Rapport annuel publié par l’Unicef.
Partage international no 87 – novembre 1995
« Le jour viendra où le progrès des nations ne sera plus jugé à l’œuvre de leur puissance militaire ou économique, de la splendeur de leur capitale et de leurs bâtiments publics, mais à celle du bien-être de leurs populations. Les nouveaux critères porteront sur l’état de la nutrition et de l’éducation, sur les possibilités d’être justement récompensé de son travail, de participer aux décisions affectant sa vie, de bénéficier de libertés civiques et politiques et d’être aidé dans le besoin, ainsi que sur la protection mentale et physique des enfants. » Extrait de l’introduction du Progrès des nations, rapport annuel publié par l’Unicef.
Au lieu d’examiner l’état des nations en fonction de leur seul PNB, le rapport du Progrès des nations a classé 160 pays selon les avancées ou les reculs en matière de santé pour les enfants, de nutrition, d’éducation, de planning familial et des droits de la femme.
Percée de la vitamine A
Les scientifiques reconnaissent de plus en plus l’efficacité de la vitamine A dans la lutte contre différentes maladies courantes. Cette vitamine pourrait permettre, chaque année, de réduire de un à trois millions le nombre des décès d’enfants dans les pays sous développés. Depuis déjà une dizaine d’années, des expérimentations avaient démontré les remarquables propriétés de la vitamine A, donnée en complément aux enfants. Mais, dans son rapport sur la nutrition, le docteur Sommer explique que « le monde médical et scientifique, obnubilé par l’onéreuse médecine actuelle, de haute technologie, ne voulait pas admettre qu’une simple capsule de vitamine A, coûtant environ 10 centimes, puisse être aussi efficace pour la santé ».
Le rapport de 1995 sur le Progrès des nations indique que des programmes de traitement par la vitamine A sont maintenant opérationnels dans 35 pays, ce qui représente près de la moitié des enfants du tiers monde. Plus de 20 millions d’enfants de moins de cinq ans souffrent de déficience en vitamine A, rapporte l’Unicef. Une carence grave entraîne la perte de la vue et la mort.
La polio en baisse de 75 %
Le nombre des victimes de la polio est passé de 400 000 en 1980, à environ 100 000 en 1993, grâce aux efforts entrepris au cours des dix dernières années, afin de vacciner 80 % des enfants à travers le monde. On espère que le virus de la polio pourra être éradiqué d’ici la fin de ce siècle. Mais le Dr Wook Lee, de l’OMS, craint qu’un tel optimisme ne soit prématuré : « La polio ne pourra être éradiquée définitivement avant qu’elle ne soit éliminée partout, et le virus circule encore dans 68 pays. »
« Les trois grandes maladies »
Environ la moitié des 13 millions de morts d’enfants, chaque année, à travers le monde, sont dues à la pneumonie, à la diarrhée et à la rougeole (souvent accompagnées de malnutrition). Le rapport de l’Unicef sur les progrès réalisés dans ce domaine n’est pas très encourageant.
La rougeole diminue grâce à la vaccination, dont on estime qu’elle sauve environ 1,5 millions de vies par an. Mais un à deux millions d’enfants meurent encore de cette maladie, chaque année. Actuellement, 45 pays sont sur le point d’atteindre l’objectif fixé, soit un taux de vaccination de 90 %.
L’Unicef déclare qu’un programme intensif de vaccination n’est pas seulement une question de ressources. Certains pays pauvres font mieux que d’autres nations économiquement plus avancées. Le Vietnam, par exemple, avec un PNB d’environ 1 000 FF par habitant, parvient à vacciner 93 % de ses enfants contre la rougeole – ce qui est nettement supérieur à l’Allemagne, l’Italie ou le Japon.
La diarrhée est également en baisse grâce à la réhydratation orale, traitement simple et bon marché prévenant la mort due à la déshydratation. Pratiquement inconnu il y a une dizaine d’années, ce traitement est maintenant utilisé dans 40 % des cas de diarrhée, sauvant ainsi environ un million d’enfants chaque année.
La lutte contre la pneumonie, qui reste toujours la maladie la plus mortelle parmi les enfants, est moins avancée. Au moins 1,5 millions d’enfants pourraient être sauvés chaque année grâce à des méthodes simples et peu onéreuses. Mais sur les 88 pays où cette maladie fait des ravages, seuls 21 ont instauré des programmes de lutte contre ce fléau.
Ioder le sel contre les maladies mentales
De rapides progrès ont été constatés dans la lutte contre le manque d’iode dans l’alimentation, l’un des problèmes de santé les plus terribles et les moins connus des pays en voie de développement. Affectant encore la majeure partie de l’Asie et de l’Afrique, le manque d’iode dans l’alimentation a condamné des millions d’individus au crétinisme, des dizaines de millions à un retard mental et des centaines de millions à des troubles mentaux plus bénins. Au total, 1,6 milliards d’individus, dans 100 pays, sont plus ou moins concernés. La solution, utilisée en Amérique du Nord et en Europe depuis les années 1920, consiste à ioder tout le sel mis sur le marché, pour un coût d’environ 30 centimes par personne et par an.
Au début des années 1990, la plupart des pays affectés ont accepté d’ioder au moins 90 % du sel de cuisine d’ici 1995. Le dernier rapport de l’Unicef estime qu’environ 50 pays ont une réelle chance d’atteindre ce but.
Chute de la fertilité
Le Progrès des nations rapporte que le nombre des naissances par famille, dans les pays industrialisés, s’est réduit en moyenne de deux enfants en une seule génération. Cette chute est particulièrement spectaculaire en Extrême-Orient, où en l’espace de 30 ans, la famille moyenne est passée de 5,7 naissances à 2,3. Durant la même période, le nombre moyen de naissances par femme a chuté de 5,9 à 3,1 en Amérique latine, et de 6,0 à 4,1 en Asie du Sud. L’Afrique sub-saharienne, où le taux de natalité est toujours le plus élevé au monde, semble avoir connu un changement de tendance en 1993, lorsque les naissances sont passées de 6,7 à 6,3 enfants par famille.
Nombre de pays sont parvenus à diminuer de manière spectaculaire leur taux de fécondité, réduisant de moitié le nombre de naissances par famille, en une seule génération. Il s’agit notamment de pays aux taux de natalité très élevés comme le Brésil, le Mexique et la Thaïlande
En dépit de ces succès, la demande en planning familial reste largement insatisfaite. Selon une récente enquête menée dans 47 pays du tiers monde, un quart des femmes en âge de procréer souhaitent retarder une grossesse ou se faire stériliser, mais n’utilisent pas de moyens contraceptifs modernes.
Les droits de l’enfant
Reconnaissant qu’il n’est pas aussi facile de mesurer les progrès effectués en faveur des droits de l’enfant, que ceux réalisés dans le domaine de la vaccination ou de l’éducation élémentaire, l’Unicef signale cependant que presque tous les gouvernements du monde ont ratifié la Convention de 1989 sur les droits de l’enfant.
« Dans toutes les régions du monde, déclare l’Unicef, des enfants continuent à être mal nourris, à souffrir de maladies pourtant facilement curables et à ne recevoir aucune éducation élémentaire. Ils continuent à être exploités, prostitués, maltraités à la maison et au travail, et à subir la guerre. » Le rapport cite également certaines formes inquiétantes de mauvais traitements infligés aux enfants. Le nombre d’adolescents prostitués « excède probablement deux millions » dans le monde, dont un million environ en Asie et 300 000 aux Etats-Unis.
Les progrès des femmes
Essayant d’évaluer les progrès faits dans le domaine de l’égalité des femmes, autre domaine particulièrement difficile à évaluer, l’Unicef a effectué un classement des pays selon la proportion des femmes élues au Parlement. Bien que cette proportion n’atteigne que 3 % au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, il s’élève à 10 % en Amérique latine et à 18 % dans les pays industrialisés. Globalement, on compte 3 700 femmes sur les 34 000 membres des 178 Parlements à travers le monde – environ une pour neuf parlementaires.
Très peu de femmes occupent des postes importants au sein des gouvernements. Seuls 62 gouvernements ont une ou plusieurs femmes en leur sein. Au total, les femmes occupent seulement 6 % des postes gouvernementaux à travers le monde. Ce chiffre a cependant doublé depuis la précédente enquête effectuée en 1987.
Ces données présentent une piètre image de l’égalité des sexes dans le monde, mais il ne faudrait pas oublier, qu’il y a seulement 50 ans, comme le rappelle l’Unicef, les femmes n’avaient pas encore le droit de vote en France et au Japon.
