Le peuple égyptien se fait de plus en plus entendre

Partage international no 239juillet 2008

L’Egypte n’est pas seulement le théâtre de manifestations contre la hausse des prix des denrées alimentaires ; c’est aussi l’un des exemples de la montée en puissance du peuple due à ce que les militants appellent un « gouvernement dans le coma ». Ces manifestations populaires mettent en évidence le fossé qui ne cesse de se creuser entre la population en général et un gouvernement qui semble avoir perdu tout contact avec son peuple.

Les habitants du port touristique de Damietta ont lancé une campagne contre la construction par une entreprise canado-égyptienne d’une gigantesque usine d’engrais chimiques qui coûtera 800 millions de dollars. Ils craignent que cette usine d’engrais ait un impact négatif sur leur santé et sur l’environnement.

Différentes associations civiles redoutent que les émissions de l’usine ne soient cancérogènes, et ne causent des dommages irréparables à l’écosystème marin.

Par l’intermédiaire d’un site Internet populaire, Facebook, la campagne contre l’usine d’engrais chimiques a rapidement pris de l’ampleur. De nombreux habitants de Damietta ont déployé devant leur maison des banderoles noires avec le slogan : « Non à l’usine de la mort », et des milliers d’entre eux ont défilé dans les rues pour demander que l’usine soit délocalisée.

Les représentants de la compagnie ont mis en avant que 500 millions de dollars avaient déjà été dépensés pour la construction du projet, et qu’en cas de délocalisation, la compagnie exigerait du gouvernement le remboursement de cette somme.

Les habitants de Damietta et des organisations écologiques ont envoyé des pétitions au président Hosni Moubarak pour lui demander d’annuler ce projet. Des poursuites judiciaires seraient par ailleurs engagées contre la compagnie, soupçonnée d’avoir versé des pots-de-vin à certains membres du gouvernement. Enfin, des
manifestations populaires ont eu lieu au Caire aussi bien qu’à Damietta contre l’inertie du gouvernement, apparemment peu désireux d’interrompre ce projet.

« Si l’usine n’est pas démantelée, nous le ferons de nos propres mains ! », scandaient les manifestants. Magdi Hussein, secrétaire général du parti travailliste – forcé à la clandestinité – a déclaré : « C’est comme si le gouvernement était plongé dans le coma. Il travaille dans l’intérêt exclusif d’une petite élite dirigeante, sans se soucier du citoyen moyen. »

Egypte
Sources : Inter Press Service
Thématiques : politique
Rubrique : La voix des peuples (Cette rubrique est consacrée à une force en plein développement dans le monde. La voix du peuple ne cessera de s’amplifier jusqu’à ce que, guidés par la sagesse de Maitreya, les peuples conduisent leurs gouvernements à créer une société juste dans laquelle seront respectés les droits et les besoins de tous.)