Un guide de survie pour des temps difficiles
Partage international no 401 – février 2022
par Betsy Whitfill
Jane Goodall, naturaliste de renommée mondiale, a offert au monde Le livre de l’espoir : pour un nouveau contrat social1, sous la forme de conversations personnelles avec l’écrivain Douglas Abrams. A 87 ans, dont la plupart ont été passés dans les régions sauvages d’Afrique avec ses chimpanzés adorés, elle a, dit-elle, appris que sans espoir, nous ne pouvons pas survivre. Cette prise de conscience et ses corollaires – la détermination à surmonter les obstacles et la résilience face à la défaite – s’expriment avec douceur mais aussi avec force dans les récits des expériences qui l’ont amenée à se fier au pouvoir vital de la nature.
Le premier voyage de J. Goodall en Afrique, en tant qu’invitée d’une amie d’école dont la famille possédait une ferme au Kenya, a été le tremplin de la mission de sa vie. Pendant son séjour, elle a entendu parler du Dr Louis Leakey, le célèbre paléoanthropologue. Il recherchait des fossiles d’ancêtres humains en Afrique et cherchait des moyens d’étudier les chimpanzés afin de comprendre leur comportement et de faire la lumière sur l’évolution humaine. L. Leakey était le conservateur de ce qui s’appelle aujourd’hui le Musée national de Nairobi. J. Goodall prit rendez-vous et lorsqu’elle se trouvait avec lui, deux jours plus tard, sa secrétaire démissionnait. Jane Goodall – déjà bien informée sur les animaux africains et désireuse de poursuivre sa mission de les étudier dans la nature – était prête à occuper le poste. Elle fut engagée et invitée par la suite à rejoindre L. Leakey et son équipe lors de leurs fouilles annuelles pour trouver des restes humains primitifs dans la gorge d’Olduvai, en Tanzanie.
J. Goodall était une étudiante énergique et compétente et, après plusieurs mois, L. Leakey lui demanda d’envisager de se rendre dans les montagnes accidentées de la réserve de chasse de Gombe Stream (aujourd’hui le parc national de Gombe Stream), en Tanzanie, pour étudier les chimpanzés qui y vivent. Elle accepta le défi et partit, avec un chauffeur et sa mère comme compagne, pour Kigoma, la ville la plus proche de Gombe.
C’est à Gombe que J. Goodall a appris l’importance de l’espoir. Chaque jour, elle s’asseyait seule dans la brousse pendant des heures, attendant que les chimpanzés passent, mais pendant des mois et des mois, ils la voyaient et s’enfuyaient. De plus en plus désespérée à l’idée de ne pouvoir entrer en contact avec eux, elle écrivit à L. Leakey, en proie au découragement. Il répondait toujours : « Je sais que tu peux le faire », ce qui lui redonnait espoir. Déterminée à ne pas le décevoir, elle a finalement pris contact et établi des relations étroites avec les chimpanzés – relations qui ont permis d’obtenir de nouvelles informations extraordinaires sur leurs habitudes, leurs besoins et leur intelligence. Grâce aux longues heures passées dans la brousse, elle a développé son sens de l’observation et sa conscience du caractère spirituel par lequel la nature entretient la vie.

Jane Goodall a établi des relations étroites avec les chimpanzés dans la réserve de chasse de Gombe Stream en Tanzanie.
L’espoir et la foi
La discussion sur ce qu’est et n’est pas l’espoir est particulièrement intéressante. J. Goodall explique la différence qu’elle voit entre la foi et l’espoir. La foi, dit-elle, est fondée sur la croyance – dans le Créateur, la vie après la mort ou une doctrine quelconque. Nous n’en sommes pas certains, mais nous avons la foi que ces choses sont vraies. L’espoir, quant à lui, est actif et repose sur le désir que telle ou telle chose se produise. Les animaux, par exemple, recherchent de la nourriture dans l’espoir de la trouver. L’espoir est un trait de survie qui vous pousse à agir. L’action productive nourrit davantage l’espoir, tout comme le soutien des autres et la résilience personnelle qui vous permet de persévérer face aux obstacles. L’espoir, dit-elle, n’est pas fondé sur l’idéalisme, qui « s’attend à ce que tout soit juste, facile ou bon […] un mécanisme de défense semblable au déni ou à l’illusion. L’espoir, ajoute-t-elle, ne nie pas le mal mais est une réponse à celui-ci. »
L’espoir est contagieux, déclare J. Goodall, et elle l’a prouvé par les associations mondiales appelées Roots and Shoots, (racines et pousses) qu’elle a fondées lorsque douze étudiants tanzaniens du secondaire se sont rencontrés chez elle à Dar es Salaam, en 1991. Ils avaient des préoccupations différentes : la destruction des récifs coralliens, la détresse des enfants des rues et le braconnage dans les parcs nationaux. J. Goodall leur dit que « chaque individu compte, a un rôle à jouer et produit un impact sur la planète – chaque jour. Et nous avons le choix du type d’impact que nous allons avoir. »
Ils ont décidé que chaque groupe choisirait trois projets pour rendre le monde meilleur – pour les gens, pour les animaux et pour l’environnement. Ils ont ensuite décidé de ce qu’il fallait faire, se sont préparés et se sont mis au travail. Certains se sont moqués du groupe qui nettoyait les plages sans être payé. Mais à mesure que leur activité augmentait, de plus en plus d’écoliers s’impliquaient dans divers projets, et le volontariat, né en Tanzanie, s’est rapidement répandu bien au-delà dans les écoles, inspirant les enfants de tous milieux à briller, à prendre conscience de leur valeur et de leur capacité à faire une différence dans le monde.
En relatant les nombreux exemples d’espoir, même dans des périodes « sans espoir » comme celles que nous vivons aujourd’hui, J. Goodall nous donne quatre raisons d’espérer : l’incroyable intelligence humaine, la résilience de la nature, le pouvoir des jeunes et l’indomptable esprit humain.
Il nous reste peu de temps pour réparer les dommages que nous avons causés à notre demeure terrestre, mais il est encore temps et il y a encore de l’espoir de réussir. L’intelligence humaine peut résoudre la plupart des problèmes, et la nature nous rend généreusement la pareille en augmentant les populations de plantes et d’animaux pour chaque effort de reforestation, de restauration des eaux et des sols, et d’assainissement de l’air.
Les jeunes sont prêts et prennent leur place sur la scène mondiale, pressant les politiciens par leur ardente demande d’action. L’esprit humain peut s’affaiblir de temps à autre ou être lent à réagir au danger, mais là où il y a de l’espoir, il y a la détermination de réveiller nos semblables et de mobiliser leurs efforts pour surmonter toute adversité, aussi forte soit-elle. L’espoir est un trait de survie, ancré dans la nature pour assurer la pérennité de notre existence.
Les conversations dans ce livre se tournent périodiquement vers la philosophie et la spiritualité […] la lutte du bien contre le mal, l’optimisme surmontant le pessimisme, apportant de la lumière à l’obscurité de notre temps. J. Goodall explique : « Il est important d’agir et de réaliser que nous pouvons faire la différence, ce qui encouragera d’autres personnes à agir, et nous réaliserons alors que nous ne sommes pas seuls, et que nos actions cumulées font vraiment une différence encore plus grande. C’est ainsi que nous répandons la lumière. Et cela, bien sûr, nous rend tous encore plus porteurs d’espoir. »
- Flammarion, 2021, traduit de l’anglais.
Auteur : Betsy Whitfill, collaboratrice de Share international basée à Dallas (Texas).
Thématiques : environnement
Rubrique : Compte rendu de lecture ()
