Le développement comme liberté

Partage international no 169septembre 2002

La science économique est née de notre désir de connaître ce dont les gens ont besoin pour bien vivre. « oikonomia », la racine grecque du mot « Economie », est une combinaison des mots « oikos », maison, et « nomos », règle, loi ou coutume. L’économie, définie comme ensemble des « règles domestiques », n’a donc pas pour objectif premier l’argent, mais la liberté, déclare le Prix Nobel indien Amartya Sen dans son ouvrage Un nouveau modèle économique. Développement, justice, liberté (1999). Le développement économique consiste donc d’abord à éradiquer les principaux obstacles à la liberté. Le produit national brut est purement secondaire.

Originaire du Bengale, un Etat pauvre de l’Inde, A. Sen dit que le manque le plus cruel de liberté, c’est la faim. Mais manger à sa faim ne suffit pas à préserver la liberté des personnes et à assurer leur développement, il faut qu’elles puissent aussi disposer de services sociaux adéquats. Sans éducation et sans structures sanitaires, il n’est pas de progrès possible pour une société. A titre d’illustration, il compare la Chine et l’Inde, qui s’efforcent depuis quelques années d’instaurer une économie de marché. Si la Chine obtient en la matière de meilleurs résultats, c’est parce que sous le règne de Mao a été mis en place un système éducatif efficace au point que la plus grande partie de la population savait lire et écrire avant même le lancement des réformes. En Inde, par contre, la moitié de la population était encore illettrée lorsqu’en 1991, le pays a entrepris d’ouvrir ses marchés. « Pour avoir laissé le pays dans une véritable misère sociale et fait porter ses efforts d’abord sur l’éducation supérieure, destinée aux élites, plutôt que sur une éducation de masse et sur la mise en place d’une politique de santé pour tous, le pays était peu préparé à l’expansion économique », écrit-il. Il déclare que donner plus de pouvoirs et de moyens aux femmes est un aspect essentiel du développement en tant que liberté. En particulier en favorisant leur accès à l’éducation et à l’emploi, deux facteurs-clés pour le progrès de l’Inde. Si les femmes apprennent à lire, les taux de mortalité infantile chuteront. A. Sen croit que ces corrélations simples échappent souvent aux économistes. « Il faut que cela change, écrit-il, car dans l’économie politique du développement, rien n’est plus important que de comprendre plus profondément l’importance de la participation et du leadership politiques, économiques et sociaux des femmes. »

Inde
Sources : De Volkskrant, Pays-Bas
Thématiques : femmes, Économie, éducation
Rubrique : Tendances (Dans le monde actuel s’affirme une tendance de plus en plus prononcée à la synthèse, au partage, à la coopération, à de nouvelles approches et avancées technologiques pour la sauvegarde de la planète et le bien-être de l’humanité. Cette rubrique présente des événements et courants de pensée révélateurs d’une telle évolution.)