Partage international no 91 – mars 1996
Le New York Times a consacré récemment un supplément dominical au sujet des riches aux Etats-Unis. Sous le titre « Pourquoi leur monde pourrait s'écrouler », Lester Thurow, professeur au Massachusett's Institute of Technology, examine les dangers politiques et sociaux inhérents au fossé économique qui va s'élargissant entre les riches et le reste de la société américaine.
Lester Thurow affirme qu'en fin de compte, il y a incompatibilité entre le système économique capitaliste, qui se fonde sur l'inégalité des richesses, et le système politique de démocratie, qui se fonde sur l'égalité sociale.
Cet article présente de nombreuses données statistiques. Ainsi constate-t-on que le salaire moyen aux Etats-Unis a baissé de 11 % entre 1973 et 1993, alors que le Produit domestique brut (GDP) a augmenté de 29 %. C'est la première fois que se produit une baisse des salaires conjointement à une hausse du GDP, depuis 1929, lors de la mise en place d'observatoires statistiques précis. Une autre donnée, concernant la répartition des richesses, révèle qu'entre 1983 et 1989 la part de richesse possédée par les 0,5 % les plus riches de la population est passée de 26 à 31 %.
Pour décrire « l'expérience politique et sociale » que nous traversons selon lui en ce moment, le Pr Thurow utilise l'image suivante : « C'est comme si l'on mettait une cocotte minute sur une cuisinière avec une flamme à fond et que l'on attendait de voir combien de temps elle mettrait à exploser. »
Il considère que le projet budgétaire du Congrès républicain conservateur régresse vers les théories capitalistes proposées au XIXe siècle par l'économiste Herbert Spencer, auteur de l'expression « Que le plus fort survive » (reprise plus tard par Darwin à propos de l'évolution animale). Lester Thurow craint que les théories de Spencer, rejetées jusqu'à présent en raison de leur caractère impitoyable, ne trouvent grâce auprès des Républicains dont le projet, affirme-t-il, « supprime les filets de protection, en raison de la croyance selon laquelle les personnes affamées retrousseront leurs manches et se mettront au travail ».
Lester Thurow envisage une économie s'enfonçant dans une « lente spirale vers le bas », ainsi que cela s'est produit entre l'apogée de l'époque romaine et les sombres périodes de l'ère médiévale. Parmi les nombreux parallèles historiques, il relève les incertitudes causées par le recul de la nécessité de l'expansion militaire (l'empire romain s'était étendu autant que possible, et de nos jours, la Guerre froide a pris fin) ; le déclin progressif du taux d'alphabétisation ; une hausse de la criminalité due à la construction de villes emmurées (nous assistons actuellement à la multiplication de la construction de murs et de clôtures autour des communautés, en parallèle avec celle des patrouilles de surveillance).
Le Pr Thurow propose des solutions, tels des programmes d'éducation et de reconversion ou un système de contrôle du marché du travail. Mais il s'interroge sur la volonté politique des Etats-Unis à se réorganiser comme il convient. La hausse des bénéfices des entreprises se poursuit alors que ces mêmes entreprises continuent à réduire les salaires. « Les classes moyennes ont peur, et à juste titre. Les bases de leur sécurité économique sont en voie d'être balayées. »
Etats-Unis
Sources : New York Times, E.-U.
Thématiques : Société
Rubrique : Les priorités de Maitreya (« Pour aider les hommes dans leur tâche, Maitreya, l’Instructeur mondial, a formulé certaines priorités. Assurer à tous un approvisionnement correct en nourriture ; procurer à tous un logement convenable ; fournir à tous soins médicaux et éducation, désormais reconnus comme un droit universel. » Le Maître de Benjamin Creme, Partage international, janvier 1989. Dans cette rubrique, notre rédaction aborde les questions relatives aux priorités énoncées par Maitreya et présente des expériences orientées dans cette direction.)
