet du G8. Le Sommet pour un autre monde a exploré le rôle des Nations unies et exprimé son point de vue dans cette déclaration :
« Dans une « gouvernance mondiale » démocratique, le G8 n’a pas sa place. Si chaque chef d’Etat et de gouvernement des pays du G8 est légitime pour ce qui concerne la mise en œuvre de la politique de son propre pays et si on ne peut nier le droit de huit chefs d’Etat à se rencontrer, ce cartel perd sa légitimité lorsqu’il s’autorise à guider la conduite d’une politique au niveau mondial. Les citoyens du monde ne lui ont pas donné mandat pour cela.
De plus, les sujets qu’aborde le G8 relèvent, en fait, du cadre normal des Nations unies. Un renforcement et une réforme de l’Onu sont indispensables pour assurer un cadre propice au maintien de la paix, au développement, à la promotion des droits individuels et collectifs et au respect des grands équilibres environnementaux. »
Priorité a été donnée à l’expression des acteurs du Sud. Environ 30 délégués, provenant majoritairement de pays d’Afrique, mais aussi d’Amérique du Sud et d’Asie, ont pris part aux conférences et tables rondes et ont pu faire part de leurs constats, analyses et propositions.
La conférence d’introduction a mis en évidence les déficiences actuelles de gou-vernance, avec l’absence de régulation et de contrôle de la mondialisation néolibérale avec pour résultat la destruction de l’environnement et l’accroissement du fossé entre riches et pauvres sur les plans économique, social et culturel.
Un esprit de bonne volonté
Les thèmes abordés démontrent que ce sommet ne peut être considéré comme une protestation naïve ou idéaliste, mais bien au contraire comme une force de réflexion et de proposition pour les problèmes mondiaux les plus urgents :
– Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) : une chance pour le développement durable de l’Afrique ?
– Commerce et développement : une relation à l’épreuve des faits.
– Dette : instrument de domination des pays du sud ?
– Du local au global : les effets de la mondialisation.
– Soif d’eau, soif de solidarité
– Sida et solidarité Nord/Sud.
– Quelles règles pour la gouvernance mondiale de l’environnement ?
– Responsabilité sociale et environne-mentale des entreprises.
– Taxation globale et financement du développement.
– Anti-terrorisme et droits humains.
– Transferts d’armes et droits humains.
Une action symbolique, « le tribunal de la dette et des réparations » s’est déroulé à Genève le 31 mai.
A Annemasse, le sommet s’est terminé par un concert intitulé « Pour un autre monde, annulons la dette ».
Le 1er juin, deux manifestations, partant l’une de Genève et l’autre d’Annemasse, ont rassemblé plusieurs milliers de personnes dans un esprit de bonne volonté. Les participants venaient de nombreux pays, parfois aussi éloignés que le Japon, les Etats-Unis ou le Venezuela. Les deux groupes se sont réunis à la frontière franco-suisse et ont réclamé l’annulation de la dette, lançant un appel au partage, à la justice et au respect des droits de l’homme.
Référence: www.g8autremonde.org
Lieu : Annemasse, France
Auteur : Rose-Marie Calonego-Marmillon, correspondante de Share International, France.
Thématiques : Sciences et santé, Société, environnement, politique, Économie
Rubrique : Divers ()
