Partage international no 98 – octobre 1996
La croissance économique a échoué pour un quart de la population mondiale. Pour 89 pays, la situation économique est encore plus mauvaise qu'il y a 10 ans, et le phénomène des sociétés à deux vitesses s'est généralisé.
Le fossé entre riches et pauvres s'accroît en effet chaque jour, comme le confirme le Rapport sur le développement humain de 1996, rédigé par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Dans le préambule de ce rapport, James Gustave Speth, directeur du PNUD, déclare : « Le monde est devenu plus polarisé économiquement, à la fois entre les pays et au sein même des pays. Si la tendance actuelle se poursuit, les disparités économiques entre les nations industrielles et les nations en voie de développement iront de l'injuste à l'inhumain. »
Il s'agit là de la 7e édition de ce rapport annuel, qui classe les pays selon une combinaison de ratios d'espérance de vie, de niveau d'éducation et de pouvoir d'achat de biens et services de première nécessité.
L'édition de cette année introduit également une nouvelle mesure de pauvreté, et envisage la croissance économique du point de vue de ses relations avec l'emploi et le bien-être économique.
Le rapport montre que, malgré une augmentation considérable de la croissance économique dans 15 pays au cours des trois dernières décennies, 1,6 milliards de personnes ont été oubliées, et ont vu leur situation se détériorer davantage. Des gains économiques ont profité à quelques pays au détriment de beaucoup d'autres. Dans les pays où la situation est meilleure qu'il y a 10 ans, les gouvernements n'ont pas seulement mis l'accent sur l'aspect quantitatif de la croissance mais également sur son aspect qualitatif. Ils ont introduit certaines mesures d'équité et ont amélioré la santé, l'éducation et l'emploi de leurs citoyens. Des investissements initiaux dans l'éducation et la formation créent un climat, comme en Extrême-Orient et en Asie du Sud-est, favorisant les relations entre la croissance et le développement humain, de telle sorte que les deux se renforcent réciproquement.
Quelques données essentielles
Voici quelques éléments fondamentaux du Rapport sur le développement humain :
– Les très riches deviennent plus riches. Aujourd'hui, les actifs des 358 milliardaires en dollars du monde dépassent les revenus annuels combinés de pays comptant près de la moitié (45 %) de la population du globe.
– Les pays de l'Est et du Sud-est asiatique dont la croissance a été la plus forte sont aussi ceux qui ont le plus équitablement réparti les revenus et les actifs, tels la terre ou les crédits. Ils ont également édifié leur croissance sur la base d'un fort développement humain, tel que défini par ce Rapport.
– En dépit de régressions ou de stagnations dans les revenus, la plupart des pays ont fait des progrès considérables dans l'éducation et la santé, l'accès à l'eau potable et le planning familial.
En annexe, le Rapport classe les pays selon une échelle combinant l'espérance de vie (reflétant la santé sur un plan général), l'éducation et le pouvoir d'achat de biens et services de première nécessité. Cette année, le Canada arrive au premier rang parmi 174 pays, suivi dans l'ordre, par les Etats-Unis, le Japon, les Pays-Bas, la Norvège, la Finlande et la France. Parmi les pays en voie de développement, Chypre se classe au premier rang, suivi de la Barbade, des Bahamas, de la république de Corée et de l'Argentine. Cependant Hong-Kong, qui n'est pas un pays, viendrait avant Chypre. Lorsqu'un indice mesurant les inégalités entre les sexes est intégré à ce classement, la Suède passe au premier rang, tandis que le Canada descend à la deuxième place, les Etats-Unis à la 4e et le Japon à la 12e place.
Mesurer la pauvreté en capacités humaines
Pour aider les décideurs politiques à comprendre l'étendue et la nature de la pauvreté, les auteurs du rapport ont élargi la notion de pauvreté en terme de revenus, pour tenir compte d'autres éléments, comme la pauvreté en capacités humaines.
Au lieu d'examiner seulement le niveau moyen des capacités humaines, tel qu'il est pris en compte dans le classement mentionné plus haut, un nouvel indicateur de pénurie de capacités (IPC) reflète la proportion de la population qui manque des capacités humaines de base, ou des capacités minimales essentielles, qui sont à la fois des fins en elles-mêmes et qui sont indispensables pour espérer se hisser hors de la pauvreté et assurer un minimum de développement humain.
L'IPC tient compte de la proportion d'enfants de moins de cinq ans dont le poids est insuffisant (indicateur de nutrition et de santé publique), de la proportion de naissances non suivies par un personnel médical entraîné, et du taux d'analphabétisme féminin (mesurant la capacité de pouvoir être éduqué et instruit). Le rapport met l'accent sur les manques constatés au niveau du sexe féminin, eu égard au rôle central des femmes dans les familles et dans la société. Les investissements au niveau des femmes sont tellement rentables, qu'un faible IPC est également le signe d'une grande inefficacité économique.
Selon le Rapport, tandis que 21 % des habitants des pays en voie de développement se trouvent en-dessous du seuil de pauvreté en terme de revenus, 37 % souffrent de pauvreté en termes de capacités humaines.
Croissance et développement humain
Selon le rapport, une croissance économique plus forte sera nécessaire pour faire progresser le développement humain, en particulier pour ceux dont la croissance a fait défaut dans le passé. Mais, comme l'indique le rapport, il n'y a pas de relations automatiques entre la croissance économique, le développement humain et l'emploi. « Des progrès à court terme dans le développement humain sont possibles, mais ils ne seront pas durables sans une croissance ultérieure. A l'inverse, une croissance économique n'est pas durable sans développement humain. », affirme Richard Jolly, auteur principal du rapport et conseiller spécial du directeur du PNUD. « Une stratégie de croissance économique mettant l'accent sur les personnes et leur potentiel productif est essentielle. Il est de plus en plus évident que de nouvelles mesures internationales sont indispensables pour favoriser des stratégies nationales pour la création d'emplois et le développement humain, surtout dans les pays pauvres », ajoute-t-il.
Le monde en développement connaît des réussites. Le développement humain a fait de rapides progrès au cours des 30 dernières années, l'espérance de vie ayant augmenté de plus de 30 % et la fréquentation des écoles primaires étant passée de 48 % à 77 % ; le monde industriel avait mis plus d'un siècle pour obtenir de telles performances. Les pays ayant le mieux réussi sont arrivés à réaliser une croissance rapide, à la fois du PNB par tête et de l'emploi ; parmi eux, se trouve le Botswana, la Chine, l'Indonésie, la Corée du Sud, la Malaisie, l'Ile Maurice et Singapour. Dans ces pays, les investissements en capital humain, particulièrement dans les domaines de l'éducation et des services sociaux, se sont révélés très payants. « On croit souvent que le développement humain va à l'encontre de la croissance. Rien ne saurait être plus éloigné de la vérité », écrit Richard Jolly. « Le développement humain et la croissance économique soutenue, réussie, vont de pair. »
Thématiques : Société
Rubrique : Les priorités de Maitreya (« Pour aider les hommes dans leur tâche, Maitreya, l’Instructeur mondial, a formulé certaines priorités. Assurer à tous un approvisionnement correct en nourriture ; procurer à tous un logement convenable ; fournir à tous soins médicaux et éducation, désormais reconnus comme un droit universel. » Le Maître de Benjamin Creme, Partage international, janvier 1989. Dans cette rubrique, notre rédaction aborde les questions relatives aux priorités énoncées par Maitreya et présente des expériences orientées dans cette direction.)
