« Un jour, le fil d’or et le fil d’argent de l’histoire de l’Evangile seront démêlés, et les hommes connaîtront les deux interprétations que l’on peut faire des événements et des épisodes de la vie de Jésus-Christ. Les événements sous-jacents véritables nous indiquent de grands degrés franchis dans le travail du Christ lorsqu’il « enveloppa l’humanité d’un manteau d’amour, saisit le sceptre d’initiation au profit de ses frères et se présenta devant le Seigneur de Vie lui-même, sans personne pour l’accompagner, sans crainte et de son propre chef. » Les épisodes se rapportent aux événements de la vie de Jésus. » (R&I)2
Dans le numéro de mai 1994 de Partage International, Benjamin Creme a déclaré : « Les manuscrits de la Mer Mortes constituent en ce qui concerne les événements de la vie de Jésus, une source d’information plus viable que les textes bibliques. Leurs découverte en 1947, ainsi que celle de Nag Hammadi en 1945, fut inspirée par le Maître Jésus afin d’éclairer d’un jour nouveau les événements de cette époque et de préparer le retour du Christ aujourd’hui.» Il a indiqué en outre que le leader spirituel dont parlent les manuscrits, le « Maître de Justice », fait référence à Maitreya et que le « Messie transpercé » fait référence au Maître Jésus. D’après lui, ces documents ont été écrits au IIe siècle de notre ère, mais il n’est pas possible d’en révéler les auteurs. Il s’agit de comptes-rendus d’événements historiques et d’autres manuscrits restent encore à découvrir.
Ces affirmations remettent en question les hypothèses généralement admises concernant les rouleaux de la Mer Morte. La plupart des spécialistes déclarent qu’ils ont été écrits au Ier et au IIe siècle av. J.-C., et au plus tard avant 70 ap. J.-C., date de la destruction de Jérusalem par les Romains. Ils affirment également qu’ils ont été rédigés par les Esséniens, un groupe de juifs mystiques. Et ils pensent, pour la plupart, que le Maître de Justice a enseigné 150 ans avant la naissance de Jésus, ce qui exclut toute possibilité de lien entre eux. Nous reviendrons sur ces questions ultérieurement et examinerons sur quelles bases les affirmations de Benjamin Creme pourraient se justifier.
La découverte
Les premiers spécialistes qui ont vu les rouleaux de la Mer Morte n’avaient pas imaginé qu’ils puissent dater de l’époque de Jésus. Mais leur traduction à la fin des années quarante fit grand bruit. Il s’agissait en effet d’ouvrages inconnus du monde moderne, écrits par un groupe d’ascètes du désert et décrivant leur vie et leur époque. Il y avait là des copies de la Bible de mille ans plus anciennes que toutes celles connues jusqu’alors. Cette période, de 200 ans av. J.-C. à 200 ans ap. J.-C., est entourée de mystère pour les historiens des religions. Bien qu’il s’agisse d’une des périodes les plus fécondes que le monde ait jamais connue en ce qui concerne les idées religieuses, de nombreux documents, aussi bien juifs que chrétiens, ont été perdus pour l’Histoire, tout simplement par crainte. Les écrivains étaient condamnés et leurs ouvrages brûlés.
Des copies de plus de 800 manuscrits et des dizaines de milliers de fragments, dont beaucoup attendent encore d’être traduits, ont été découverts dans des grottes de la Mer Morte en 1947. La majorité des documents est constituée d’ouvrages bibliques. Tous les livres de l’Ancien Testament, à l’exception d’Esther, sont représentés. Il s’y trouve également des ouvrages apocryphes de sagesse « cachée », longtemps inaccessibles : le Livre d’Enoch, les Jubilés, l’Ecclésiaste.
Les « livres de la secte », qui décrivent la vie et les croyances de ceux qui ont écrit les manuscrits, présentent un très grand intérêt. Totalement nouveaux pour nous, on en a trouvé des copies presque complètes et elles sont disponibles aux chercheurs depuis 45 ans. Pour les décrire, trois mots reviennent sans cesse : eschatologique, apocalyptique et messianique. Chacun se réfère aux « derniers jours », à la fin de l’ordre mondial actuel et à l’établissement du royaume de Dieu sur la Terre. Leur découverte a comme ouvert une fenêtre sur le passé voilé. Ce sont ces écrits que nous présentons dans notre article.
Les auteurs se désignent eux-mêmes du nom de Fils de Sadoq, une lignée héréditaire de prêtres juifs établie au temps du roi David, et désignent leur leader du nom de Maître de Justice. Leurs documents relatent l’histoire d’une communauté qui s’était écartée du courant principal du judaïsme afin de se consacrer entièrement à Dieu. Ils croyaient vivre « la fin des temps » et, tout en étant les témoins des derniers cataclysmes, ils étaient la voix qui soutient l’éternelle justice. Ils avaient une grande vénération pour leur Instructeur et avaient foi en sa mission, malgré les prêtres de Jérusalem qui le persécutèrent et apparemment le tuèrent. Au sein de la communauté se trouvait également un groupe important de dissidents guidés par un « homme de mensonges ». Ces traîtres renièrent le Maître de Justice et firent s’égarer beaucoup de ses partisans.
Leurs ouvrages sont écrits dans un style peu évident pour un esprit moderne ; on y retrouve l’allégorie et l’intransigeance de l’Ancien Testament, et les indications qu’ils donnent sont éparses et voilées par précaution. Cependant, ce sont des ouvrages d’une rare beauté qui méritent que l’on fasse l’effort d’en saisir l’esprit et la pensée.
Dans les pages qui suivent, nous allons examiner les rouleaux selon deux perspectives différentes :
a) en tant qu’enseignements renfermant certains aspects de la Sagesse éternelle : l’initiation, les relations entre la Hiérarchie et l’humanité, le bien et le mal, ainsi que le simple code éthique sous-jacent à tout progrès humain ;
b) en tant que documents historiques comportant un certain nombre d’indications sur cette période très controversée de l’Histoire. Nous nous appuierons sur le travail de trois ésotéristes, Helena Blavatsky, Alice Bailey et Benjamin Creme, dont les ouvrages apportent un éclairage nouveau sur la mission de Jésus.
Le thème sous-jacent de notre étude est la quête ininterrompue de l’humanité pour l’Eternelle Vérité. Depuis les temps les plus reculés, cette vérité a émergé, se présentant sous différentes formes, mais toujours identique dans son essence. Helena Blavatsky affirme qu’il existe d’innombrables manuscrits cachés dans des endroits secrets. Même si, dans l’Antiquité, l’incendie de bibliothèques colossales a causé la perte de nombreux écrits, les plus précieux d’entre eux avaient préalablement été subtilisés par les initiés de l’époque. Commentant la « manière inattendue et quasi miraculeuse » dont certains sont découverts, HPB écrit : « L’un des faits les plus surprenants que l’on puisse observer est que les étudiants sérieux n’associent pas ces […] découvertes de documents importants, faites au moment opportun, à un dessein prémédité. Est-il si étrange que les gardiens du savoir « païen », voyant que le moment voulu est arrivé, fassent que le document nécessaire, le livre ou le vestige, se présente, comme par hasard, devant l’homme qu’il faut ? » (ID2, p. 26 angl.)2
En gardant à l’esprit ces considérations, entrons maintenant dans l’univers des manuscrits et retrouvons une époque vieille de 2 000 ans qui, bien que différente, ne peut que nous rappeler la nôtre. Un monde hésitant, à la veille de changements cruciaux et rempli de promesses pour ceux qui cherchent la voie de Dieu, un monde béni par la présence de Saints qui, par pur amour, choisissent d’entrer dans nos vies et d’éclairer notre chemin vers l’avenir.
Le pays de la Mer Morte
A l’est de Jérusalem, s’étend un plateau en pente de 22 km de long qui se termine par un à-pic sur la vallée du Grand Rift, à 400 mètres au-dessous du niveau de la mer. C’est l’endroit le plus bas sur la surface de la Terre. Dans cette vallée se trouve le lit d’un ancien lac, occupé par la Mer Morte. Autrefois, on l’appelait le lac Asphaltitus parce qu’il rejetait de gros morceaux d’asphalte. A cet endroit s’était développée une industrie qui fournissait à l’Egypte l’asphalte utilisé pour la préservation des momies. Le Jourdain se déverse à la pointe septentrionale, et la Mer de Galilée se trouve à 96 km plus au nord. C’est le pays qu’a parcouru Jésus, avec ses contrastes sévères de végétation luxuriante et de désolation.
Jésus avait connu cette contrée auparavant et guidé ses habitants au cours de vies précédentes (voir Initiation humaine et solaire, d’Alice Bailey, page 59). En 1 300 av. J.-C., sous le nom de Josué (Joshua), fils de Noun, il fut entraîné par Moïse afin de poursuivre son œuvre. A Gilgal, juste au nord de la Mer Morte, il avait partagé les eaux du Jourdain et conduit son peuple jusqu’à la terre promise. On pense que c’est à cet endroit même que Jésus fut baptisé. Il fut de nouveau Josué (Jeshua), fils de Jehozadek, le grand prêtre, dont le peuple fut emmené en captivité à Babylone par le roi Nabuchodonosor. Après avoir retrouvé la liberté, Josué revint à Jérusalem en tant que successeur de son père. En grec, Joshua et Jeshua sont traduits par Jésus.
Il existe dans ce pays une région appelée le « désert », mentionnée dans la Bible comme faisant partie du royaume de Josué (Js 15 :61). Dans Luc, 1 :80, il est écrit que Jean-Baptiste a grandi dans le désert et que Jésus, avant son ministère, « fut conduit par l’Esprit saint dans le désert » (Lc 4 :1) pour ses 40 jours de tentation. La légende raconte que c’est sur cette bande de terre particulière qui borde la Mer Morte, à l’ouest, que tous deux ont erré.
En lisant des descriptions de voyageurs, on est frappé par le choc qu’ils ont ressenti : cette contrée a quelque chose qui brûle les sens. Cependant, certains sont attirés par son absolue magnificence : la profondeur de ses silences et sa nudité monastique. Et ceux qui contemplent les eaux profondes et sans vie déclarent qu’elles changent de couleur au fur et à mesure que le soleil décrit sa courbe dans le ciel.
Le lac est entouré de hautes falaises habitées par des chèvres et des oiseaux. Le plateau tout entier est traversé par des ouadi : des lits de cours d’eau qui, en hiver, charrient les eaux pluviales vers la mer. On rencontre de temps en temps une source.
Les bédouins habitent cette région depuis longtemps. Ils connaissent les falaises, avec leurs grottes creusées par les eaux et taillées par les hommes. On dit que la famille de Mohamed Adh-Dhib se rendait à Bethléem pour y vendre des marchandises de contrebande, lorsqu’il trouva les manuscrits. C’était un garçon de 14 ans qui escaladait les falaises à la poursuite de sa chèvre égarée. En jetant une pierre dans une grotte, il entendit un bruit de poterie. Il revint avec ses amis qui l’aidèrent à sortir de la grotte les premières jarres contenant les rouleaux, enveloppés dans du lin et soigneusement conservés. C’est ainsi que tout a commencé.
L’histoire des premières années (racontée dans la plupart des textes d’introduction écrits à ce sujet), la chasse aux manuscrits, la course entre Bédouins, Juifs et Européens pour en découvrir davantage (tout cela se déroulant au milieu de la guerre d’indépendance d’Israël) se lit comme un roman d’aventures sur les intrigues internationales.
Les grottes et Qumran
On découvrit finalement onze grottes renfermant des documents, et bien davantage portant des traces d’habitation : ustensiles de cuisine, lampes, objets religieux. Toutes se trouvaient à moins de 5 km d’une ruine longtemps considérée comme les restes d’un fortin romain et appelée Khirbet (ruine) Qumran. Les fouilles mirent à jour un vaste ensemble de murs et de citernes.
Plutôt qu’une résidence, c’était apparemment un bâtiment communautaire, avec de vastes salles réservées aux repas et aux assemblées. Dans une pièce, on a trouvé mille plats, encore soigneusement empilés et semblables à ceux des grottes voisines. On y a également découvert des jarres identiques à celles trouvées par Adh-Dhib. Dans la ruine, il y avait également un four de potier, une forge, une cuisine et un « scriptorium ». On a découvert deux encriers dont l’un contenait le résidu d’une encre très résistante à base de carbone. Vers le rivage du lac se trouvait un cimetière composé de 1 100 tombes. Il s’agissait principalement de corps masculins, tous orientés nord-sud, sans aucune ornementation.
L’aspect le plus frappant de l’installation était son système hydraulique. Un aqueduc canalisait l’eau du cours d’eau le plus proche, l’oued Qumran. Les pièces de monnaie trouvées dans les ruines indiquaient une période d’occupation s’échelonnant de 200 av. J.-C. à 135 ans ap. J.-C. Les premiers tests au carbone 14, effectués en 1951, ont montré que le lin des tissus enveloppant les rouleaux avait été récolté en 33 environ ap. J.-C.
Témoignages remontant à l’Antiquité
Lorsque les spécialistes commencèrent à traduire les manuscrits, ils réalisèrent rapidement qu’il existait déjà des témoignages historiques sur les auteurs des rouleaux, bien qu’on y ait peu prêté attention jusqu’alors.
Une citation de Pline l’Ancien (naturaliste romain, ~ 23-79 ap. J.-C.) fait une allusion directe au site de Qumran : « A l’ouest de la Mer Morte, mais à l’écart des exhalaisons nocives de la côte, vit la tribu solitaire des Esséniens […] qui vivent sans femmes et ont renoncé à tout désir sexuel ; ils ne possèdent pas d’argent et ont des palmiers pour toute compagnie. Jour après jour, vient les rejoindre un afflux de réfugiés, des personnes […] conduites par les aléas du destin à venir partager leur manière de vivre […]. Plus au sud se trouvait autrefois la ville d’Engedi […] ensuite c’est Massada. »
Flavius Josèphe (historien juif, ~ 37-95 ap. J.-C.) a décrit trois sectes juives : les Sadducéens, les Pharisiens et les Esséniens. Affirmant avoir lui-même fait partie des Esséniens pendant trois ans, il donne une description de leurs croyances et de leur style de vie qui correspond tout à fait à celles des manuscrits.
Philon d’Alexandrie (philosophe platonicien, ~ 20 av. J.-C. à 50 ap. J.-C.) a non seulement parlé des Esséniens, mais également d’un ordre égyptien qui leur est très lié : celui des Thérapeutes.
Les Esséniens d’après Helena Blavatsky
Dans le deuxième volume d’Isis dévoilée, Helena Blavatsky parle de la mission de Jésus en Palestine et de ses liens avec les Esséniens. Elle affirme que les Esséniens appartenaient à une lignée plus vaste et plus ancienne d’adeptes appelés les Nazars, « ceux qui vivent à part afin de consacrer leur vie à Dieu ». C’étaient les initiés de l’époque. En Galilée, un groupe appelé les Nazaréens s’était formé bien longtemps avant l’époque de Moïse. Les historiens n’ont pas réussi, en fait, à trouver une ville appelée Nazareth au temps de Jésus. Le terme peut avoir été utilisé pour désigner non pas la ville de Jésus, mais son affiliation avec ce groupe d’initiés.
Au temps des apôtres, il existait des groupes éparpillés, d’Egypte jusqu’en Arabie, ainsi qu’au nord de l’Asie mineure et de la Grèce. Ils se donnaient des noms variés : Esséniens, Ebionites, Dosithéens, Thérapeutes. Leur code moral était identique, basé sur une éthique communautaire et l’amour du prochain. Ils portaient souvent les cheveux longs et des vêtements de lin blanc. Ils avaient un enseignement exotérique qui s’adressait à tous, et un enseignement secret, ou ésotérique, réservé à un cercle plus restreint. Ils s’exprimaient donc, comme Jésus, sous forme de paraboles et d’allégories. En tant qu’étudiants des sciences occultes, ils étaient capables de lire dans les étoiles, de prédire l’avenir et de guérir. Dans cette région du monde, ils étaient les seuls à connaître le secret de la durée des cycles astrologiques.
Les Esséniens avaient à l’origine suivi les idées de Pythagore, puis adopté les idées bouddhistes des missionnaires envoyés par l’empereur indien Asoka, en 250 av. J.-C. Leur mouvement atteignit son apogée à l’orée de l’ère chrétienne, mais dès le début du IIe siècle, ils se fondirent dans les rangs des premiers chrétiens. Benjamin Creme et Helena Blavatsky s’accordent à dire que Jean-Baptiste et Jésus reçurent leur première formation des Esséniens.
Jésus d’après Helena Blavatsky
Jésus et Jean-Baptiste ont tous deux guidé des groupes d’Esséniens dissidents. Celui de Jean-Baptiste était radical, mais celui de Jésus l’était encore davantage. H.P. Blavatsky écrit que l’enseignement de Jésus était « … une hérésie à l’intérieur d’une autre hérésie. » (ID2, p. 132 angl.)2. Elle affirme que Jésus était le fondateur d’une secte de nouveaux Nazars, et que l’éthique de sa religion était basée sur de purs principes bouddhistes.
La réelle opposition au ministère de Jésus provenait du fait qu’il utilisait des pouvoirs magiques. Il était entraîné aux arts occultes égyptiens et israélites et il aurait pu vivre longtemps s’il les avait tenus secrets. Mais au contraire, il promit à ses disciples le pouvoir d’accomplir de plus grandes œuvres qu’il n’en avait accomplies lui-même. Son désir le plus vif était d’ouvrir à tous une partie des arcanes de la connaissances. Mais, en Palestine, celle-ci était jalousement gardée par les prêtres et les adeptes juifs, qui s’opposèrent vigoureusement à ses tentatives de l’enseigner aux masses.
C’est ce qu’il a voulu dire par ces paroles : « Malheur à vous, docteurs de la loi ! Car vous avez enlevé la clef de la connaissance : Vous n’êtes pas entrés vous-mêmes et vous avez empêché d’entrer ceux qui le voulaient. » (Luc 11 :52). Un passage semblable figure dans les manuscrits : « Ils ont refusé l’eau de la connaissance à ceux qui avaient soif et ils leur ont donné du vinaigre pour étancher leur soif. » (HAG-XII)1
Le contexte historique
Les Evangiles sont souvent considérés comme des documents plutôt inhabituels, en ce sens qu’ils ont été dépouillés de leur cadre historique. Ils nous montrent des personnages évoluant sur une scène dépourvue de toile de fond. L’image qui nous est offerte de Jésus est celle d’un homme inspiré, mais éloigné de tout contexte historique. On n’insiste guère sur les forces politiques, culturelles et sociales qui s’opposaient à son message.
Historiquement, les Juifs ont connu bien des tribulations. Ils ont été déportés massivement et vendus comme esclaves à plusieurs reprises. Ils étaient assez proches de la Méditerranée pour être la proie d’autres nations qui convoitaient leur terre comme route commerciale. Chacune a laissé son empreinte culturelle et linguistique. Au cours des trois siècles qui ont précédé l’ère chrétienne, les idées grecques, mettant l’accent sur la liberté de pensée et un style de vie libéral, représentaient l’influence culturelle dominante.
Entre 164 et 63 av. J.-C., les Juifs acquirent leur indépendance politique et religieuse. Les combattants de la liberté, menés par les cinq frères Macchabée, arrachèrent le contrôle de la Judée et fondèrent la dynastie asmonéenne. Il y eut cependant un prix à payer pour cette liberté, car les dirigeants asmonéens interrompirent l’ancienne lignée héréditaire des prêtres juifs de la maison de Sadoq, en se déclarant eux-mêmes grands prêtres. Ils changèrent les pratiques du Temple et libéralisèrent le code moral, ce qui fut un scandale aux yeux des Juifs orthodoxes.
On pense que des groupes tels que les Esséniens se sont séparés à ce moment-là du courant principal du judaïsme parce qu’ils ne pouvaient plus partager des offices religieux et une manière de vivre qu’ils jugeaient impies. Se désignant sous le nom de Fils de Sadoq, les Esséniens restèrent fidèles à la lignée héréditaire des prêtres, celle de Sadoq. Ils étaient contre l’esclavage et les sacrifices du Temple, et suivaient un calendrier solaire différent du calendrier lunaire habituel, ce qui rendait la séparation presque inévitable, étant donné que les fêtes et les périodes de culte tombaient sur des jours différents. Ils étaient environ 4 000 à vivre en Judée, dans de petites communautés, à la lisière des villages et des cités.
L’hégémonie asmonéenne prit fin en 63 av. J.-C., lorsque le général romain Pompée s’empara de Jérusalem. A partir de ce moment-là, les Romains devinrent la force politique dominante de la région. Des groupes de Juifs radicaux, les Zélotes et les Sicaires, appelèrent à la rébellion armée contre les Romains. En 66 ap. J.-C., commença la première rébellion juive contre Rome. En 70, après quatre années de combat, les Romains détruisirent Jérusalem et massacrèrent des centaines de milliers de Juifs. Il y eut d’autres rébellions de moindre importance, mais en 135, la Judée appartenait à Rome.
C’est au cours de cette période troublée que Jésus exerça son ministère. Les revendications de messianisme étaient nombreuses à l’époque. Sa vie ne fut guère remarquée, les historiens ne lui accordèrent que peu d’attention pendant 300 ans. A l’époque, sa mort ne fut pas considérée comme l’expiation sacrificielle que les chrétiens y voient aujourd’hui. C’était, au contraire, le plus dégradant des châtiments, une forme de torture sauvage et sanglante introduite par les « barbares » romains.
Les partisans de quelqu’un qui connut une mort si dégradante ont dû eux-mêmes faire l’objet de recherches policières et de dérision. Affirmer, en plus, que ce criminel disgracié était le Messie, relevait d’un rare courage. Une situation aussi conflictuelle ne pouvait que mener à des divisions internes. Les pressions exercées sur Jésus et ses partisans étaient brutales et bien réelles. Les Evangiles ont peut-être été dépouillés de toute connotation politique de manière à assurer leur survie même.
Tout cela nous montre la valeur inestimable des documents découverts à notre époque. Le « véritable Jésus », perdu par les historiens, est peut-être en train de ressusciter une fois de plus des grottes secrètes des temps anciens.
Les rouleaux de la Mer Morte
Dans les paragraphes qui suivent, nous étudierons les six rouleaux de la secte qui portent l’empreinte unique de la communauté qui a suivi l’inspiration du Maître de Justice. Les trois premiers : Pesher, les Hymnes d’action de grâce et l’Ecrit de Damas, renferment les principales allusions au Maître de Justice. Les trois derniers : le Rouleau du Temple, la Règle de la Communauté et le Rouleau de la Guerre, montrent l’approche philosophique d’une communauté qui se considérait comme l’expression du royaume de Dieu manifesté sur Terre. La référence qui suit un texte indique le document et le numéro de la colonne. Dans les citations tirées des manuscrits, les passages entre parenthèses indiquent la reconstitution d’un texte fragmentaire.
Moreh ha-Zedek
Le Maître de Justice est appelé en Hébreu Moreh ha-Zedek : celui qui est chargé de la Loi et qui est envoyé par Dieu afin de guider son peuple sur le chemin de la vérité. La racine Zedek se trouve aussi dans « Melchizedek » : le Roi de Justice, et dans les « Fils de Sadoq » : les prêtres justes. En 1950, André Dupont-Sommer, professeur de langue et de civilisation sémitiques à la Sorbonne, présenta à la communauté universitaire une étude qui fit sensation.
« Jésus, a-t-il affirmé, ressemble à bien des égards, à une étonnante réincarnation du Maître de Justice. Comme ce dernier, il a prêché la pénitence, la pauvreté, l’humilité, l’amour du prochain, la chasteté […]. Comme lui, il fut l’Elu et le Messie de Dieu […]. Comme lui, il fut l’objet de l’hostilité des prêtres […]. Comme lui, il fut condamné et mis à mort. Comme lui, il prononça un jugement sur Jérusalem qui fut prise et détruite par les Romains pour l’avoir mis à mort […]. Comme lui, il fonda une Eglise dont les fidèles attendirent avec ferveur son retour glorieux […]. Toutes ces similitudes (et je ne fais qu’effleurer le sujet) constituent, lorsqu’on les réunit, un ensemble très impressionnant. »
Il faut insister sur le fait que Dupont-Sommer n’a jamais suggéré que le Maître de Justice était Jésus, mais qu’il le considérait comme un prototype. Cependant, même cette affirmation prudente souleva de nombreuses objections. Il semble que les chrétiens aient craint une mise en question de l’unicité de leur Christ, seul Fils de Dieu. Les Juifs demeurèrent également sceptiques. Les vieux antagonismes réciproques les avaient rendus circonspects à l’égard de tout ce qui pouvait rapprocher leur foi du christianisme. Depuis ce moment-là, bien peu se sont risqués à comparer le Maître de Justice à Jésus-Christ.
Le Pesher : commentaires bibliques
En ce qui concerne le ministère de Jésus, Benjamin Creme a déclaré : « Jésus a dispensé son enseignement pendant trois ans, en demeurant si peu connu qu’il fallut qu’un de ses disciples, Judas, finisse par se laisser corrompre et le désigne aux autorités, pour que Jésus soit arrêté. Tout le monde croit que Jésus était accueilli à bras ouverts. Ce n’était pas le cas. La seule fois où il fut accueilli à bras ouverts, ce fut lors de sa dernière entrée dans Jérusalem, lorsque le peuple crut qu’il allait conduire le soulèvement contre Rome. Ceux qui croyaient à la venue du Messie attendaient un roi guerrier, issu de la Maison de David, et capable de libérer les Juifs du joug romain. Jésus ne fit rien de tel, mais exhorta : « Rendez à César ce qui appartient à César, et rendez à Dieu ce qui appartient à Dieu. » Il n’était pas du tout venu afin de libérer les Juifs de Rome, et c’est pour cela qu’ils se débarrassèrent de lui. Et comme, dans leur esprit, ils se représentaient le Messie comme un roi guerrier, Jésus ne pouvait pas être le Messie. » (MM2, p. 40)2
Dans Alice Bailey, nous lisons : « Lorsqu’il vint autrefois, la Palestine se trouvait sous l’emprise des chefs religieux juifs, et les Pharisiens et les Saducéens étaient pour les gens de ce pays ce que sont les potentats de l’Eglise pour les gens d’aujourd’hui […]. Les prêtres ne furent pas ceux qui le reconnurent lorsqu’il vint auparavant. Ils le craignirent. » (LRC, p. 17 angl.)2
Les manuscrits regroupés sous le titre de « Pesher » (Commentaires) ont été les plus étudiés parce qu’ils renferment les principales références aux événements de la vie du Maître de Justice. Ce sont des interprétations de passages de la Bible. L’auteur du manuscrit étudie un livre de la Bible, habituellement un ouvrage prophétique, et le réinterprète en fonction des événements de son époque. Les prophètes : Isaïe, Habacuc, Nahoum, représentaient un choix logique, car leurs livres avertissaient les chefs juifs qu’il était temps de retrouver la voie de Dieu et de se préparer à une ère messianique.
Au sein de la nation, existaient d’autres influences, notamment celles de « ceux qui recherchent les choses flatteuses », ou ceux qui cherchent des interprétations faciles et « qui, par leur enseignement frauduleux, leurs propos mensongers et perfides, induisent en erreur rois, princes, prêtres et les prosélytes qui les suivent. Des cités et des clans périront pour avoir écouté leurs conseils ». (CBN-II)1
Il y a « l’homme de raillerie » ou « l’homme de mensonges », un membre de la propre communauté du Maître. Dans Habacuc 1 :13, il est écrit : « Pourquoi regardez-vous, ô traîtres, et gardez-vous le silence, quand l’impie engloutit celui qui est plus juste que lui ? » L’interprétation pesher est la suivante : « L’explication de ceci concerne la Maison d’Absalom et les membres de leur conseil qui se turent lors du châtiment du Maître de Justice et n’aidèrent pas celui-ci contre l’homme de mensonges qui avait méprisé la Loi au milieu de tout leur con(seil). » (CBH-V)1 La « Maison d’Absalom » est peut-être une référence aux « traîtres » en général, Absalom étant le fils du roi David qui s’est rebellé contre lui et l’a trahi.
Il est aussi question du « prêtre impie », « qui fut appelé du nom de vérité au début de son avènement ; mais, quand il exerça le commandement sur Israël, son cœur s’éleva et il abandonna Dieu et trahit les préceptes à cause des richesses, […] et il mena une conduite a(bo)minable en toute espèce de souillure impure. » (CBH-VIII)1
Le mot « engloutir » dans le passage suivant signifie généralement, en Hébreu, faire disparaître ou faire mourir. La signification implicite de ce passage est que le « prêtre impie » s’empare du Maître au jour des Expiations et finalement assiste à son exécution. Il est question du « prêtre impie qui a persécuté le Maître de Justice, l’engloutissant dans l’irritation de sa fureur en sa demeure d’exil. Mais, au temps de la fête de repos du Jour des Expiations, il leur est apparu pour les engloutir et les faire trébucher au Jour du Jeûne, leur sabbat de repos. » (CBH-XI)1
Si l’on suppose que le Maître est Maitreya ou Jésus, il semblerait alors que le « prêtre impie » soit le grand prêtre juif Caïphe, ou peut-être Anne, son beau-père, qui détenait le pouvoir réel, et l’on pourrait supposer que l’« homme de mensonges » était Judas.
Les Kittim sont dépeints comme une force de vengeance dirigée contre ceux qui persécutèrent le Maître et la communauté des pauvres. Le Commentaire d’Habacuc parle des « derniers prêtres de Jérusalem qui amassent richesses et gain en pillant le peuple. Mais, à la fin des jours, leurs richesses, avec le fruit de leurs pillages, seront livrées aux mains de l’armée des Kittim ». (CBH-IX)1
Les Hymnes d’action de grâce
Si les Commentaires bibliques donnent une idée de l’opposition politique et religieuse qui existait à l’encontre du Maître de Justice, le rouleau des Hymnes fait un récit encore plus poignant de l’opposition et de la trahison de membres de sa propre communauté. La plupart des spécialistes attribuent le rouleau des Hymnes au Maître lui-même. Il est poétique, profondément émouvant, et raconte une histoire qui présente deux aspects : la difficile condition d’un grand homme de Dieu, partagé entre le rayonnement éternel du royaume céleste et la tâche ingrate d’en guider la manifestation sur les sombres sentiers d’une minuscule planète.
L’auteur des poèmes sait que Dieu l’a choisi et imprégné d’une merveilleuse sagesse. Il sait également que Dieu est la source de tout ce qui existe.
L’Ecrit de Damas
Les premiers traducteurs de l’Ecrit de Damas réalisèrent qu’il avait déjà été publié en 1901, dans un ouvrage intitulé Fragments of a Zadokite Work (Fragments d’un ouvrage sadoquite), de Simon Schechter, de l’Université de Cambridge. Ce dernier l’avait découvert parmi de vieux documents conservés dans une synagogue du Caire. Estimant qu’il avait été écrit environ 1 000 ans ap. J.-C., il l’avait appelé Zadokite Work (ouvrage sadoquite) parce que ses auteurs se désignaient eux-mêmes sous le nom de « Fils de Sadoq ».
En cherchant une explication à la présence de ce document dans la synagogue, un spécialiste s’est souvenu d’une lettre écrite au VIIIe siècle par Timothée, un patriarche juif. « Nous avons appris, écrit ce dernier, […] que des livres ont été trouvés il y a dix ans dans une habitation troglodyte près de Jéricho. On a raconté que le chien d’un Arabe qui chassait était entré dans une grotte à la poursuite du gibier et n’en était pas ressorti ; son propriétaire entra à son tour et découvrit une salle dans le roc contenant de nombreux livres. Le chasseur se rendit à Jérusalem et raconta son histoire aux Juifs qui vinrent en grand nombre et trouvèrent des livres de l’Ancien Testament et d’autres écrits en Hébreu. » Ce compte rendu est presque identique à celui de la découverte récente des manuscrits de Qumran, et Jéricho est suffisamment proche de Qumran (env. 15 km) pour qu’il soit possible d’y voir un lien. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Elle se poursuit à Bagdad où, également au VIIIe siècle, a émergé une secte de juifs hérétiques qui rejetaient le Talmud (le livre de la loi juive) et recherchaient un contact plus direct avec la Bible. Ses membres se donnaient le nom de Caraïtes et leur rituel, leur langage, leur loi et leur calendrier étaient semblables à ceux de la secte des rouleaux de la Mer Morte. Leur littérature est remplie de références à la « secte sadoquite » et aux « Magharites » (mot arabe pour grottes). Ils embrassaient un messianisme fervent et enterraient leurs morts dans la direction nord-sud. L’ouvrage sadoquite découvert par Schechter au Caire se trouvait parmi des ouvrages caraïtes.
La Nouvelle Alliance au Pays de Damas
De tous les documents, l’Ecrit de Damas est le plus impressionnant par son envergure. Il couvre l’ancienne cosmologie, l’histoire biblique, l’origine de la secte et l’éternelle alliance de Dieu avec l’humanité.
Les auteurs y parlent d’eux-mêmes comme de ceux qui « se sont enfuis vers le nord » et ont conclu « une Nouvelle Alliance au Pays de Damas ». Damas étant située à 215 km au nord-est de Qumran, la plupart des chercheurs ont prêté peu d’attention à cette référence, si ce n’est pour la considérer comme purement symbolique ou indiquant une migration antérieure de la secte, peut-être avant son implantation à Qumran. Mais si l’on prend le texte à la lettre et si l’on tient compte d’autres références historiques contenues dans le même document, cela peut être une indication sur l’identité de la secte. Il est à noter que beaucoup d’enseignements « obscurs » et de manuscrits « perdus » émergent de la région syrienne et le « Pays de Damas » peut signifier la « Terre de Syrie » ou Coelé-Syrie. Il s’agit d’une bande de territoire à la frontière entre la Syrie et l’Arabie, s’étendant de Damas jusqu’à la Mer Morte. Cette bande de terre était le pays des groupes initiés tels que les Nazaréens et les Esséniens.
Dans les chroniques religieuses du IVe siècle des historiens Eusèbe et Epiphane, il est fait mention d’un événement inhabituel qui s’est produit avant la destruction de Jérusalem en 70. Epiphane écrit : « Lorsque la cité fut sur le point d’être détruite par les Romains, tous les disciples furent avertis par un ange qu’ils devaient quitter la ville qui allait bientôt être détruite. Ils devinrent des réfugiés et s’installèrent à Pella, une ville transjordanienne appartenant à la Décapole. » Pella se situe à 80 km au nord de Qumran, et Damas à 136 km de Pella.
Dans l’Ecrit de Damas, un passage semble relater le même événement. Il y est question des « convertis d’Israël, qui sont sortis du pays de Juda et se sont exilés au Pays de Damas, eux que Dieu a tous nommés princes » (ED-VI)1. On parle aussi d’une faction opposée à la secte dont les membres « ont méprisé l’alliance (avec Dieu) et le pacte qu’ils avaient contracté au pays de Damas, qui est la première alliance. Et il n’y aura pas pour eux ni pour leur famille de partage dans la maison de la loi […]. Et à partir du jour où l’on s’est rassemblé pour (tuer) le Maître unique, jusqu’à la destruction de tous les combattants qui se sont retournés avec l’homme de mensonges, il y aura environ 40 ans […]. Et, en ce temps-là, la colère de Dieu s’enflammera contre Israël. » (ED-XX)1
Entre la crucifixion de Jésus et la destruction de Jérusalem, 40 années se sont écoulées, comme dans le passage du manuscrit. Après la mort de Jésus, l’Eglise chrétienne naissante n’était guère plus qu’une secte de la religion juive. Mais en 70, il se produisit un schisme qui les sépara définitivement. Il est tout à fait possible que cela soit dû à la raison indiquée dans le passage précédent, du fait qu’il existait au sein de l’Eglise primitive une faction qui sympathisait avec la révolte juive et dont les membres « sont retournés » parce qu’ils « ont méprisé l’alliance » et ont été anéantis lorsque les Romains ont attaqué. Ceux qui « étaient sortis du Pays de Juda » furent sauvés. Ce passage (et d’autres similaires dans les rouleaux), bien qu’ayant un rapport évident avec l’histoire de la secte, a été largement ignoré.
Nous reviendrons sur ces données lors de notre conclusion, lorsque nous parlerons de la date des manuscrits et de leurs auteurs présumés.
Les trois documents suivant donnent une idée du code moral et du système de croyance de la secte.
La Règle de la Communauté
La rédaction du manuscrit de la Règle de la Communauté date peut-être des tout débuts de la secte (150-200 av. J.-C.), car il s’agit de la règle de base pour l’organisation de leur vie communautaire et de leur code moral. Elle s’adresse à ceux de la « communauté en Israël » qui « doivent se séparer du milieu de l’habitation des hommes pervers pour aller au désert afin de frayer la voie pour Lui. » (RC-VIII)1 Ses lois sont rigides et précises, imposant la dignité, l’ordre et une stricte adhésion à la tradition mosaïque. Il existe des règles de conduite entre les membres, des règles concernant la mise en commun de l’argent, le culte et les repas pris en commun. Il existe des conditions pour entrer dans la communauté et une période de probation de trois ans.
La prière et la lecture de la loi étaient d’une importance primordiale, et l’on s’y consacrait jour et nuit, à tour de rôle.
Le groupe était hiérarchique et un examen annuel déterminait l’avancement. « Dans le Conseil de la Communauté, (il y aura) douze hommes, et trois prêtres, parfaits en tout ce qui est révélé de toute la loi… » (RC-VIII)1. Ceci reflète ce que nous savons au sujet des ashrams des Maîtres. L’ashram intérieur inclut le Maître et douze disciples, trois d’entre eux étant particulièrement aimés ; ils « ont vis-à-vis du Maître, la responsabilité de toutes les activités ashramiques. » (EDNA1, p. 758 angl.)2 La pureté rituelle était importante. Comme Jean-Baptiste, ils pratiquaient l’immersion.
Les deux Messies
Eparpillés dans l’ensemble des documents, se trouvent plusieurs concepts qui peuvent se référer à la relation entre la Hiérarchie et l’humanité : à la manière dont le royaume spirituel se manifeste dans le monde de la forme. L’un d’eux s’exprime dans l’idée que Dieu établit son royaume sur la Terre au moyen d’une « racine » ou d’une « plantation éternelle ». On peut lire dans la règle : « Le Conseil de la Communauté sera fondé sur la vérité […] comme une plantation éternelle, une maison sainte pour Israël et la base du Saint des saints pour Aaron […]. Il sera le rempart éprouvé, la pierre d’angle précieuse. » (RC-VIII)1 La description du Conseil de la Communauté, comparé à une « plantation éternelle », peut se référer aux énergies de la Hiérarchie qui ne cessent de cultiver et de nourrir le règne humain. Dans une autre métaphore exprimant le même concept, l’humanité est la base et la « précieuse pierre d’angle » pour le temple terrestre, l’expression de Dieu dans la forme.
Dans le Judaïsme, les termes Israël et Aaron sont utilisés comme des concepts de comparaison. « Israël » se réfère au royaume terrestre et « Aaron » au royaume céleste. Dans le passage ci-dessus, la « maison sainte pour Israël » est l’humanité, le règne des âmes, qui est nourri et cultivé par le « Saint des saints pour Aaron » : la Hiérarchie spirituelle.
Un concept similaire, celui des deux Messies, est resté inexplicable pour la plupart des chercheurs. Ils sont appelés les Messies d’Aaron et d’Israël et ils sont souvent dépeints comme une seule personne résidant sur Terre dans un royaume céleste. Certains passages font mention de la venue future des deux Messies, référence possible à leur retour. A la fin d’une longue liste de règles, nous pouvons lire : « Et ceci est l’interprétation exacte des règles selon lesquelles (ils seront jugés jusqu’à ce que se lève le Messie) d’Aaron et d’Israël. Il expiera leurs péchés. » (ED-XIV)1
Ce concept a peut-être un rapport avec l’adombrement, qui permet à un grand adepte d’utiliser le corps d’un disciple afin de « déverser son énergie et sa force pour aider le monde. » (TFC, p. 749 angl.)2 C’est ainsi que le Bouddha adombra le disciple Gautama et Maitreya le disciple Jésus.
Le Rouleau de la Guerre
Au moment de la découverte des manuscrits, les membres de la secte de Qumran étaient généralement considérés comme pacifistes. Mais lorsque des documents esséniens furent découverts dans la forteresse de Massada, les avis commencèrent à changer et des documents comme le Rouleau de la Guerre, qui décrivent une bataille allégorique entre le bien et le mal, commencèrent à être pris davantage au pied de la lettre. Certains auteurs ont émis l’hypothèse que beaucoup de Zélotes, partisans de la lutte armée, venaient des rangs des Esséniens.
Il y a eu, au cours des dernières années, une controverse dont la presse populaire s’est fait l’écho, au sujet d’un texte très fragmentaire tiré d’un manuscrit plus long intitulé « la Règle de la Guerre ». Il y est question d’un Messie qui était soit « transpercé », soit « transperçant ». Etant donné les difficultés de traduction de l’Hébreu ancien, personne ne pouvait être certain de l’interprétation juste. Le fragment fut utilisé dans les deux sens.
Quelle que soit la vérité, tous les documents montrent avec certitude que les membres de la secte se considéraient comme les combattants de l’esprit, luttant aux côtés de Dieu et de sa Hiérarchie angélique.
La Guerre entre les Fils de Lumière et les Fils des Ténèbres
Le document décrit une époque où « les fils de lumière et le lot des ténèbres combattront ensemble pour la Puissance de Dieu parmi le bruit d’une immense multitude et les cris des dieux et des hommes, au jour du malheur. Ce sera un temps de détresse p(our tou)t le peuple racheté par Dieu. » (RG-I)1
Le style de l’ouvrage s’inscrit dans l’époque romaine et c’est un mélange de mythologie et de réalité. Les ennemis sont les Kittim (les Romains), et l’armement ainsi que la stratégie correspondent aux coutumes romaines. Dieu est le commandant divin et Bélial (le diable) son ennemi. Les armées angéliques de Michel, Gabriel, Sariel et Raphaël, sont appelées à la rescousse. Les règles normales de n’importe quel campement militaire sont mêlées à des scènes allégoriques.
Le texte est rempli de symboles basés sur le chiffre 7. La guerre elle-même se déroulera en sept batailles. Dans trois d’entre elles, les partisans de Bélial seront les plus forts, dans trois autres ce seront les fils de lumière, « et dans la septième, la grande main de Dieu soumettra (les fils des ténèbres) » (RG-I)1. Les bataillons sont armés d’épées et de lances, incrustées d’argent, d’or et de pierres précieuses. « Ils s’aligneront en sept lignes » et « ils lanceront vers la ligne ennemie sept javelots de combat. » (RG-V/VI)1 « Sept formations de cavaliers prendront position […] 700 cavaliers à une extrémité et 700 à l’autre. » (RG-VI)1
Les prêtres dirigent la bataille, « sept prêtres d’entre les fils d’Aaron » (RG-VII)1 portant les trompettes de guerre. Ils sont suivis de sept lévites (prêtres de moindre importance) portant sept trompes de corne de bélier. Puis la bataille commence ; les prêtres et les lévites font résonner « un appel à la guerre assourdissant, pour faire fondre le cœur de l’ennemi » (RG-VII)1. Pendant les sept batailles, les trompettes sonneront tandis que les javelots seront lancés sept fois jusqu’à ce que l’ennemi soit mis en déroute dans « le combat de Dieu jusqu’à l’extermination définitive » (RG-IX)1. Tout le document est entrecoupé de longs poèmes d’exhortation et de louanges adressées à Dieu.
Comme dans ces scènes de bataille, l’évolution s’accomplit par cycles septénaires, dans nos corps, sur notre planète, dans notre système solaire et les systèmes au-delà. Lorsqu’un cycle d’accomplissement de sept rondes est achevé, un autre commence. Les « armes » du progrès évolutif, au cours de ces cycles de création et de destruction, sont la science ésotérique du son, représentée ici par les trompettes et les cornes, et l’« épée tranchante » du discernement, symbolisée par la lance et les javelots.
Le christianisme : religion de la dualité
L’idée d’une guerre cosmique entre le bien et le mal se reflète dans toutes les religions. C’est le champ de bataille de l’Esprit lorsqu’il se libère des entraves de la matérialité : l’Armaggeddon, et le Kurukshetra de la Bhagavad Gîtâ. Cela se situe à des niveaux dépassant notre entendement.
Le Maître D.K. dit : « De même que la planète Terre est considérée comme le point tournant ou le champ de bataille de l’Esprit et de la matière, […] de même notre système solaire occupe une place analogue dans le schéma cosmique. l’Homme cosmique, l’Arjuna solaire, lutte pour parvenir à la conscience de soi, individualisée et parfaite, ainsi qu’à la liberté et la libération de la forme […]. Ainsi l’homme sur notre planète, à son échelle minuscule, se bat pour des idéaux similaires ; ainsi se battent dans le ciel Michel et ses Anges […] ; leur problème est le même à une échelle supérieure » (TFC, p. 242 angl.)2
Alice Bailey applique ce concept au christianisme. « Les penseurs modernes feraient bien de se souvenir que le christianisme est une religion qui établit un pont. Là réside toute son importance. C’est la religion de cette période de transition reliant l’ère de l’existence individuelle autoconsciente à un monde futur unifié qui possédera une conscience de groupe. C’est nettement une religion de clivage qui montre à l’homme sa dualité et jette ainsi les bases de son effort pour parvenir à l’unité et à l’identification avec l’âme. La réalisation de cette dualité est une étape nécessaire dans l’épanouissement de l’homme, et le but du christianisme a été de le montrer, et aussi de mettre l’accent sur la guerre existant entre l’homme inférieur et l’homme supérieur, entre l’homme charnel et l’homme spirituel réunis en une seule personne, et d’insister sur la nécessité pour cet homme inférieur d’être sauvé par l’homme supérieur. » (DBC, pp. 17-18 angl.)2
Le Rouleau du Temple
« Au moment de mourir, Moïse appela Josué, le fils de Noun, pour lui confier sa succession en tant que guide et la garde de ce qu’il avait de plus précieux : les Livres de la Loi, donnés par Dieu à son peuple dans le désert. Il dit à Josué : « Reçois cet écrit afin que tu puisses savoir comment préserver les livres que je vais te donner, et tu les rangeras dans l’ordre et les oindras avec de l’huile de cèdre, puis tu les mettras dans des pots de terre […] jusqu’à la visite du Seigneur, à la fin des temps. » (L’Assomption de Moïse, ouvrage apocryphe)
Lorsque les rouleaux de la Mer Morte furent découverts dans le désert de Judée, soigneusement enveloppés dans du lin et conservés dans des jarres de terre, les paroles de Moïse prirent tout leur sens. Chez les Juifs, avait toujours existé la légende d’une loi cachée, trop rigoureuse pour la plupart, mais préservée dans une tradition secrète.
Il y avait également la légende d’un plan perdu du Temple, donné par Dieu à Moïse et transmis par les dirigeants. C’est pourquoi la découverte du Rouleau du Temple, avec ses plans pour le Temple, très détaillés et très élaborés, et ses indications sur les lois et les fêtes (que l’on ne trouve nulle part ailleurs dans l’Ancien Testament) présenta un profond intérêt.
Le premier Temple de Jérusalem fut construit par Salomon au IXe siècle av. J.-C. et le culte du Temple, centré à Jérusalem, devint alors le facteur dominant de la religion juive. Le temple de Salomon fut détruit lors de la captivité à Babylone en 586 av. J.-C. et reconstruit par le grand prêtre Zerubbabel en 516 av. J.-C., après le retour des Juifs à Jérusalem. Ce temple fut à nouveau reconstruit, au temps de Jésus, par Hérode, mais détruit quelques années plus tard, en 70, par les Romains. A partir de ce moment-là, le culte du Temple cessa et le Judaïsme trouva d’autres formes d’autres formes d’expression spirituelle.
D’une longueur de neuf mètres, le rouleau du temple est le plus long de tous et on l’appelle aussi « La Torah cachée ». Le texte est particulièrement intéressant ; il est écrit à la première personne, comme si c’était la parole de Dieu lui- même donnant sa Loi à l’humanité. Yigael Yardin, érudit israélite , à écrit un ouvrage intéressant; il est écrit à la première personne, comme si c’était la parole de Dieu lui-même donnant sa Loi à l’humanité. Yigael Yadin, érudit israélite, a écrit un ouvrage intéressant et bien illustré, Le Rouleau duTemple, qui dépeint visuellement le tracé et la construction du bâtiment.
Le plan du Temple comporte une cour centrale renfermant un temple et différents bâtiments destinés à l’accomplissement des sacrifices rituels. Ses structures centrales sont entourées d’une enceinte carrée d’environ 126 mètres de côté. Chaque côté est percé d’une porte ouvrant sur une cour intermédiaire également entourée d’une enceinte carrée, d’environ 216 mètres de côté. Ce mur d’enceinte est percé de douze portes, trois de chaque côté, représentant les douze tribus d’Israël ; à chacune on a donné le nom des fils de Jacob. Les portes de la cour intermédiaire ouvrent sur une cour extérieure également entourée d’un mur de 720 m de côté. Il est aussi percé de douze portes. Chacune a 31 m de haut et 22 m de profondeur. Construites à l’intérieur des murs se trouvent des centaines de petites pièces pour loger les pèlerins. L’ensemble est complètement entouré par des douves.
Le Temple de Salomon
En termes ésotériques, d’après les ouvrages d’Alice Bailey et d’Helena Blavatsky, le Temple de Salomon symbolise le corps causal ou l’âme. Il est construit par la connaissance et relie le véhicule du plan physique à la Monade (l’étincelle d’inspiration du règne spirituel). Le corps causal a été créé dans notre race, au moment de l’individualisation, lorsque l’homme animal est devenu l’homme pensant.
Le temple du corps causal, appelé la « cité carrée », est construit sur le quaternaire inférieur, les quatre aspects de la personnalité. Il s’agit des corps physique, éthérique, astral et mental. Ici s’exprime l’aspect « Fils » de la Trinité, la « conscience », qui naît lorsque l’esprit et la matière s’unissent.
Le plan du Temple représente les quatre premières initiations. La cour extérieure est la plus éloignée du Temple et donc la moins pure, elle correspond à la première initiation, reçue lorsque le disciple transcende les limitations du véhicule physique. La cour du milieu symbolise la seconde initiation, reçue lorsque les tensions du véhicule astral sont surmontées, et la cour intérieure représente la troisième initiation, reçue lorsque le véhicule mental est maîtrisé.
Les murs des ces cours sont percés de portes qui portent les noms des fils de Jacob. Chaque « fils » correspond à un signe astrologique. Le mur d’enceinte avec ses douze portes symbolise la progression de l’individu à travers les douze signes zodiacaux, au cours de maintes incarnations. La cour intérieure avec ses quatres portes est peut-être le symbole du sacrifice de la « croix de la matière ».
La cour centrale renferme le Temple, avec le Saint des saints, le cœur du temple juif et l’autel sacrificatoire, représentant la quatrième initiation, lorsque le corps causal ou l’âme, qui a transcendé toutes les expériences du monde physique, s’offre elle-même en sacrifice. Sur l’autel sacrificatoire, le sang représente la vie parce qu’il distribue l’énergie de l’âme dans tout le corps physique. Lorsque le sang est versé, le fil de vie est rompu et le véhicule physique meurt.
Le quaternaire inférieur de la personnalité – le bâtiment du Temple – est alors consumé par le feu. Il est « sacrifié ». C’est l’union du feu du Soi supérieur avec celui du soi inférieur, « … les deux feux se rencontrent et finalement le corps causal disparaît ; le feu consume entièrement le Temple de Salomon, les atomes permanents sont détruits et tout est réabsorbé dans la Triade. L’essence de la personnalité, les facultés révélées, la connaissance obtenue et le souvenir de tout ce qui est passé deviennent partie intégrante de l’équipement de l’Esprit et trouvent finalement leur voie vers l’Esprit ou la Monade sur son propre plan. » (LMO, p. 79 angl.) 2
L’initié peut alors réellement se faire l’écho des paroles du Christ : « Et moi, quand j’aurai été élevé de la Terre, j’attirerai tous les hommes avec moi. » (Jean 12 :32)
A côté du bâtiment central, le manuscrit prévoit un édifice appelé la « Maison de l’escalier tournant », contenant un escalier en spirale entièrement recouvert d’or qui aboutit sur le toit du Temple. Le disciple monte littéralement l’escalier vers le royaume spirituel, ses éléments inférieurs se transformant en or pur.
C’est tout à fait ainsi que l’évolution procède, de la création à la destruction et vice versa. Chaque édifice érigé sert un but dans l’extension de la vie. Finalement, la forme physique s’effrite et disparaît, mais son essence est recueillie dans la Conscience universelle. Tout cela n’est que le travail de préparation qui pose « les fondements du futur Temple de la Vérité, où resplendira la lumière du seigneur et qui sera la digne expression de la Réalité ». (TMB, p. 326 angl.)2
Comment répondre finalement à ces deux questions : « Qui a écrit ces documents ? » et « Quand furent-ils déposés dans les grottes ? » Il est important de comprendre que la date à laquelle ils ont été rédigés ne correspond pas nécessairement à celle de leur composition, qui varie sans aucun doute d’un rouleau à l’autre.
Les auteurs des rouleaux
Les ouvrages bibliques furent composés de nombreux siècles av. J.-C. et l’élaboration des documents de la secte a dû s’étaler sur plusieurs siècles. Les rouleaux utilisés se détérioraient au bout de quelques années et devaient être recopiés régulièrement. Ce processus de transcription correspond peut-être à ce que veut dire Benjamin Creme lorsqu’il parle de la date d’écriture des manuscrits.
S’ils ont été rédigés av. J.-C., comme le disent la plupart des chercheurs, la réponse est facile : ils furent écrits par les Esséniens de Qumran et probablement cachés dans les grottes voisines. Mais s’ils ont été écrits au IIe siècle, comme le déclare Benjamin Creme, tout est différent parce qu’après 70, la Judée devint de plus en plus inaccessible pour les Juifs. Il est difficile d’imaginer l’existence d’une communauté importante à Qumran, étant donné l’occupation romaine et l’extermination massive des Juifs. Il semble probable que Qumran fut détruite, à ce moment-là, apparemment par le feu (les fouilles ont en effet montré l’existence d’une couche de cendre). Une petite partie du site fut à nouveau occupée jusqu’en 135, mais on n’a trouvé aucune trace d’une occupation ultérieure.
Dans les rouleaux, nous pouvons trouver plusieurs pistes. Dans notre étude de l’Ecrit de Damas, nous avons noté que les auteurs parlent d’eux-mêmes comme de ceux qui sont entrés dans la « Nouvelle Alliance au Pays de Damas ». De plus, ils se donnent souvent le nom d’ebhyonim, qui signifie les « pauvres ». H.P. Blavatsky affirme que les premiers chrétiens étaient les Ebionites, du mot hébreu ebhyonim, et qu’ils étaient les disciples et les partisans des premiers Nazaréens, les initiés du temps de Jésus. « Le christianisme ébionite, écrit-elle, […] a été autrefois la forme la plus pure du christianisme primitif […] et comptait dans ses rangs « tous les parents survivants de Jésus. » (ID2, pp. 180-181 angl.)2
L’auteur juif J.L. Teicher (qui est l’un de ceux qui soutiennent que le Maître de Justice était Jésus) écrit dans Le Journal des Etudes juives, en 1951, qu’à son avis les auteurs des rouleaux étaient des Ebionites ou des Nazaréens, et qu’ils avaient émigré dans la région de Damas lors de la destruction de Jérusalem. Il cite des preuves historiques, tirées d’Epiphane qui dit que les deux groupes étaient « partis après la destruction de Jérusalem […], le Christ leur ayant adjuré de quitter la ville et d’émigrer en prévision du siège imminent. » Ils s’installèrent finalement en Coelé-Syrie, qui pourrait correspondre à la « Terre de Damas » si souvent mentionnée dans les rouleaux.
Il est alors possible que les Esséniens de Qumran aient fui vers le nord, lorsque leur existence fut en danger près de la Mer Morte. Ils ne furent pas les seuls car il est prouvé que des Juifs chrétiens de Jérusalem et d’autres régions partirent également. Ils se réunirent en différents groupes. L’un de ces groupes nouvellement formé peut avoir été celui des Ebionites qui considéraient Jésus comme un homme sage, un prophète, mais pas comme un Dieu. Ils voyaient en lui, non pas le Messie lui-même, mais plutôt une première manifestation du futur Messie, un grand leader qui viendrait finalement en tant que roi et règnerait pendant 1 000 ans.
Si les auteurs des rouleaux étaient réellement des Ebionites, il est alors logique de considérer que leurs écrits datent du IIe siècle. Ils auraient alors sans aucun doute perpétué, dans leur nouveau pays, leur tradition la plus sacrée : l’étude de la Loi. De plus, ils auraient considéré qu’il était d’une importance primordiale de relater les événements auxquels ils avaient assisté : la persécution de leur secte, la mort de leur Maître, la destruction de Jérusalem et la dispersion de leur peuple. Etant donné leur compréhension de la période astrologique dans laquelle ils entraient, il est possible qu’ils soient retournés aux livres de l’Ancien testament pour relire ce que les prophètes avaient prédit au sujet des temps à venir. Ces idées et ces événements sont rapportés dans l’Ecrit de Damas et les Commentaires bibliques.
Comment, dans ce cas, les rouleaux seraient-ils revenus à Qumran ? C’est encore Teicher qui nous apporte une indication. Il affirme que les Ebionites ont disparu aux environs de l’année 300. Il relie leur disparition à un édit de persécution établi par l’empereur romain Dioclétien en 303. Cet édit comportait l’ordre de saisir tous les livres sacrés des chrétiens et de les brûler en public. Teicher suggère que les Ebionites ont rassemblé les rouleaux et leurs jarres de rangement et les ont rapportés dans les grottes isolées de Qumran où ils avaient peu de chance d’être découverts.
C’est une hypothèse plausible. Quiconque a lu les Actes des Apôtres sait que les prosélytes chrétiens n’étaient ni sédentaires ni dépourvus d’imagination. Paul et ses compagnons n’hésitaient pas à voyager tout autour de la Méditerranée. Il n’est donc pas impossible que les Ebionites aient parcouru de grandes distances afin de préserver leurs livres sacrés. Ils savaient combien la région de la Mer Morte était isolée et l’histoire leur aurait donné raison, Qumran n’ayant plus jamais été occupée par la suite.
La vérité est éternelle
Tout au long de l’histoire, la vérité a suivi un chemin capricieux. Des profondeurs inconnues, elle remonte à la surface pour élire domicile dans nos esprits les plus brillants. Grâce à ceux-ci, elle est diffusée pendant un certain temps, puis inévitablement elle rencontre une résistance qui réclame sa disparition. Les visionnaires de toutes les époques ont compris depuis longtemps ce flux et ce reflux. Aussi, ils observent et savent quand agir, quand taire leurs pensées. Elles demeurent alors cachées, en attente, témoignage endormi, jusqu’à ce que s’offre une nouvelle opportunité, que naisse une ère nouvelle et que l’humanité se réveille, avide une fois de plus d’enseignements spirituels.
Maitreya a annoncé, en 1945, sa décision de revenir dans nos vies. En 1945, on a trouvé la bibliothèque de Nag-Hammadi en Egypte. En 1947 furent découverts les Rouleaux de la Mer Morte. Leur survie fut l’objet d’une réelle surprise pour les archéologues, parce que la vallée du Jourdain avait toujours été jugée trop humide pour que des documents d’une nature aussi délicate puissent y être conservés si longtemps.
Les auteurs des manuscrits connaissaient les usages. C’est pourquoi ils s’exprimaient sous forme d’allégories et d’allusions. Ils avaient une façon de parler, une expression particulière qu’ils utilisaient pour introduire une « vérité cachée ». Ils disaient : « Pour celui qui comprend… » avertissant le lecteur d’une signification secrète. Il en est ainsi pour tous leurs écrits. L’approche peut se faire à plusieurs niveaux. On peut voir ce qui n’y est pas ou être aveugle à l’évidence même.
Au cours des cinquante dernières années, les rouleaux ont fait l’objet de controverses et de conflits. Il y avait des livres à publier, de l’argent à gagner et de la renommée à acquérir. Il y eut des retards et des exclusivités, et des volumes écrits qui défendaient tout sauf la vérité. Malheureusement, leurs pages ont servi d’arguments aux chercheurs alors que les traductions des manuscrits prenaient la poussière sur les étagères des bibliothèques, ignorées d’un monde induit en erreur, non par duplicité, mais par pur aveuglement.
Si les rouleaux dépeignent l’époque du Christ, alors la crainte qui fait nier cette possibilité prive le monde d’un héritage légitime. Si un document tel que le Rouleau des Hymnes a été écrit par Jésus ou Maitreya, nous passons à côté d’un témoignage sans prix qui pourrait inspirer bien des vies. Jusqu’à une époque récente, les Evangiles ont été les seuls comptes rendus facilement accessibles de la vie de Jésus. Ils sont souvent répétitifs et malheureusement incomplets. On aspire à beaucoup plus.
Les auteurs des manuscrits étaient remplis de ferveur pour leur mission essentielle et d’un amour resplendissant pour leur Instructeur envoyé de Dieu. Ils ont raconté leur époque dans un langage d’une poésie unique et laissé un trésor inestimable. Des vérités si longtemps enfouies ne devraient pas être perdues à cause de controverses et de démentis. Elles sont notre patrimoine commun, le précieux héritage d’une époque révolue : un héritage forgé par notre frère aîné, Maitreya, qui a guidé nos pas dans le désert des temps bibliques et qui revient aujourd’hui pour nous guider sur un sentier encore plus resplendissant, vers le monde de demain.
Les Esséniens d’après Flavius Josèphe
« Ils méprisent les richesses et leur solidarité est remarquable. Aucun d’entre eux n’a le droit d’être plus riche que les autres. D’après leur loi, tous ceux qui entrent dans la secte doivent partager leurs biens entre les membres de la communauté, si bien que parmi eux on ne voit jamais de pauvreté abjecte ni de grande richesse, car étant donné que les possessions de chacun sont mises dans le trésor commun, ils ont tous, comme des frères, un unique héritage.
« Ils sont si pieux qu’ils ne prononcent aucune parole profane avant le lever du soleil, mais récitent certaines prières ancestrales, comme pour l’implorer de se lever. Puis ils sont renvoyés par les responsables vers des tâches auxquelles ils sont aptes, et ils travaillent dur jusqu’à la cinquième heure (environ onze heures du matin) ; puis ils s’assemblent à nouveau, revêtent des tuniques de lin et se baignent dans l’eau froide. Après cette purification rituelle, ils se retirent dans un endroit privé d’où les étrangers sont exclus, et entrent, totalement purifiés, dansleur réfectoire comme s’il s’agissait d’un templesacré, et y prennent place tranquillement.
« Le boulanger place un pain devant chacun d’eux et le cuisinier donne à chacun un plat d’une seule sorte de nourriture. Mais personne ne peut commencer à manger avant que le prêtre n’ait rendu grâce, et après le déjeuner le prêtre prononce des paroles de remerciements, car avant et après le repas, ils glorifient Dieu, celui qui donne la vie.
« Puis ils mettent de côté leurs vêtements blancs sacrés et retournent travailler jusqu’au soir ; ils reviendront alors pour le dîner pris en commun et éventuellement partagé avec des visiteurs étrangers à la secte. Ni bruit ni agitation ne viennent troubler la sérénité de l’endroit car chacun ne peut prendre la parole qu’à son tour. Pour les profanes, le silence semble étrange et difficile à expliquer, mais il est dû à leur frugalité, qui vient du fait qu’on leur donne juste la quantité de nourriture et de boisson nécessaires à leurs besoins, mais pas davantage. »
Les Esséniens d’après Philon d’Alexandrie
« Notre législateur (Moïse) a formé à la vie communautaire des milliers de disciples appelés Esséniens, probablement à cause de leur sainteté. Ils vivent dans d’importantes communautés situées dans de nombreuses villes et villages de Judée.
« Leur organisation n’est pas basée sur les liens de parenté, qu’un homme ne choisit pas, mais sur la vertu et l’amour de tous les hommes […]. Ils jouissent de la seule liberté authentique, comme le prouve leur manière de vivre. Aucun d’entre eux ne recherche la moindre possession personnelle […] ni à s’enrichir de quelque manière que ce soit, car tout est mis dans le fonds commun qui pourvoit aux besoins de tous de manière égale.
« Demeurant ensemble, ils étudient ensemble, prennent leur repas en commun et associent leurs efforts, dépensant toute leur énergie pour le bien de tous. Il existe une division du travail, chacun faisant ce qui convient le mieux à ses aptitudes, mais quelle que soit leur tâche, ils l’accomplissent avec vigueur, patience et bonne humeur, ne cherchant pas à s’en dispenser en raison du froid, de la chaleur ou des changements de temps. Ils sont au travail avant le lever du soleil et ne s’arrêtent qu’après qu’il soit couché, considérant leur travail comme un excellent exercice de gymnastique, plus agréable et plus profitable que les exercices de pur athlétisme.
« Si quelqu’un tombe malade, tous les traitements médicaux et toutes les ressources disponibles sont consacrés à le soigner et le souci de sa guérison concerne l’ensemble de la communauté. Les vieillards, même s’ils n’ont pas d’enfants, ont l’assurance d’une vieillesse heureuse et entourée, tout comme s’ils étaient les parents d’enfants nombreux et affectueux. De plus, ils sont honorés et soignés grâce à la bonne volonté spontanée de la communauté et non pas à cause des obligations impérieuses que créent les liens du sang […].
« Si enviable est donc la manière de vivre des Esséniens que, non seulement des citoyens ordinaires, mais aussi des rois puissants, sont remplis d’étonnement et d’admiration à leur égard, et ont honoré la fraternité en se répandant en louanges sur ces hommes respectés et vénérés. »
Chronologie
1290 – 1250 av. J.-C Moïse conduit le peuple juif hors d’Egypte.
1250 – 1225 av. J.-C. Josué conduit les Juifs à Canaan, la « Terre promise ».
1010 – 970 av. J.-C. Règne du roi David.
970 – 931 av. J.-C. Règne du roi Salomon, construction du premier Temple.
586 – 538 av. J.-C Première chute de Jérusalem, destruction du Temple et captivité à Babylone
538 – 516 av. J.-C Les Juifs sont libérés de Babylone. Zérubbabel conduit leur retour et reconstruit le Temple. Josué devient Grand Prêtre
334 av. J.-C Conquête du Proche Orient par Alexandre le Grand. La vie culturelle et sociale des territoires occupés est soumise à l’influence grecque.
200 – 150 av. J.-C. Les Esséniens commencent à se séparer du courant principal du judaïsme et établissent des communautés distinces.
200 av. J.-C. – 70 ap. J.-C. Epoque généralement admise pour l’écriture des Manuscrits de la Mer Morte.
63 av. J.-C Mise à sac de Jérusalem par Pompée. La loi romaine s’impose en Judée.
70 ap. J.-C Destruction du second Temple par les Romains.
135 ap. J.-C Rome vient à bout de la résistance juive en Palestine. Les Juifs pour 18 siècles, le droit de constituer une nation.
100 – 200 ap. J.-C Epoque, selon Benjamin Creme, de l’écriture des Manuscrits de la Mer Morte connus à ce jour.
1-Les citations des Rouleaux sont tirées des documents suivants :
RC : La Règle de la Communauté ;
ED : L’Ecrit de Damas ;
HAG : Les Hymnes d’Action de Grâce ;
CBH : Commentaires Bibliques Habacuc ;
CBN : Commentaires Bibliques Nahoum ;
CBP : Commentaires Bibliques Psaumes ;
RG : Le Rouleau de la Guerre.
2. Les autres citations sont tirées des auteurs suivants :
B. Creme : MM2 :La Mission de Maitreya, t. 2 ;
Helena Blavatsky : ID2 : Isis dévoilée,t. 2 ;
Alice Bailey : EDNA1 : L’Etat de Disciple dans le Nouvel Age, tome 1 ;
Alice Bailey : PE2 : Psychologie ésotérique, t. 2 ;
A. Bailey : LMO : Lettres sur la Méditation occulte ;
Alice Bailey : R&I : les Rayons et Initiations ;
Alice Bailey : LRC : le Retour du Christ ;
Alice Bailey : TFC : Traité sur le Feu Cosmique ;
Alice Bailey : TMB : Traité sur la Magie Blanche ;
Alice Bailey : DBC : De Bethléem au Calvaire.
Les traductions des manuscrits proviennent des sources suivantes : Dupont-Sommer A. The Essene Writings From Qumran ; Gaster Theodor. The Dead Sea Scriptures ; Martinez Florentino Garcia. The Dead Sea Scrolls Translated ; Vermes Geza. The Dead Sea Scrolls in English.
Auteur : Bette Stockbauer, journaliste freelance associée avec Share International, basée à Red Rock, Texas (Etats-Unis).
Thématiques : peuples et traditions, sagesse éternelle, spiritualité
Rubrique : Dossier ()
