Partage international no 177 – mai 2003
Au moment où la guerre débutait en Irak, des citoyens d’un peu partout dans le monde ont participé à des marches et à des « actions directes », et des étudiants ont manqué leurs cours en signe de protestation. Durant les dix premiers jours de la guerre, les protestations se sont intensifiées, alors qu’environ dix millions de manifestants envahissaient les rues, souvent face à une répression policière, renouvelant ainsi leur engagement profond à s’opposer activement à l’action militaire.
Voici quelques-unes des nombreuses manifestations anti-guerre qui se sont déroulées du 21 au 23 mars dernier :
Athènes (500 000 à 700 000), Thessalonique (100 000) ; Rome (200 000 personnes) ; Barcelone (500 000 à 750 000), Vigo (100 000), Madrid (500 000), Séville (150 000), La Corogne (50 000 à 70 000) ; New York (300 000), San Francisco (75 000), Los Angeles (20 000) ; Diyarbakir (250 000), Istanbul (15 000) ; Londres (500 000), Edimbourg (10 000) ; Edmonton (15 000-18 000), Toronto (100 000), Montréal (200 000) ; Amsterdam (85 000) ; Adélaïde (100 000), Melbourne (15 000), Brisbane (50 000), Perth (15 000), Sydney (15 000) ; Paris (100 000) ; Berlin (40 000 à 100 000), Bonn (8 000), Francfort (8 000), Hambourg (8 000), Cologne (12 000) ; Tokyo (50 000), Osaka (10 000) ; Lahore (100 000) ; Copenhague (10 000) ; Göteborg (20 000), Stockholm (50 000 à 80 000) ; Lisbonne (90 000 à 100 000), Porto (6 000) ; Berne (40 000) ; Le Cap (8 000 écoliers) ; Séoul (15 000-20 000) ; Vienne (30 000 à 40 000) ; Bruxelles (20 000) ; Chili (5 000) ; Nicosie (4 000) ; Helsinki (40 000), Turku (17 000) ; Djakarta (30 000) ; Auckland (10 000), Wellington (4 000) ; Oman (5 000) ; Beyrouth (1 000) ; Gaza (20 000) ; Manille (10 000) ; Dacca (15 000) ; Calcutta (15 000), New Delhi (5 000) ; Le Caire (40 000).
Lors du premier jour de la guerre, les protestataires ont perturbé le travail de plusieurs secteurs d’activité par leur opération : « No business as usual », manifestant ainsi leur opposition à ce que les affaires continuent comme si de rien n’était. A San Francisco, 1 500 protestataires ont été arrêtés alors qu’ils paralysaient la ville, se relayant toute la journée, de 7 h à 23 h, pour occuper les rues, alors que des groupes précédemment arrivés étaient jetés en prison. « C’est une des choses les plus valables que j’aie réalisées dans ma vie », affirme un enseignant de 54 ans, menotté par la police alors qu’il bloque une intersection de San Francisco. A New York, des milliers de personnes ont interrompu la circulation autour de Times Square durant deux heures. Au Cachemire, une grève générale nationale a fermé les commerces et les bureaux pour toute une journée, et laissé les rues désertes.
Le premier week-end après le début de la guerre, les manifestations ont connu une recrudescence. Judy Ripley, 50 ans, de Fort Myers en Floride, affirme : « Ma seule action possible est de sortir dans la rue et de dire : « Vous ne faites pas cela en mon nom ». Pour Judy Robbins, 54 ans, de Sedgwick dans le Maine, qui a fait un trajet de 18 heures en autobus avec sa fille Zoé, infirmière : « Le choix qui s’offrait à moi était soit de venir ici, soit de rester à la maison et d’abdiquer. »
Selon l’Associated Press : « A New York, la foule, évaluée entre 100 000 et 200 000 personnes, s’étendait sur 30 pâtés de maisons, avec des manifestants qui se joignaient encore à la marche au Herald Square, alors que les premiers manifestants arrivaient au parc du Washington Square, dans le quartier Greenwich Village. » Parmi eux se trouvaient Susan Sonz et son fils de neuf ans, Ruben, venus de leur résidence près du Ground Zero. « Les enfants du Ground Zero sont contre la guerre » pouvait-on lire sur la pancarte portée par le jeune garçon. « Nous sommes convaincus qu’il n’y a aucun rapport entre le 11 septembre et Saddam Hussein, ajoute Susan Sonz, et nous ne voulons pas voir d’autres innocents mourir. »
A Londres, le 22 mars, démontrant leur persévérance et leur détermination, 500 000 personnes ont convergé vers Hyde Park, un nombre moins imposant que lors de la manifestation du 15 février, mais qui peut s’expliquer par le fait que la marche n’a été organisée que quatre jours à l’avance et n’a bénéficié que d’une couverture médiatique limitée. Des milliers d’écoliers et d’étudiants du Royaume-Uni ont manifesté dans les grandes villes. Une étudiante, Zoe Pilger, a écrit dans un journal britannique, le UK’s Independant newspaper : « Un élément positif émerge de tout ce carnage à venir en Irak : les jeunes de ma génération deviennent de plus en plus politisés. Le matin qui a suivi le largage des premières bombes sur Bagdad, une amie étudiante et moi avons organisé une grande manifestation pour protester contre la guerre. La réponse a été fantastique, avec une participation d’environ 500 étudiants de 11 à 18 ans de notre école secondaire. Les jeunes, au lieu d’adopter une vision étroite et xénophobe du monde étranger, font des rapprochements entre leur propre vie et celle du peuple irakien. C’est un fait bien connu des jeunes protestataires que 42 pour cent de la population irakienne n’a pas 15 ans. »
A la question : « Pourquoi les démonstrations anti-guerre prennent-elles tant d’ampleur ? », le journaliste David Aaronovitch répond, dans le journal britannique The Guardian : « La plupart de ces gens ne sont pas descendus dans la rue pour protester contre la guerre au Vietnam, contre l’apartheid, contre le canal de Suez, et même contre les essais nucléaires, alors qu’arrive-t-il maintenant ? On a tant discouru sur l’« impuissance » du citoyen ordinaire que beaucoup en étaient venus à le croire. Mais aujourd’hui, depuis 1997 et l’accession de Tony Blair au pouvoir, les foules sont devenues très puissantes. Pensez à la réaction de foule qui a suivi le décès de la princesse Diana. Comparé à n’importe quoi d’autre, le fait de descendre dans la rue fonctionne. C’est pourquoi les gens le font. »
David Callahan, directeur de la recherche pour Demos, un organisme sans but lucratif voué à l’étude des politiques gouvernementales, affirme dans le New York Times que les mouvements de protestation reflètent plus qu’un sentiment anti-guerre. Bien que ces mouvements puissent ne pas être couronnés de succès quant à leurs buts immédiats, ils servent à révéler une inquiétude croissante sur la manière dont la société est organisée. D. Callahan observe l’émergence de deux thèmes principaux. Le premier est un inconfort de plus en plus généralisé devant « la consommation effrénée et le gaspillage en Amérique du Nord », et l’autre est un profond malaise devant l’état de la démocratie américaine. D. Callahan croit que ces deux courants sous-jacents peuvent servir à alimenter un activisme social puissant, qui pourra finalement aider à changer la société. Le manque de contact avec la réalité perçu par les protestataires chez leurs représentants élus et l’échec des médias à bien évaluer et décrire ces courants sous-jacents ont cependant déjà suscité l’émergence d’un électorat plus engagé.D. Callahan conclut ainsi son article : « Les dirigeants élus devraient comprendre que l’orientation de la politique étrangère américaine et le destin de l’Irak ne sont pas les seuls sujets qui préoccupent les Américains. Ils s’inquiètent aussi du destin de l’Amérique – et si l’on peut se fier à l’Histoire, leur voix ne feront que s’intensifier. »
Selon Arundhati Roy (romancière et journaliste indienne) : « Plus du tiers des citoyens américains ont résisté à la propagande intensive à laquelle ils ont été soumis, et plusieurs milliers d’entre eux sont actuellement en lutte active contre leur propre gouvernement. Le cœur du mouvement de révolte gagne des centaines de pays à travers le monde. C’est la plus spectaculaire démonstration de moralité publique jamais observée. »
Question : Combien de civils irakiens ont été tués et blessés au cours de cette guerre ?
Benjamin Creme : Environ 2 500 civils ont été tués et 6 000 à 7 000 ont été blessés [au 10/04/2003]
Question : Comment le mouvement anti-guerre peut-il s’adapter à la nouvelle situation ?
Benjamin Creme : L’humanité doit exiger la paix. Selon Maitreya, la seule façon de l’obtenir est d’accepter le principe que l’humanité est une, et donc que la nourriture, les connaissances scientifiques, l’éducation, les soins de santé, appartiennent à tous et doivent être redistribués de façon plus équitable. Nous devons créer un monde uni : l’humanité une doit vivre dans un monde uni. Actuellement, il existe deux mondes : celui des riches et des très riches et celui des autres, les pauvres et les misérables qui meurent littéralement de faim.
Maitreya a besoin que vous défiliez et que vous manifestiez continuellement. Le 15 février, 12,5 millions de personnes ont manifesté, dont près de deux millions à Londres. Maitreya a pris part à cette manifestation ; il la considère comme un signe montrant que nous sommes prêts à faire quelque chose pour nous-mêmes. Il est déterminé à commencer son travail public, mais l’humanité doit manifester, appeler au partage qui est la seule façon d’apporter la justice et la paix.
Les gouvernements ne feront rien tant que l’humanité ne les y forcera pas. Et lorsque cela se produira, ce sera sous l’inspiration de Maitreya qui éduquera l’humanité comme un tout, la galvanisera et l’éclairera. Aucune nation ne peut ignorer une opinion publique aussi massive. C’est cela qui amènera la transformation du monde. C’est à nous de le faire.
Quelle est la meilleure chose que nous puissions faire ? Certainement manifester à toute occasion, encore et encore, pas seulement pour la fin de la guerre en Irak mais pour la paix, la justice, le partage des ressources mondiales. Vous devez commencer à réclamer autre chose. La demande doit venir de l’humanité : pour la justice à travers le partage. Quand les gouvernements du monde verront cela, ils trembleront, ils seront terrifiés devant le pouvoir du peuple grandissant dans chaque pays.
Ils érigent toutes sortes de restrictions, mais le peuple a trouvé le moyen de s’organiser. Il doit continuer consciencieusement à manifester et passer de « l’Irak » au « partage », pour créer la justice comme seul chemin vers la paix. Fondé sur cette réalité, ce mouvement doit s’amplifier et se répandre.
Irak
Sources : BBC News, The Guardian, The lndependent, G.-B. New York Time
Thématiques : politique
Rubrique : La voix des peuples (Cette rubrique est consacrée à une force en plein développement dans le monde. La voix du peuple ne cessera de s’amplifier jusqu’à ce que, guidés par la sagesse de Maitreya, les peuples conduisent leurs gouvernements à créer une société juste dans laquelle seront respectés les droits et les besoins de tous.)
