Partage international no 202 – juin 2005
« Si Ariel Sharon a l’intention d’évacuer les colonies de Gaza, il le fait avec désinvolture. Il est bien plus efficace en Cisjordanie où les plans se réalisent conformément aux prévisions. Depuis l’accord de retrait conclu il y a un an entre MM. Sharon et Netanyahu, il était convenu que l’évacuation de Gaza ne serait pas effective avant que le mur de séparation ne soit achevé du côté Ouest de la Cisjordanie », a affirmé Tanya Reinhart, Maître de conférence en linguistique à l’Université de Tel Aviv (Israël) et à l’Université d’Utrecht (Pays- Bas).
En avril 2005, dans Yediot Aharonot, elle fait remarquer que M. Netanyahu avait clairement signifié qu’il n’apporterait son appui au processus de désengagement de Gaza que si certaines conditions étaient remplies. Parmi ces conditions, figurait le fait que l’évacuation ne pourrait se faire qu’après la réalisation du mur de séparation entre Israël et la Palestine.
D’ici juillet 2005, date annoncée du début de l’évacuation de Gaza, le mur de l’apartheid qui sépare Jérusalem Est de la Cisjordanie sera en place. T. Reinhart lance un avertissement : « Les Palestiniens qui vivent là ne pourront se déplacer qu’avec une permission. La Cisjodanie va devenir une prison à ciel ouvert. Le mur Nord, qui transforme en prisonniers les habitants de Tul Karem, Qalqilya et Mas’ha, et qui les prive de leur terre continue à progresser vers le Sud. »
D’après les Nations unies, 237 000 Palestiniens se retrouveront coincés entre le mur et la Ligne verte tandis que 160 000 personnes resteront du côté palestinien mais coupées de leurs terres.
« Quel sera le sort de ces personnes, de ces paysans qui auront perdu leur terre, de ceux qui seront séparés de leur famille, de leurs moyens de subsistance ? Dans les villes de Tul Karem et de Qalqilya et les villages autour de Mas’ha, beaucoup ont déjà quitté leurs terres pour chercher un moyen de survie dans les faubourgs des villes du centre de la Cisjordanie. » Dans la mémoire collective, les transferts sont associés aux camions qui arrivaient de nuit pour déplacer les Palestiniens de l’autre côté de la frontière comme cela s’est passé dans certaines régions en 1948. Aujourd’hui, derrière le rideau de fumée du désengagement se cache un lent processus de transfert en Cisjordanie. Il n’est pas facile de dire laquelle des deux méthodes de transfert est la plus cruelle. A l’heure actuelle, environ 400 000 personnes – près de la moitié du nombre de Palestiniens qui furent forcés de quitter leur pays en 1948 – sont candidats pour une « émigration volontaire » vers les camps de réfugiés de Cisjordanie. Et tout ceci est passé sous silence parce que M. Sharon va peut-être se désengager de Gaza.
Palestine
Sources : Yediot Aharonot, Israël
Thématiques : Société, politique
Rubrique : Regard sur le monde (Dans cette rubrique, Partage international met en lumière certains problèmes urgents qui nécessitent une nouvelle approche et des solutions durables.)
