Partage international no 196 – décembre 2004
Les médecins ont constaté des troubles psychiatriques graves chez huit prisonniers suspectés de terrorisme, incarcérés sans jugement depuis près de trois ans dans des prisons britanniques. Ils sont détenus à la prison de Belmarsh, au sud de Londres, et à la prison de Woodhill, Milton Keynes, Buckinghamshire. Tous ont songé au suicide et l’un d’eux a fait une tentative de suicide.
Ces hommes, provenant d’Algérie, de Tunisie et de Palestine, ont été arrêtés peu après le 11 septembre 2001, pour suspicion de terrorisme selon la loi d’urgence, mais ils n’ont jamais été interrogés ni accusés. Aucun motif n’a été fourni pour leur détention, ni aucune date fixée pour leur libération sur parole, comme cela se fait pour les criminels, et ils souffrent d’un sentiment d’impuissance et de désespoir. Certains d’entre eux ont été détenus et torturés dans un autre pays avant d’arriver en Grande-Bretagne, et souffrent de dépression et de troubles post traumatiques. Onze psychiatres de renom et un éminent psychologue les ont examinés et, fait inhabituel pour des spécialistes, sont unanimes dans leurs conclusions. Ils ont également constaté que les épouses des prisonniers souffraient de dépression et, dans un cas, de troubles post traumatiques, concluant que leurs symptômes sont en relation directe avec « l’incarcération de leur mari et sa nature imprécise ».
L’un des détenus est un réfugié palestinien qui a subi des tortures en Israël et a été transféré à l’hôpital psychiatrique de Broadmoor. Un autre est un Africain d’une trentaine d’années qui n’a plus de bras et dont on dit qu’il est tellement malade qu’il ne peut se tenir debout ni reconnaître ses compagnons de cellule. Les médecins ont rencontré des difficultés à recommander des solutions du fait qu’ils ignorent les crimes que les détenus sont supposés avoir commis.
Le professeur Raj Persaud, psychiatre consultant à l’hôpital Maudsley, à Londres, a expliqué : « Les dispositions particulières de l’article de loi en vertu duquel ils sont détenus implique qu’ils n’ont droit à aucune sorte de procès et qu’ils n’ont pas le droit de faire appel contre les mystérieuses accusations portées contre eux. » Il fait remarquer que l’Angleterre est le seul pays, parmi les 45 pays du Conseil de l’Europe, à avoir suspendu le droit légal à un procès dans ce genre de cas. « La démocratie et le respect de la loi sont de bien meilleures armes pour lutter contre le terrorisme. Si ces hommes sont coupables, faites-leur un procès et mettez fin aux souffrances qui leur sont infligées et que subissent leur famille. Il est vital que les psychiatres s’expriment toujours au nom de leurs patients sans tenir compte des préférences des politiciens. »
Royaume Uni
Sources : The Independent, Grande-Bretagne
Thématiques : politique
Rubrique : Le respect de la loi
