Le danger du fascisme

Partage international no 429mai 2024

par Felicity Eliot

Personne peut nier que nous vivons une époque de folie. Il semble que nous ayons perdu notre sens moral. Ce qui nous a conduits là, c’est qu’au fil des décennies, nous avons laissé sans solution des problèmes majeurs, dans un processus lent mais insidieux consistant à fermer les yeux sur la faim, l’inégalité, les sans-abri, la destruction de l’environnement et bien d’autres choses encore.

Nous avons laissé des lois être affaiblies, et des règles « assouplies », de sorte qu’il est possible de tricher en toute impunité. Des réseaux d’intérêts achètent et corrompent tout simplement le pouvoir judiciaire. L’achat et la vente de responsables politiques sont flagrants ; le profit est sacré, tandis que le peuple est oublié. Les traités internationaux, les lois et les règles ont été violés, car ce qui était auparavant illégal a été rendu légal ou a fait l’objet d’une complicité.

Quelque part entre 1945 et aujourd’hui, nous avons perdu ou simplement abandonné notre sens de la compassion. Nous sommes devenus imperméables à la douleur et à la misère des autres – et aux nôtres. Nous nous sommes habitués à la barbarie. Nous avons oublié que notre monde peut être généreux. L’enlaidissement, la grossièreté, la violence, la misogynie – tous les ingrédients d’un matérialisme effréné mélangés à des notions folles de messianisme et de littéralisme biblique – ont créé un cocktail toxique que beaucoup de nos dirigeants et de leurs supérieurs semblent consommer « comme s’il n’y avait pas de lendemain ». Ont-ils pris cela au pied de la lettre ?

L’horreur, c’est que nous semblons admirer ces traits de caractère chez nos dirigeants ou futurs dirigeants. Nous votons même pour des personnes qui incarnent cette image haineuse et vindicative. Nous devons alors nous demander si nous nous identifions à cette description de nous-mêmes. Choisissons-nous ces personnes parce qu’elles excusent nos propres faiblesses ? Leur narcissisme et leur égoïsme reflètent-ils notre propre aliénation, notre sentiment commun d’être des êtres ratés ?

 

La perte d’innocence

Si nous prenons la perte d’innocence comme hypothèse, cela nous oblige à nous demander ce qui s’est passé. Comment expliquer notre corruption, et la transformation de la beauté et de la joie vers l’égoïsme et la cruauté ? Souvenons-nous de qui nous avons été et de cette autre réalité : de jeunes enfants joyeux et dotés d’un sens aigu de la justice et de l’attention aux autres.

Ce pâle reflet d’un véritable être humain n’a aucun problème à enjamber les gens qui meurent dans la rue ou qui sont affamés ou massacrés sur nos écrans de télévision, ou juste à côté – à un ou deux kilomètres – de l’autre côté d’un mur que nous avons construit pour les empêcher d’entrer. Nous devons nous demander si nous, l’humanité, avons atteint un moment crucial ? Le fascisme prospère, renforcé par ses nouvelles alliances. De puissants groupes de pression fort bien financés se sont alliés au christianisme fondamentaliste. Des candidats à la présidence ont le complexe du messie, et se croient élus. Des nations entières se livrent à des massacres, encouragées par leurs dirigeants qui assurent leur propre position et la sécurité de leur peuple. Cet enchevêtrement mortifère de facteurs nous a amenés à un moment charnière. Nous oscillons sur une balançoire existentielle. Si la métaphore est adéquate il nous faut peser d’un côté.

Il ne s’agit pas seulement de mort physique, de destruction et de désordre, mais aussi de perte spirituelle – la perte du sens de qui et de ce que nous sommes. Nous le voyons dans le sang, les décombres, les massacres et la famine, résultat de la cruauté et l’insensibilisé, exploités par la soif de pouvoir et de destruction de nos dirigeants. Le mal s’épanouit, remettant en question notre existence.

 

Que pouvons-nous faire ?

Abraham Lincoln a expliqué l’importance de notre participation active à la société : « Les élections appartiennent au peuple. C’est à lui de décider. S’il décide de tourner le dos au feu et de se brûler les fesses, il n’aura qu’à s’asseoir sur ses brûlures. » Cela a le mérite d’être clair : notre avenir, la vie de nos enfants, l’existence de la planète sont aux mains du pouvoir – mais aussi entre nos mains. Nos vies sont en grande partie entre les mains de politiciens, prisonniers d’un système corrompu, ou corrompus eux-mêmes, ayant vendu leur âme aux grands intérêts de toutes sortes. Que nos enfants puissent respirer de l’air pur, que nous ayons des systèmes de santé et des écoles décentes, que nos communautés soient développées ou laissées à l’abandon, tout ce qui rend nos vies positives et bonnes est remis en question si nous continuons à nous enfoncer dans l’apathie, écrasés par le mercantilisme et la corruption.

Benjamin Creme a souvent insisté sur le fait qu’il est vital de participer à la construction de l’avenir. « Je n’ai aucune information sur le point de vue de Maitreya à ce sujet, mais je suis sûr qu’il vous suggérerait d’exercer votre droit démocratique et d’élire une administration plus juste. Vous devriez également faire connaître, par le biais des médias accessibles, votre refus des actes de votre gouvernement avec lesquels vous êtes en désaccord. En d’autres termes, impliquez-vous davantage, participez. D’une manière générale, dans une société démocratique, nous avons les gouvernements que nous méritons, qui accèdent au pouvoir et le conservent, ne serait-ce que parce que nous négligeons nos droits démocratiques. » (Partage international, mars 1994)

« Maitreya vient nous montrer comment instaurer la justice et la liberté par le partage. Alors nous créerons des structures politiques, économiques et religieuses spirituellement correctes. Nous avons besoin d’un gouvernement pour organiser les aspects pratiques de la vie en société dans la paix et l’harmonie. Mais Maitreya affirme que nous devons participer à cette organisation : nous avons la classe politique que nous méritons. » (Partage international, nov. 1992)

Les systèmes politiques sont tellement mercantiles (dans la plupart des pays) qu’il est souvent nécessaire de voter pour le candidat le moins pire. Il y a cependant une différence entre les candidats : pour autant que l’on puisse en juger, certains d’entre eux sont plus susceptibles de répondre positivement aux idées de Maitreya tandis que d’autres sont dangereux pour les relations fragiles de la communauté internationale. Mais dans certains pays, il semble que la question soit de savoir quel politicien facilement interchangeable est manipulé par quel groupe néoconservateur de milliardaires. La différence réside en grande partie dans la psychologie des hommes politiques et des dirigeants en puissance.

 

La psychologie des politiciens

Le « massacre des innocents » – une expression qui suscite l’horreur – fait référence à un épisode de la Bible. Il se peut qu’elle soit fondée ou non sur des faits, ou que le récit ait été exagéré, mais elle convient parfaitement à la situation actuelle.

Le récit biblique parle d’un chef cruel dont la dépravation et la soif de pouvoir font qu’il a un besoin insatiable de maintenir sa position politique et qu’il ne recule devant rien. On lui rapporte qu’un enfant près de son royaume ou dans son royaume peut, en grandissant, le menacer, lui, son statut et sa richesse. Il fait donc la seule chose qui ait un sens dans sa folle logique, et envoie ses soldats « tuer tous les enfants de deux ans et au-dessous […] », pensant que cela assurerait sa survie politique. Il s’ensuit l’inévitable massacre des innocents.

Les lecteurs qui connaissent la Bible auront reconnu Hérode et son acharnement à conserver son trône. Des rumeurs lui étaient parvenues qui faisaient état d’une menace pour son pouvoir : selon la prophétie un enfant extraordinaire était destiné à prendre le contrôle du royaume et à devenir roi. Nous savons que Joseph et Marie furent avertis, qu’ils quittèrent la région sauvant ainsi leur nouveau-né, Jésus, des soldats d’Hérode. Les spécialistes de la Bible pensent qu’il s’agit peut-être d’une fiction ou que, si cela s’est produit, peu d’enfants furent tués compte tenu de la population de l’époque – leur nombre n’atteint certainement pas le nombre des enfants palestiniens tués actuellement.

Les parallèles et l’analogie ne peuvent être poursuivis indéfiniment, car il existe des différences très évidentes, bien que les similitudes psychologiques soient pertinentes si l’on considère les présidents, les premiers ministres et les politiciens autoritaires. Hérode a fait l’objet d’une analyse psychologique dans le livre King Herod : A Persecuted Persecutor. A Case Study in Psychohistory and Psychobiography (Le roi Hérode : un persécuteur persécuté. Une étude de cas en psychohistoire et en psychobiographie, non traduit), de Aryeh Kasher. Il est éclairant qu’il soit considéré à la fois comme victime et coupable, comme tant de despotes aujourd’hui. De nombreux présidents et premiers ministres, anciens et actuels, ont été analysés. Si l’individu est encore en fonction, l’évaluation de sa personnalité (à distance) est déconseillée. Un cas récent illustre ce propos : une psychiatre américaine très respectée, le Dr Bandy Lee, experte en psychologie de la violence, a rédigé un rapport mettant en garde contre le danger inhérent à la psychologie d’un dirigeant. D’après elle, la question qui compte afin de se garder du danger politique ne tient pas à savoir si un individu est mentalement malade, mais plutôt s’il est dangereux. Pour s’être exprimée, l’American Psychiatric Association (APA) a tenté de la faire taire et elle a ensuite été licenciée par l’université de Yale. Heureusement, elle continue à s’exprimer. Un nouvel exemple, s’il en fallait encore, d’autoritarisme et de censure.

La démocratie (indicatrice de la santé d’un pays) et la santé mentale (baromètre de notre bien-être spirituel) sont en jeu. A notre époque, la démocratie est vulnérable parce que nous avons cessé de nous considérer comme des êtres spirituels. Des psychologues comme Mme Lee affirment que la santé mentale d’un dirigeant peut avoir un effet sur la santé mentale de la population. Ils affirment également que si les dirigeants sont eux-mêmes agressifs, narcissiques, souffrent de troubles de la personnalité paranoïaque et éventuellement d’un complexe du messie, ils risquent fort d’entraîner leur pays dans la guerre. En outre, et c’est tout aussi important, on a assisté à une contagion de la violence et de l’extrémisme qui s’installe dans la population – un malaise fait d’apathie teintée de colère d’une part et de pulsions de vengeance effrénée d’autre part. Une nation entière, aveuglée et trompée par une propagande intense, peut en masse exhorter ses dirigeants à combattre plus durement, à tuer plus d’innocents, à détruire l’ennemi qui se trouve juste de l’autre côté de la frontière.

Wilhelm Reich a livré une analyse avant-gardiste sur les fascistes et ce qu’il advient de leur état psychologique. La cruauté et la domination violente d’un régime fasciste ont-elles des répercussions psychologiques et karmiques ? Que faut-il modifier de sa propre psyché pour devenir un despote accompli qui consacre son temps et son énergie à emprisonner et détruire d’autres êtres humains ? Bien qu’il n’ait pas utilisé le concept de karma dans ses écrits, selon W. Reich, le despote paie un lourd tribut à la loi de la cause et de l’effet dans un processus que nous voyons de manière évidente aux informations quotidiennes.

Etre humain, c’est être conscient (à différents niveaux) et à moins d’être psychopathe ou de souffrir d’une maladie qui entrave la conscience, c’est avoir une perception au moins rudimentaire des autres, un certain degré d’empathie ou, à défaut de ces éléments, un soupçon de quelque chose qui s’apparente à la conscience. Il ne fait aucun doute que les psychothérapeutes et autres spécialistes de la psychologie trouveraient à redire face à cette affirmation. Mais revenons à W. Reich. N’oublions pas qu’il a publié son analyse, La psychologie de masse du fascisme, en 1933, faisant preuve d’une prescience surprenante. Pour résumer, W. Reich a élaboré une théorie sur un processus de refoulement dans le fascisme qu’il a appelé « la carapace ». Quand un individu domine ou détruit, il provoque en lui ce qu’il fait aux autres. Pour détruire les autres, il doit se déshumaniser et se désensibiliser. Il se referme en endossant une armure et rend son vrai moi inaccessible à sa conscience, en éteignant tout ou partie de sa psyché. Ainsi, pour massacrer les innocents, il faut détruire sa propre innocence. L’âme cesse de jouer un rôle (au sens large) dans la vie d’une telle société ou d’un tel individu.

Le Maître Djwal Khul, écrivant juste après la Seconde Guerre mondiale, expliquait : « On se rend compte partout que le démagogue qui influence l’opinion publique joue avec insistance sur les émotions ainsi que sur l’égoïsme des hommes. A mesure que l’humanité progressera vers l’expression mentale, cette influence qui fausse l’opinion deviendra de moins en moins importante, et lorsque les masses (composées de millions « d’hommes de la rue ») commenceront à penser véritablement, le pouvoir de l’approche démagogique aura disparu. La principale bataille qui se livre aujourd’hui dans le monde est celle de la liberté du citoyen ordinaire de penser par lui-même, et de parvenir à ses propres décisions et conclusions. C’est là que se situe la discorde majeure entre la Grande Loge blanche et la Loge noire. […] Le sionisme aujourd’hui préconise l’agression et l’emploi de la force ; sa note-clé est la permission de prendre ce que l’on veut, sans s’occuper des autres et de leurs droits inaliénables. Ces points de vue sont contraires à la position des chefs spirituels de l’humanité ; donc, les chefs du mouvement sioniste […] sont opposés à la politique de la Hiérarchie spirituelle et à l’intérêt à long terme de l’humanité.

La liberté de l’esprit humain, la liberté de penser, de gouverner, et d’adorer selon ce que, sous l’influence du processus de l’évolution, le désir humain instinctif et inné pourra dicter, la liberté de décider la forme nécessaire de gouvernement ou de religion – voilà les prérogatives légitimes de l’humanité. Tout groupe d’hommes, ou toute forme de gouvernement qui ne reconnaît pas ce droit va à l’encontre des principes qui gouvernent la grande Loge Blanche. »

« Ce sont les sionistes qui ont nargué les Nations unies, abaissé leur prestige, et qui ont rendu leur position dans le monde à la fois négative et négligeable. Ce sont les sionistes qui ont perpétré l’acte majeur d’agression depuis la formation des Nations unies, et qui ont été assez habiles pour obtenir le soutien des Etats-Unis, et faire transformer la « recommandation » originale des Nations unies en un ordre. La loi de la force, de l’agression et de la conquête territoriale par les armes, est actuellement mise en pratique par les sionistes en Palestine ; ils ont prouvé aussi le pouvoir de l’argent pour acheter les gouvernements. Ces activités vont à l’encontre de tous les plans de la Hiérarchie spirituelle et marquent un point de triomphe des forces du mal. J’insiste sur les activités [de ce pays] car, par l’intermédiaire des chefs de ces groupes d’hommes agressifs, les forces du mal – repoussées temporairement par la défaite du groupe pervers qu’Hitler avait réuni autour de lui – ont de nouveau organisé leur attaque du développement spirituel de l’humanité. Aujourd’hui, le monde est encore divisé en personnes très puissantes et d’intentions mauvaises, et leurs victimes ; à quoi s’ajoutent les réactions négatives des autres nations. » (Les Rayons et les initiations, A. Bailey).

Les Enseignements de Maitreya, ainsi que l’œuvre de B. Creme et de son Maître, conseillent à ceux qui souhaitent aller de l’avant dans une nouvelle civilisation basée sur la réalité de l’unité de l’humanité, de vivre une vie centrée sur l’âme et de pratiquer trois habitudes spirituelles essentielles : l’honnêteté du mental, la sincérité de l’esprit et le détachement. Quel que soit l’avenir, si une nouvelle civilisation doit s’épanouir, dans laquelle les humains en viennent à se connaître comme des êtres divins et en essence liés à toute vie sur cette planète, cela doit passer par l’expérience du moi supérieur. Cette expérience, avec l’aide des Maîtres, doit être si puissante qu’aucune propagande insensée ne puisse l’influencer, pour nous distraire ou nous égarer. En ce moment essentiel, nous devons agir et aller vers cette expérience qui est à notre portée dès à présent.

Auteur : Felicity Eliot, rédactrice en chef de Share International, basée à Amsterdam (Pays-Bas).
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