Partage international no 22 – juin 1990
par Benjamin Creme
Cet article a été rédigé à partir d’un exposé de Benjamin Creme à Ubbergen, aux Pays-Bas, le 27 février 1988. Nous avons publié le texte de la conférence dans notre numéro de mai. Nous publions ici les réponses de B. Creme aux questions des auditeurs.
Q. Est-il possible de capter le stress d’une autre personne, ou n’est-ce qu’un mirage ?
R. C’est possible, le stress est contagieux. Précisément, l’un des problèmes du mirage est que certains sont en effet très contagieux. Les mirages de la colère et de la violence sont très contagieux. Par dessus tout, le mirage de la peur est extrêmement contagieux. Il suffit de lancer une idée effrayante, concernant une catastrophe ou un désastre, et cette peur se répandra comme une rumeur à travers tout un continent. L’Amérique est, ainsi, un grand pays de rumeurs. Le Maître Morya a mentionné un des principaux mirages, celui de la colère, de l’irritation, qu’il appelle la « mise en péril ». La colère met le monde en péril. Elle enveloppe le monde d’un brouillard encerclant l’humanité, et se trouve libérée sous la forme d’actes de violence. Nous créons sans cesse ce mirage. Une des principales tâches du Christ, dans ce nouvel âge, est de libérer l’humanité du mirage, principalement du mirage du matérialisme et de l’illusion de la séparation.
Q. Si je ressens la peur de quelqu’un, est-ce parce que j’ai cette peur en moi ?
R. Absolument. Si elle n’existait pas en vous, vous ne la ressentiriez pas. Vous pourriez la reconnaître et la voir, mais vous ne la ressentiriez pas vous-même. Un des plus mauvais services rendu au monde par de prétendus « Maîtres » (qui utilisent des sensitifs, médiums en transe ou non, pour servir de « canal » afin de transmettre leurs communications) est que s’écoule d’eux, vers le monde, la menace de la catastrophe et de la destruction. Ce sont eux que j’appelle les « prophètes du malheur ». L’humanité éprouve suffisamment de peurs sans en ajouter d’autres. Ils jouent sur le sentiment d’insécurité de l’humanité. Les êtres humains éprouvant déjà ces peurs, cela ne fait que les renforcer. Je suis stupéfait de constater que certaines personnes éprouvent de la satisfaction à recevoir de tels avertissements effrayants. Heureux de payer, d’acheter quantités de livres, s’ils comportent ces prévisions de malheur et de catastrophe. Un des dangers réside dans le fait que, si des individus se cramponnent à une forme-pensée pendant suffisamment longtemps, et la rendent suffisamment puissante, ils peuvent précipiter le malheur et la catastrophe. C’est ce que nous faisons tous les jours pour nous-mêmes. Nous précipitons, nous matérialisons, nos peurs, nos colères, nos névroses. Ce sont des formes-pensées que nous projetons. Ce faisant, nous créons la douleur et la souffrance dans nos propres vies, la plupart du temps sans nécessité.
Q. Pourquoi donc le mirage existe-il ?
R. Parce que nous sommes des esprits immergés dans la matière. Cette matière est tellement inerte que l’esprit ne peut s’y manifester correctement, avec pureté. Nous sommes des esprits parfaits, complets, des Dieux parfaits, comme n’importe quel membre d’un groupe du « Nouvel Age » pourra vous l’affirmer.
Ceci étant, vous diront-ils, le mal n’existe pas dans le monde. Il n’y a donc pas lieu de s’inquiéter. Seuls quelques millions d’êtres humains meurent de faim, mais le mal n’existe pas dans le monde. Et il n’est pas nécessaire que nous fassions quoi que ce soit, puisque nous sommes tous parfaits. Les millions d’affamés, eux aussi, sont parfaits. Si seulement ils comprenaient cette réalité, ils ne mourraient pas de faim. Il y a des gens qui croient vraiment à de telles sornettes.
Le mirage provient de notre incapacité à penser. Répondant pour une large part aux événements de la vie avec notre corps astral-émotionnel, nous ne pouvons pas voir la réalité existant à l’extérieur de ce brouillard. Nous sommes actuellement en incarnation afin de progressivement changer notre « équipement », le perfectionner, jusqu’à ce que nous disposions de corps capables de refléter, de manifester, la nature de l’âme, qui est volonté, amour et lumière.
Q. Reconnaît-on le mirage grâce à l’expérience de la vie, grâce à la méditation, ou aux deux ?
R. Nous sommes plongés dans le mirage jusqu’à ce que nous ayons passé la première initiation et que nous approchions de la seconde. Aux environs de 1,3 – 1,5, l’énergie provenant de l’âme devient de plus en plus puissante, et la lumière de l’âme renforce alors le corps mental. Cette transformation permet de jeter un regard nouveau sur toutes les situations de notre vie, ce qui met en évidence les mirages. Jusque là, étant complètement « dedans », on ne les voit même pas. Par contre, ce stade atteint, même si nous n’avons jamais entendu parler du mirage, nous prenons conscience de l’existence d’inconséquences dans notre existence, et nous percevons les mirages faisant partie de notre caractère. Nous ne pouvons rien faire contre eux au début, ils sont simplement douloureux. Nous les reconnaissons comme le non-Soi. Comme n’étant pas nous-mêmes, et pourtant étant nôtres. Nos peurs sont nôtres. Nos angoisses, nos jalousies, nos timidités, toutes sont des mirages. Tant que nous nous identifions à un mirage, à peu de choses près nous sommes ce mirage. Plus nous pourrons nous identifier à l’âme, moins nous nous identifierons au mirage. Grâce à la méditation, l’âme déverse son énergie et, par l’intermédiaire du mental, révèle l’irréel, le mirage.
Le mental regarde ce mirage et se demande : « Est-ce moi ? » Cette peur, cette ambition, ces manières pompeuses, est-ce moi ? Non, bien sûr. La nature de l’humanité est la joie. Tout ce qui inhibe cette joie est un mirage.
Si nous condamnons le mirage, nous lui fournissons de l’énergie, et nous ne faisons donc que le renforcer. Tout ce que nous cherchons à réprimer, nous le renforçons. D’un autre côté, si nous nous abandonnons au mirage, nous le renforçons également. Si bien qu’il ne reste qu’une seule chose à faire, simplement le regarder. Le regarder sans le condamner, et sans s’y soumettre. Regardez-le simplement, reconnaissez-le, et progressivement vous lui retirerez l’énergie qui lui permet d’exister.
La seconde initiation ne peut être passée que lorsque nous avons réellement démontré notre capacité à contrôler les élémentaux astraux qui engendrent le mirage.
Auteur : Benjamin Creme, (1922-2016) : artiste et ésotériste britannique, ancien rédacteur en chef de Share International. Son contact télépathique avec un Maître de Sagesse lui permettait de recevoir les informations les plus récentes concernant l’émergence du Christ et de s’exprimer sur les enseignements de la Sagesse éternelle.
Thématiques : spiritualité
Rubrique : Divers ()
