Le mirage et les groupes (1ère partie)

Conférence d'Ubbergen aux Pays-Bas

Partage international no 21mai 1990

par Benjamin Creme

Cet article a été rédigé à partir d’un exposé de Benjamin Creme à Ubbergen, aux Pays-Bas, le 27 février 1988. Nous publions ici le texte de la conférence. Les réponses de B. Creme aux questions des auditeurs paraîtront dans notre prochain numéro.

Les groupes du Nouvel Age font souvent fait mention de l’illusion existant sur le plan astral, qu’on appelle encore « mirage ». Ces groupes du Nouvel Age, les groupes ésotériques et occultes, imaginent souvent naïvement qu’ils sont par définition à l’abri de tout mirage. Ils ont tendance à considérer leur groupe comme le plus avancé qui soit, à le situer au-dessus et au-delà des mirages qui assaillent l’humanité ordinaire, et à l’estimer particulièrement apte à guider le reste des êtres humains vers ce même état béni, libéré du mirage, dans lequel ils baignent avec bonheur. Voilà bien l’une des plus grandes illusions, l’un des plus grands mirages, de ces groupes. Le Maître DK, le Tibétain, qui a transmis au monde ses enseignements par l’intermédiaire d’Alice Bailey, a affirmé que les groupes ésotériques et occultes sont les groupes les plus profondément ancrés dans le mirage. Je dois avouer que cela concorde en effet avec mon expérience.

Plutôt que de décrire ce qu’est un mirage, il est plus simple de préciser ce qu’il n’est pas. Il semble que rien de ce qui entre dans notre mental, de ce qui sort de notre bouche, de ce qui nous concerne d’une manière ou d’une autre, ne soit saturé par le mirage. Ce que nous appelons mirage est en fait l’illusion du plan astral, ou émotionnel. Il existe trois niveaux d’illusions, tous trois se rattachant à la personnalité. Nous appelons « maya » l’illusion attachée au plan physique. Lorsqu’elle se situe sur le plan astral, nous l’appelons « mirage ». Sur le plan mental, nous l’appelons tout simplement « illusion ». La grande majorité d’entre nous vit constamment dans un état d’illusion, car nous ne voyons pas la réalité telle qu’elle est. Un jour, cependant, nous percevrons que le monde du plan physique, que notre vie astrale et émotionnelle, et même que nos idées, situées sur le plan mental, ne sont rien d’autre que des illusions d’une sorte ou d’une autre. Le monde réel, que nous ne pourrons connaître qu’avec le développement de la conscience de l’âme, est un état que nous devons atteindre, et dont nous devons faire l’expérience, grâce à la pratique de la méditation et du service. Par la méditation, nous établissons progressivement un contact, puis finalement un alignement, entre notre personnalité (notre soi personnel) et notre Soi véritable, c’est-à-dire notre âme. Lorsque ce contact a été établi, l’âme est alors en mesure de porter un regard nouveau sur cette vie irréelle — physique, émotionnelle et mentale — dans laquelle nous avons vécu jusqu’alors. Tel est en fait l’objet de l’évolution. Nous évoluons, sortant progressivement de l’obscurité de nos illusions physiques, astrales et mentales, afin de nous rendre dans la lumière de l’âme, qui est la véritable réalité.

Avant que ce changement n’ait eu lieu, nous ne nous rendons pas compte du mal que la maya, le mirage, et l’illusion, causent à nous-mêmes et au monde. Lorsque nous sommes plongés dans un état d’illusion, dans un mirage, nous sommes pleinement satisfaits, car nous ne connaissons rien d’autre. Pendant longtemps, nos mirages, nos illusions, nous sont très confortables. Nous avons des illusions, nous sommes plongés dans des mirages, parce qu’ils nous sont confortables. Ils nous aident à valoriser notre ego, ou à le dévaloriser, selon notre désir.

Nombre d’entre vous ont déjà entendu parler des Sept Rayons, ces énergies provenant du Cosmos qui contrôlent notre vie. Ces rayons d’énergie sont dotés de qualités très précises et, souvent, très différentes les unes des autres. Le premier rayon, de volonté, qu’on appelle encore rayon de pouvoir, ou de but, réunit entre autre la force, la persévérance et la largeur de vue. Le second rayon, d’amour et de sagesse, est notamment doté des qualités d’amour, d’empathie, et de la faculté de percevoir le point de vue de l’autre. Ce rayon apporte donc la compréhension, l’inclusion, la capacité à sentir intérieurement la réalité de l’unité, qui est la nature même de la race humaine.

Les rayons

Nous sommes tous, comme vous le savez probablement déjà, sous l’influence de certains rayons. Notre âme est gouvernée par un certain rayon. Notre personnalité, notre corps mental, notre corps astral et notre corps physique, sont tous gouvernés par certains rayons. Nous sommes donc dotés des qualités de ces rayons (ou tout au moins nous le sommes potentiellement). Les différences existant entre nos personnalités, entre les effets que nous produisons les uns sur les autres, sont le reflet des différences existant entre les caractéristiques des rayons sous l’influence desquels nous nous trouvons. La structure de rayons explique également les différences entre les nations. Les différences de mode de vie existant, par exemple, entre les Hollandais, les Américains, les Russes, ou les Chinois, sont le reflet des différences entre les rayons de ces pays. Les nations dont les rayons sont les mêmes, ou similaires, ont tendance à se comprendre et à devenir amies, et probablement partenaires commerciaux. Les nations dont les rayons sont très différents ont des approches très différentes de la politique, de l’économie, des relations internationales, etc.

Si nous étions, en permanence, suffisamment parfaits pour pouvoir manifester avec pureté les qualités de notre structure de rayons, il n’existerait ni maya, ni mirage, ni illusion. Mais nous ne le sommes malheureusement pas. Nous sommes, chacun d’entre nous, plutôt peu évolués. Nous manifestons donc les spécificités de nos rayons dans leurs effets négatifs, c’est-à-dire non leurs vertus mais leurs vices. Chacun d’entre nous, sans aucun doute possible, manifeste les vices de ses rayons. Aussi, ceux qui souhaitent découvrir leur structure de rayons seraient bien inspirés de rechercher les vices de leurs rayons. Il est possible que vous soyez dotés de certaines des vertus de vos rayons. Vous en avez assurément les vices. Non parce que vous êtes plus mauvais que telle ou telle personne, simplement parce que vous êtes un être humain. L’humanité vit actuellement sous un grand nuage, un grand voile d’obscurité épaisse, qui l’entoure même si elle ne le voit pas. Cette obscurité pénètre tout notre être. C’est ce que nous appelons le mirage. Un mirage consiste à ne pas voir la réalité telle qu’elle est. Lorsqu’un groupe se constitue et participe à un certain travail, il manifestera nécessairement la spécificité de ses rayons, c’est-à-dire certaines de leurs vertus et, sans aucun doute, la plupart de leurs mirages.

Il existe donc sept rayons. Il existe également sept fois une multitude de mirages. Plutôt que de mentionner les structures de rayons et les mirages de chacun, ainsi que la manière d’y faire face, je souhaiterais indiquer la façon dont ces mirages, dans une formation de groupe, affectent les interactions existant entre les individus. Un groupe se rassemble sous l’effet d’une impulsion karmique, d’une nécessité ashramique, et d’un but déterminé par l’âme. Ce sont les trois facteurs qui conduisent un groupe, ésotérique par exemple, à se constituer. Supposons donc que nous examinions la situation d’un groupe sérieux, ayant une sérieuse raison de se rassembler, et non issu d’une quelconque lubie. La manière dont ce groupe travaillera effectivement est primordiale, et sera fonction de la relation existant entre chaque membre du groupe. La dynamique de groupe est un facteur très important. Pour qu’un groupe puisse fonctionner de façon adéquate, chaque membre du groupe doit être capable de donner le meilleur de lui-même.

Remplis d’idéalisme

Dans les groupes du Nouvel Age et les groupes ésotériques, ce n’est pas le désir de faire de son mieux qui fait défaut. Ces groupes sont remplis d’idéalisme. L’humanité ne manque pas d’idéalisme aujourd’hui. Pourquoi, dans ce cas, vivons-nous donc dans un monde si corrompu ? Simplement parce que l’idéalisme n’engendre jamais une quelconque action. Il demeure une vision, un idéal. Notre monde est aujourd’hui rempli de grandes idées, d’idéaux, tels que faire régner la joie et la paix, ou mettre un terme à la souffrance du monde. Et pourtant, chaque jour dans le monde, règnent la souffrance, la guerre et la famine. Qu’est-ce donc que l’idéalisme ? C’est un mirage. Ce n’est pas quelque chose de réel. Les groupes du Nouvel Age, probablement davantage que n’importe quels autres groupes, sont profondément imprégnés de cet idéalisme irréel.

On peut, dans le monde entier, dénombrer des milliers de groupes aux noms merveilleux : « La Fraternité Universelle des Serviteurs du Monde dans la Lumière », ou encore « La Fraternité Universelle des Créateurs du Monde Nouveau », etc. Tous sont « universels ». Ils se préoccupent tous de la « transformation », ils baignent tous dans la « Lumière » – et dans beaucoup de blablablas. Les membres de ces groupes se réunissent de manière régulière, et parlent de transformer le monde, de créer un environnement d’amour et de lumière dans le monde entier. Et ils croient y contribuer en parlant d’amour et de lumière, en reconnaissant que ce qu’il y a de plus important au monde, c’est l’amour et la lumière, et en affirmant que, si davantage d’individus savaient que ce qui compte réellement c’est l’amour et la lumière, alors nous vivrions dans un monde merveilleux.

Dans le monde entier, on dénombre des milliers de ces groupes du Nouvel Age. Et, bien entendu, ils n’ont pas tort. Le monde a, en effet, besoin d’amour et de lumière. Mais ils ne font rien pour engendrer cette lumière et cet amour. Ils ne s’attaquent pas à la création des conditions dans lesquelles l’amour et la lumière pourront se manifester dans le monde. Tel est, me semble-t-il, le principal mirage du Nouvel Age. L’un des mirages d’un des sept rayons consiste à croire qu’il suffit de nommer une qualité pour la voir se manifester. Parlons de la paix, de l’amour, de la fraternité, de l’unicité, de l’unité, mentionnons ces états bienheureux tant convoités par l’humanité, et à partir du moment où on pourra visualiser et nommer ces qualités, on en sera doté. Tout ce que le monde a finalement à faire, est de prendre conscience qu’il a besoin de la paix, de l’amour, de la liberté, de l’unité, etc. Ce mirage laisse croire que, si vous pouvez visualiser quelque chose, vous disposez de cette chose elle-même. C’est, me semble-t-il, le principal mirage du Nouvel Age. Il s’agit, bien entendu, d’une illusion, d’un aveuglement complet, d’une idée purement astrale.

Le plan astral

Cette vision est perçue sur le plan astral, comme un état d’amour, de lumière et de paix. Le simple fait de pouvoir visualiser cet état apporte une profonde satisfaction. Sans avoir rien de plus à faire. Là est le mirage. Le mirage consiste à prendre l’irréel pour le réel, la vision, pour la réalité. Il est, bien entendu, nécessaire d’avoir cette vision. Si vous ne pouvez visualiser quelque chose, vous ne pouvez pas rendre cette chose réelle, vous ne pouvez la faire se manifester, vous ne pouvez pas créer la réalité. Mais on doit rendre la vision réelle sur le plan physique. Sinon, c’est un mirage.

Beaucoup d’individus imaginent qu’ils sont venus dans ce monde avec une grande mission, un grand rôle à jouer. Pas une mission ordinaire, un rôle ordinaire, comme de devenir adulte, d’avoir une famille et de faire de son mieux sur terre. Non, une grande mission, une grande responsabilité. Ils n’ont encore rien fait concernant cette mission, mais ils vont le faire. Voilà un autre mirage typique du Nouvel Age. Les groupes du Nouvel Age sont remplis de cette sorte d’individus. Charmants, gentils, pleins d’idéalisme et absolument, totalement dépourvus d’esprit pratique.

Bien sûr, aucun d’entre vous, dans cet auditoire, ne se comporte de cette manière. Dès que vous contactez l’âme, vous désirez servir. Aujourd’hui, des millions d’individus, grâce à la méditation, entrent en contact avec leur âme et éprouvent sincèrement un désir de servir. Ils se rendent dans un groupe et demandent : « Puis-je faire quelque chose d’utile ? » On leur répond alors : « Oui, on a un mailing qui doit partir demain. Il faut écrire le nom et l’adresse, et coller un timbre sur toutes ces enveloppes », ou quelque chose de similaire. Et eux de rétorquer : « Eh bien, en fait, je n’ai pas vraiment le temps ce soir, mais peut-être une autre fois. » Ou bien encore : « Oui, bien sûr, je pourrais faire ça, mais je sais vraiment très bien parler aux gens, et il me semble que je pourrais me rendre plus utile en parlant de ce travail à d’autres et en répandant le message. » Ou peut-être : « J’ai fait tout un un travail ésotérique et je suis dans des groupes depuis si longtemps… C’est vrai, on commence par coller des timbres et envoyer des enveloppes, mais c’est vraiment gâcher mes qualités, mon expérience, et mon niveau d’évolution, que de m’utiliser à ce travail insignifiant. »  Combien d’entre vous peuvent, la main sur le cœur, affirmer qu’ils n’ont jamais pensé ou ressenti ce que je viens de dire.

Une des tâches les plus difficiles dans un groupe de travail, un groupe qui travaille réellement avec sérieux, extérieurement et intérieurement, est de faire accepter aux membres du groupe n’importe quel niveau d’activité, de travail. Tous veulent faire ce à quoi ils pensent être bons. Qu’ils y soient bons ou non – habituellement ils n’y sont pas – ils veulent faire quelque chose qu’ils aiment, pas quelque chose d’ennuyeux, de banal. C’est un mirage. L’idée consistant à croire que, dans une activité de groupe, une tâche est plus importante qu’une autre, est un mirage. L’idée qu’une personne soit plus apte qu’une autre à accomplir un travail important, ou trop importante pour accomplir un travail mineur, est un mirage. Un des principaux mirages, dans une activité de groupe, consiste à se charger de certaines tâches, puis à ne pas les effectuer. Les membres des groupes ne réalisent pas qu’il s’agit là de mirages. Mais ce sont pourtant des mirages.

Il est très difficile à la plupart des individus de travailler dans un groupe tout en restant impersonnel. Pourtant, telle est précisément la qualité nécessaire à une juste activité de groupe. Je me demande combien de personnes peuvent réellement, honnêtement, la main sur le cœur, affirmer qu’elles n’entrent pas dans un groupe, tel que celui-ci par exemple, sans motif de gain personnel. Je ne veux pas parler d’argent, mais d’un gain personnel d’une forme ou d’une autre. Je me demande combien de personnes peuvent affirmer entreprendre un travail, tel que celui de ce groupe, uniquement dans un pur désir de servir le monde au mieux de leurs capacités. Qu’elles n’ont, en aucune manière, l’ambition personnelle de se trouver dans une position d’une quelconque importance, qu’elles n’éprouvent pas un désir de reconnaissance pour avoir effectué un certain travail, qu’elles n’éprouvent pas le désir de se trouver dans une position dans laquelle elles pourront progresser, avoir plus de pouvoir, de connaissances, être plus importantes. Je me demande combien de personnes peuvent dire, en toute honnêteté, qu’il n’existe aucun de ces désirs dans leur approche du service. Je pense que, si nous sommes honnêtes, nous devons admettre que, dans tous les groupes, la majorité des individus, peut-être, y ont abordé leur travail pour ces raisons personnelles. C’est un mirage. C’est également l’un des principaux obstacles à un avancement réel, tant personnel que dans une relation de groupe. Afin de progresser, individuellement et dans une formation de groupe, il doit exister une impersonnalité totale dans la relation existant entre les individus et dans leur relation au travail. Tôt ou tard, cette impersonnalité doit se développer.

La lumière de l’âme

Le problème du mirage est que, lorsque nous sommes plongés dans un mirage, nous ne le percevons pas comme un mirage. C’est la raison pour laquelle nous aimons les mirages, ils nous sont confortables, ils nous empêchent de voir la réalité telle qu’elle est. Ce sont donc des mécanismes protecteurs. Dès que la lumière de l’âme, pénétrant un mental focalisé, commence à reconnaître les mirages, et à les mettre en évidence en tant que tels, une situation très inconfortable se développe. Un mirage qui est perçu et reconnu, mais reste vécu intérieurement, est quelque chose de très inconfortable. On ne peut surmonter une telle situation qu’en ne lui fournissant aucune énergie, en lui retirant notre attention.

Nos mirages persistent sous l’effet de la loi fondamentale de l’occultisme, selon laquelle l’énergie suit la pensée. Là où nous appliquons notre pensée, nous mettons notre énergie. Si notre pensée est toute entière dirigée vers nous-mêmes, alors toute notre énergie est également dirigée vers nous-mêmes. Et si toute notre énergie est dirigée vers nous-mêmes, il n’existe pas d’interaction avec l’autre, avec ce qui est situé en dehors de nous-mêmes. Nous ne nous sentons alors pas aimés. Nous nous sentons isolés, malheureux, parce que toute notre attention est dirigée vers nous-mêmes. C’est un mirage. C’est l’illusion consistant à croire que nous sommes séparés. Si nous pouvions seulement reconnaître, et vivre, le fait qu’il n’existe aucune séparation, il n’existerait aucun mirage. Si nous éprouvons une douleur dans notre corps physique et que nous dirigeons tout le temps notre attention vers elle, nous continuons à avoir mal, et nous accroissons même la douleur. Nous créons alors une inflammation et aggravons l’ensemble du problème. Si nous dirigeons notre attention vers le monde, vers les besoins du monde, notre énergie s’écoule de nous vers le monde. En répondant aux besoins du monde, nous nous oublions. Et lorsque nous nous oublions, les mirages se dissipent, parce que nous leur avons retiré notre attention, et donc notre énergie. C’est ainsi que se dissipent également notre souffrance, notre douleur, notre isolement. Le grand secret de la transformation consiste à rediriger la pensée, à l’éloigner de nous-mêmes, pour la focaliser sur les besoins du monde. Plus nous nous engagerons dans une activité de service et répondrons aux besoins du monde, plus nous serons en bonne santé, heureux et sereins.

La première étape

Les peurs, les jalousies, le chagrin s’effacent par manque d’énergie. Ces mirages ne sont maintenus en place que par l’énergie que nous leurs apportons. La première étape consiste à les reconnaître, à les regarder. C’est tout. Ne faites rien à leur sujet. Ne les jugez pas, ne les condamnez pas, n’essayez pas de les changer. N’essayez pas non plus de les réprimer, ne vous efforcez pas trop d’être « meilleur ». Tout effort excessif que vous accomplissez afin de surmonter un défaut, un mirage, ou que sais-je encore, ne fait qu’aggraver le problème. La façon de traiter un mirage est tout d’abord de le reconnaître. Regardez-le, simplement, et ne faites rien à son encontre. Ne vous identifiez pas à lui. Retirez-lui simplement votre attention et il mourra, faute d’être alimenté. L’essentiel est de le reconnaître et de ne pas s’identifier à lui, tant sur le plan personnel que dans une relation de groupe.

La compétition est une des forces les plus destructrices qui soient dans une relation de groupe. Dans la plupart des groupes, un certain nombre de personnes entrent en compétition les unes avec les autres. Une compétition pour l’influence, pour le pouvoir, pour la reconnaissance. Et s’il existe des postes, pour ces postes. Ce comportement est fortement destructeur de l’unité du groupe, et préjudiciable à tout travail efficace du groupe. C’est probablement le premier mirage qu’il convient de reconnaître et de faire disparaître afin que le groupe puisse travailler correctement. La compétition est un poison mortel. Elle est toujours destructrice.

N’existe-t-il pas de bons mirages ? Des mirages utiles ? N’existe-t-il pas de bonnes illusions ? Non. Il n’existe ni bonnes illusions, ni bons mirages. Certains sont plus destructeurs que d’autres, c’est tout. Les pires mirages sont évidemment ceux des autres ! Nous pouvons tolérer nos propres mirages. Quant aux mirages des personnes ayant les mêmes rayons que nous, ils nous sont bien entendu insupportables. Il est stupéfiant de constater la rapidité avec laquelle nous reconnaissons les mirages des autres lorsqu’ils sont les mêmes que les nôtres. Une façon de reconnaître vos mirages les plus néfastes, vos principaux mirages, est probablement de rechercher ce que vous détestez le plus chez les autres. Voilà qui ouvre les yeux.

Le Maître DK a mentionné un mirage insolite qu’il eut pendant de nombreuses années, et qui entrava sa progression pendant longtemps. C’est un mirage assez fréquent, dans lequel baignent les groupes du Nouvel Age et les groupes ésotériques. Son nom est la « dévotion ». Le Maître DK avait une attitude de profonde dévotion envers son Maître, le Maître KH. Il était totalement dévoué à ce Maître, et était certain que c’était là sa vertu essentielle. En fait, cette dévotion a freiné son évolution pendant des années. Ce n’était pas sa plus grande qualité, c’était son principal défaut. La dévotion peut être un mirage. Toute qualité peut être un mirage, si elle est développée en excès. La dévotion peut être une chaîne qui nous empêche de recevoir l’initiation. Mais le manque de dévotion, lui aussi, peut être cette chaîne. Cela fonctionne dans les deux sens. La qualité requise est la totale impersonnalité. Ni une dévotion, ni un manque de dévotion. Ni un idéalisme, ni un manque d’idéalisme. Mais un équilibre correct entre la reconnaissance des besoins du monde et l’utilisation de toutes nos facultés, au service de ces besoins. Sinon, notre dévotion, notre idéalisme, etc., seront des chaînes. Il est extrêmement facile d’être un dévot. Mais ce n’est d’aucune valeur pour le monde, et peut représenter un obstacle pour nous-mêmes. Il n’existe, dans le monde, aucun guru, grand ou petit, qui ait besoin de notre dévotion, pas un. Personne sur terre n’a besoin de notre dévotion, si ce n’est les vieilles dames qui ont besoin d’aide pour traverser la rue, ou les millions d’affamés qui, en ce moment même, meurent en Afrique et en Asie. Les nécessiteux de ce monde ont besoin de notre dévotion, personne d’autre. La douleur, la souffrance, l’angoisse, la terreur, la peur du monde, c’est cela qui mérite notre dévotion. Tout le reste est un mirage.


Date des faits : 27 février 1988 Auteur : Benjamin Creme, (1922-2016) : artiste et ésotériste britannique, ancien rédacteur en chef de Share International. Son contact télépathique avec un Maître de Sagesse lui permettait de recevoir les informations les plus récentes concernant l’émergence du Christ et de s’exprimer sur les enseignements de la Sagesse éternelle.
Thématiques : spiritualité
Rubrique : Divers ()