Le déclin de la violence

Partage international no 280décembre 2011

« Le déclin de la violence est peut-être le développement le plus important de l’histoire de notre espèce », écrit Steven Pinker, psychologue harvardien, dans son dernier livre : The Better Angels of Our Nature : Why Violence Has Declined (Le meilleur de notre nature : pourquoi la violence a diminué).

Malgré l’apparente prévalence de la violence dans toutes les sphères de la société actuelle, S. Pinker affirme que les statistiques révèlent une réduction spectaculaire des décès par faits de guerre, assassinats, violence familiale, racisme, viol et autres formes de violence. Ses conclusions sont basées sur des études réalisées par d’autres universitaires au moyen d’analyses, d’enquêtes, de documents historiques, ainsi que de registres de cimetières. Selon S. Pinker :

– Le nombre de tués au combat s’est réduit de 1 000 fois au cours des siècles. Avant l’avènement de pays organisés, les combats tuaient plus de 500 habitants sur 100 000. Au 20e siècle, avec deux guerres mondiales et plusieurs génocides, on est descendu à 60. Et les décès sur le champ de bataille se réduisent actuellement à 0,3 pour 100 000 habitants.

– Les assassinats dans les pays européens ont régulièrement chuté de près de 100 pour 100 000 habitants aux 14e et 15e siècles, à environ 1 pour 100 000 habitants aujourd’hui.

– Le taux américain de maris tués par leurs femmes a diminué de 1,2 en 1976 à 0,2 pour 100 000. Pour les épouses tuées par leur mari, le taux a diminué de 1,4 à 0,8 pour la même période.

– Le viol aux Etats-Unis est en baisse de 80% depuis 1973. Les lynchages, qui se produisaient au rythme de 150 par an, ont disparu.

– La discrimination à l’égard des Afro-américains et des homosexuels est en baisse, ainsi que la peine capitale, la violence envers les enfants et la fessée.

S. Pinker attribue en partie la diminution de la violence au fait que la population est plus intelligente, plus instruite. Les tests de QI montrent que l’adolescent moyen est de plus en plus intelligent. Et cette augmentation de l’intelligence se traduit par un monde plus agréable, plus pacifique, affirme-t-il.

« Devenant plus intelligents, nous essayons d’imaginer de meilleures façons d’amener chacun à transformer son épée en soc de charrue, poursuit S. Pinker. La vie humaine est devenue plus précieuse que par le passé. »

De même que S. Pinker, Andrew Mack, ancien responsable de la planification stratégique de Kofi Annan, ex-secrétaire général de l’Onu, estime que les statistiques confirment une diminution de la violence dans le monde.

A. Mack, actuel membre du corps professoral de l’Université Simon Fraser au Canada, attribue la réduction de la violence aux Casques bleus, à la Banque mondiale et aux milliers d’organisations non gouvernementales.

Le Human Security Report 2009/2010, un projet dirigé par A. Mack, constitue une étude mondiale de la guerre et de la violence. Selon ce rapport, le bilan annuel moyen des décès reliés à des combats est passé d’environ 10 000 par conflit dans les années 1950 à moins de 1 000 depuis le début du 21siècle. Et le nombre de guerres meurtrières ‑ celles qui tuent annuellement au moins 1 000 personnes ‑ a chuté de 78 % depuis 1988.

Joshua Goldstein, professeur de relations internationales à l’American University, à Washington, et auteur de Winning the War on War (Gagner la guerre à la guerre), arrive à des conclusions similaires à celles de S. Pinker et de A. Mack quant à la réduction mondiale de la violence.

S. Pinker et J. Goldstein pensent que la violence devrait encore se réduire dans le futur.


Sources : Associated Press
Thématiques : Société
Rubrique : Tendances (Dans le monde actuel s’affirme une tendance de plus en plus prononcée à la synthèse, au partage, à la coopération, à de nouvelles approches et avancées technologiques pour la sauvegarde de la planète et le bien-être de l’humanité. Cette rubrique présente des événements et courants de pensée révélateurs d’une telle évolution.)