Partage international no 35 – juillet 1991
Interview de Le Maître - par Patricia Pitchon
Selon le Maître de Benjamin Creme, les Nations Unies joueront un rôle de plus en plus important dans le monde. Interviewé par Patricia Pitchon, par l'intermédiaire de Benjamin Creme, le Maître a déclaré : « Les Nations Unies sont destinées à conduire le monde hors de son déséquilibre actuel, et à agir comme chambre de résonance pour les pensées et les aspirations des peuples du monde. »
Patricia Pitchon : La récente guerre du Golfe a, de différentes manières, mis en évidence le rôle des Nations Unies. Il est généralement admis que le degré de coordination des nations qui font partie du Conseil Sécurité fut inhabituellement bon. Ceci indépendamment de la sagesse (ou du manque de sagesse) dans le choix d'entrer en guerre contre l'Irak.
Mais on a l'impression que la distribution du pouvoir au sein des Nations Unies — dont une grande partie se concentre dans le Conseil de Sécurité — gêne le potentiel de l'ONU en tant qu'organisation efficace des nations du monde. Le Maître peut-il donner son avis sur la manière dont ce pouvoir pourrait être mieux distribué à l'intérieur de l'ONU, afin que cette organisation soit réellement représentative ?
Le Maître : Le véritable problème de l'ONU telle qu'elle agit actuellement est que le Conseil de Sécurité a pris le pas sur l'Assemblée Générale. Ceci est considéré comme « réaliste » par les principales puissances, et leurs alliés au sein de l'Assemblée Générale, qui estiment que c'est le seul moyen d'appliquer les résolutions de ONU. Ceci n'est pas vraiment le cas, mais c'est ainsi que les choses sont perçues. Les membres permanents du Conseil de Sécurité (USA, URSS, Chine, France et Royaume-Uni), en tant que possesseurs de la bombe atomique, ont, depuis la deuxième guerre mondiale, joué le rôle de policier du monde. Tout ce qui, entre eux, ne pouvait pas trouver accord était inacceptable. Ce fait est souligné par l'existence du droit de véto au sein du Conseil de Sécurité. Les nouvelles relations existant entre les USA et l'Union Soviétique ont fait éclater ce vieux schéma et ont créé une situation entièrement nouvelle dans laquelle la voix de l'Assemblée Générale peut se faire entendre de plus en plus distinctement.
Jusqu'à présent, aussi bien les USA que l'URSS ont craint que des résolutions émanant de l'Assemblée Générale ne se retournent contre eux dans des situations spécifiques. Cela ne sera plus le cas. Les USA — lorsqu'ils auront surmonté le succès de leur récente escapade au Moyen-Orient — et l'Union Soviétique seront de plus en plus attentifs à l'autorité grandissante de l'Assemblée Générale des nations. Ici aussi, la démocratie est en route, et rien ne peut l'arrêter.
Les Nations Unies sont destinées à conduire le monde hors de son déséquilibre actuel et à agir en tant que chambre de résonance pour les pensées et les aspirations des peuples du monde. L'ONU n'y réussira que si la voix des peuples réussit à se faire entendre.
Un nouveau Secrétaire Général de l'ONU sera bientôt élu et prêtera serment. Son approche plus dynamique insufflera une vie nouvelle à cette institution et garantira son efficacité accrue.
PP : Que peut faire l'ONU pour tenir un rôle efficace face au problème de la faim dans le monde ?
Le Maître : Le véritable rôle des Nations Unies est d'être le porte-parole des peuples du monde et d'organiser les relations internationales de manière à assurer la paix.
Le but avoué des Nations Unies n'est pas d'abolir la faim. Toutefois, de nombreuses agences de l'ONU se sont depuis longtemps penchées sur ce problème. Finalement, une nouvelle agence des Nations Unies sera créée, dont le seul but sera la redistribution des ressources mondiales. De cette façon, l'ONU, sans modifier son rôle de « chambre des débats », pourra se saisir du problème épineux de l'aide pratique à apporter aux pauvres et aux affamés du monde.
PP : Ainsi que l'a prédit Maitreya par l'intermédiaire de Son collaborateur, la nouvelle tendance des gouvernements du monde entier est de viser quatre tâches principales : nourrir le peuple, le loger, et lui assurer les soins médicaux et l'éducation nécessaires. Et ce, indépendamment des idéologies politiques. L'ONU s'est occupée de divers programmes de santé. Récemment, l'Organisation Mondiale de la Santé fut critiquée pour avoir concentré trop de ressources sur l'Europe et pas assez sur des pays beaucoup plus nécessiteux, ainsi que pour avoir trop dépensé en frais administratifs. Quels sont les principes qui devraient guider les efforts de l'ONU afin d'apporter une amélioration dans ce domaine ?
Le Maître : Chaque nation doit prendre ses propres décisions, mais un plan d'ensemble pour une transformation globale, formulé et énoncé par l'ONU, pourrait constituer un stimulant accru destiné à conduire les différents gouvernements à subvenir aux besoins de santé, d'éducation, de logement et de nourriture du peuple.
Jusqu'à présent les actions de l'ONU ont été entravées par l'intransigeance idéologique. Ces besoins de base existent quelle que soit l'idéologie suivie et quelle que soit l'époque, et une idéologie ne devrait jamais constituer un facteur de choix dans la distribution de l'aide. A l'avenir, il n'en sera plus ainsi. Chaque cas sera résolu en toute objectivité, et non selon une croyance ou un système idéologique.
PP : Quelles mesures devraient être prises pour en arriver là ?
Le Maître : Il s'agit d'un processus graduel. Cela exigera certainement une vision plus vaste que celle que l'on a généralement aujourd'hui, et il se pourrait bien que l'émergence de Maitreya doive servir de catalyseur destiné à éveiller l'humanité, et donc les Nations Unies qui la représentent, aux véritables besoins du monde. L'ONU consacre trop d'efforts à la théorie et à l'idéologie. Il faut trouver une approche beaucoup plus pragmatique.
PP : Cela signifie-t-il d'avantage d'activité sur le terrain, par exemple ?
Le Maître : Non seulement davantage d'activité sur le terrain, mais des relations plus étroites entre les gouvernements et les organisations de secours, et entre les organisations de secours et les bénéficiaires de ces secours, afin de déterminer exactement quelle aide est nécessaire et sous quelle forme elle doit être apportée.
PP : De graves catastrophes naturelles ont affecté des millions de personnes en 1989 et 1990 — tremblements de terre, inondations, ouragans, etc. Un Fonds de Secours d'Urgence coordonné par l'ONU ne devrait-il pas pouvoir s'occuper des catastrophes à cette échelle ?
Le Maître : En bref, ma réponse est oui, oui, oui ! Et si l'ONU intervenait dans les nombreuses guerres locales qui causent tant de destructions, le bonheur des peuples s'en trouverait immensément accru.
PP : Cette intervention signifie-t-elle conciliation ?
Le Maître : L'intervention signifie un travail policier. Les Nations Unies doivent se considérer comme le garant de la paix et des droits de l'homme. Là où ils sont menacés par l'antagonisme existant entre factions locales, l'ONU devrait avoir le droit d'intervenir et d'offrir son aide pour rétablir la paix. Si, par exemple, cela avait été fait en Ethiopie, les tragiques souffrances de millions de personnes aujourd'hui auraient pu être évitées. C'est avant tout à l'instigation du gouvernement américain que l'ONU a été amenée à prendre position dans la récente crise du Golfe, en grande partie parce que les Etats-Unis pensaient que leurs intérêts matériels à long terme étaient menacés. Si la même énergie et les mêmes capacités logistiques étaient déployées en faveur des besoins des pauvres, la misère et la famine seraient assez rapidement éliminées et les catastrophes naturelles entraînant tant de souffrances humaines trouveraient une réponse rapide et efficace. A cet égard, les Nations Unies n'ont pas, dans l'ensemble, de quoi être fières.
PP : Est-il nécessaire de pousser les gouvernements à concentrer leur attention sur cette idée et à la mettre en pratique ?
Le Maître : Inévitablement. Pour citer le Seigneur Maitreya : « Rien n'arrive tout seul. L'homme doit agir afin d'accomplir sa volonté. »
PP : Quels facteurs empêchent les personnes détenant une position influente dans le monde de considérer la diminution de la pauvreté et de la famine comme une priorité essentielle ?
Le Maître : De nombreux facteurs entrent ici en jeu. Mais les principaux sont le manque de volonté politique d'agir pour répondre aux besoins perçus; un sentiment d'impuissance face à l'énormité du problème ; une complaisance invétérée de la part de la vaste majorité des nations influentes, développées et de leurs représentants (au gouvernement et à l'ONU); et l'avidité effrénée et l'égoïsme des hommes qui partout provoquent la peur des transformations que peuvent amener des actions sincères et désintéressées visant à redresser les déséquilibres dans le monde.
Les possédants savent instinctivement que tout changement véritable et fondamental sonnerait le glas de leurs privilèges et de leur pouvoir.
PP : Bien que le Maître ait dit que plusieurs changements majeurs allaient se produire graduellement, verrons-nous l'ONU transformée d'ici à une dizaine d'années, ou cela prendra-t-il plus de temps ?
Le Maître : A moins que les nations ne perçoivent la nécessité d'une réévaluation complète des systèmes économiques en vigueur, un effondrement total de l'économie mondiale est inévitable. Ce qui provoquerait des conditions chaotiques. Par exemple, des guerres civiles, toutes sortes de querelles internes et même, en fin de compte, un grand conflit mondial. L'ONU ne pourrait rien faire pour empêcher une telle situation.
Le nouveau facteur qui transformera cette menace sera l'apparition de Maitreya aux yeux du monde. Ceci est prévu et inévitable, et aura un effet galvanisant sur le comportement de tous les états membres. La rapidité de leur réaction ne peut être prévue avec précision, mais on peut estimer qu'elle sera rapide et efficace.
PP : Y a-t-il autre chose que le Maître désire ajouter ?
Le Maître : L'ONU constitue le plus grand espoir du monde. Dans ses interrelations, nous pouvons voir que la démocratie se déploie largement, symbole de cette expression de la volonté de Dieu que les hommes nomment la bonne volonté.
Avec le retour du Christ, cette bonne volonté conduira tous les hommes et toutes les nations vers de justes relations et créera les circonstances permettant l'expression de cette synthèse qui constituera l'idée maîtresse qui guidera la civilisation future. L'ONU jouera un rôle déterminant dans cette vaste entreprise.
