Le corps est un hologramme

Partage international no 94juin 1996

Interview de Ralph Alan Dale par Connie Hargrave

Ralph Alan Dale, docteur en philosophie, originaire de Floride, aux Etats-Unis, a ouvert la voie d'une nouvelle discipline, la micro-acupuncture, et a écrit de nombreux ouvrages sur l'acupuncture afin de promouvoir cette technique comme outil de guérison et de prévention. Il explique ici comment ce qu'il nomme l'« intégrité holographique de notre corps » peut constituer le fondement d'une nouvelle conscience et nous fournir un modèle nous permettant de mieux nous comprendre nous-mêmes ainsi que la nature de l'univers.

Partage International : Qu'est-ce que la micro-acupuncture ?
Ralph Alan Dale : C'est le fait de manipuler les systèmes énergétiques se trouvant dans chaque partie du corps : dans les oreilles, le nez, le visage, la langue, les mains, l'abdomen, les pieds, le dos, etc. La micro-acupuncture permet de réaliser les mêmes opérations que l'acupuncture traditionnelle. Elle est utile non seulement aux thérapeutes, mais aussi aux patients ainsi qu'au grand public, car elle fait appel à des procédés dont certains sont faciles à apprendre, d'une pratique simple et sûre, par simple pression des doigts.

PI. Doit-on comprendre que cette pratique est accessible aux néophytes ?
RAD. Oui, l'acupuncture pratiquée à l'aide des doigts, d'un morceau de glace ou d'une source de chaleur, peut être réalisée par n'importe qui. J'ai publié un petit livre intitulé : Pratiquer l'acupuncture avec les doigts : un procédé de guérison en 18 points, qui décrit des interventions faciles à réaliser en cas d'urgence, même par des enfants.

PI. N'étiez-vous pas musicien avant de vous intéresser à l'acupuncture et à la médecine holistique ?
RAD. Oui, j'étais chef d'orchestre et compositeur. Mon premier contact avec la médecine chinoise a eu lieu en 1960, lorsque j'ai rencontré un médecin japonais du nom de George Ohsawa, qui appliquait les principes chinois du Yin et du Yang pour apprendre aux gens à s'alimenter sainement. Je ne l'avais vu pratiquer l'acupuncture qu'une seule fois, avec des résultats remarquables. Environ douze ans plus tard, je fus contraint d'apprendre l'acupuncture à cause d'un accident survenu dans un cabinet de médecin : une tige métallique servant à nettoyer l'oreille me perfora le tympan et pénétra dans l'oreille interne, causant surdité, bourdonnements intenses et vertiges. Cette affection, connue sous le nom de maladie de Ménière, est considérée comme incurable par la médecine occidentale. Mais je me suis souvenu de mon amitié avec George Ohsawa et des conseils qu'il m'avait prodigués. J'ai ensuite appris que la maladie de Ménière peut être traitée par acupuncture et que la médecine conventionnelle qualifie d'« incurables » les maux pour lesquels tout médicament ou intervention chirurgicale restent sans effet.

PI. Vous avez donc appris l'acupuncture par vous-même ?
RAD. En 1972, lorsque j'ai eu la maladie de Ménière, il y avait très peu d'acupuncteurs aux Etats-Unis. Mais même si j'en avais trouvé un, je n'aurais pas pris le risque de m'en remettre au premier thérapeute venu, susceptible de commettre de nouvelles erreurs. Je décidai donc d'être, autant que possible, mon propre médecin. Je parvins tout de même à trouver, en Floride, un jeune chinois fraîchement diplômé d'une école d'acupuncture de Hong-Kong. Je le priai de m'enseigner l'acupuncture mais il refusa, arguant du fait qu'il n'existait pas de livre en anglais et qu'il n'avait jamais rien enseigné à personne. Mais j'insistai jusqu'à ce qu'il cède et me traduise son livre point par point, page après page. Lorsque j'eus le sentiment d'en savoir assez, je m'appliquai moi-même les aiguilles et fus guéri en deux mois. J'en fus si impressionné que je décidai de consacrer une période de ma vie à approfondir mes connaissances en acupuncture et plus tard, je séjournai en Orient chez des Maîtres de l'acupuncture.

PI. Comment avez-vous jeté les bases de cette nouvelle discipline que constitue la micro-acupuncture ?
RAD. En 1973, j'ai commencé à étudier l'œuvre du docteur Paul Nogier, de Lyon (France), qui le premier a découvert que l'oreille constitue en elle-même un système énergétique complet et qu'elle peut être utilisée pour soigner l'ensemble du corps. Paul Nogier a également observé que la disposition des points énergétiques de l'oreille reproduisait l'anatomie du corps, mais il croyait que l'oreille était la seule partie du corps à fonctionner comme un hologramme énergétique de l'ensemble du corps. Lorsque j'ai débuté en 1973, je suis parti de l'hypothèse opposée, qui considère chaque partie du corps comme un microcosme énergétique, comme un système énergétique complet tel que le définit l'acupuncture chinoise traditionnelle. Je pensais que chaque partie du corps peut être utilisée pour soigner le reste du corps et que la topologie des points énergétiques à l'intérieur de chaque micro-système est une réplique holographique de l'anatomie du corps entier. Par exemple, certains points du visage correspondent à d'autres points du corps, tels que la tête, le torse, les jambes et les pieds. Le nez également contient un réseau de lignes énergétiques reliées à d'autres parties telles que la tête, le torse, les jambes, etc. Je fis des recherches sur les autres systèmes réflexes découverts par des chercheurs ou médecins dans d'autres pays et constatai que les systèmes de la langue, de l'iris, des mains, des pieds et des dents (et en fait, toutes les parties importantes de notre anatomie) avaient été identifiés dans différents pays à travers le monde, en des temps anciens ou très récents. Ces informations furent le point de départ de ma théorie sur ce que j'ai appelé la micro-acupuncture et des principes qui en découlent.

PI. Que nous apprennent ces découvertes ?
RAD. Elles prouvent que nous ne sommes pas un amalgame composite d'éléments et de systèmes hétérogènes mais que chaque organisme possède une intégrité inhérente, chacune de ses parties constituant une réplique holographique de l'énergie vitale du corps entier, connue dans la tradition chinoise sous le nom de Qi et dans l'Inde ancienne sous celui de Prana. Cela implique que chaque partie de notre corps est informée de la totalité. Le neurophysiologue Karl Pribram a découvert que notre cerveau fonctionne lui-aussi à la manière d'un hologramme. Il a en particulier démontré que, malgré la spécialisation de certaines parties du cerveau à des fonctions spécifiques, ces fonctions peuvent être assumées par d'autres parties du cerveau en cas d'ablation des parties spécialisées. Ces observations sont également en accord avec la pensée du physicien David Bohm qui a conclu que la structure de l'univers même est celle d'un hologramme.

PI. Qu'est-ce que cela implique  ?
RAD. La micro-acupuncture implique qu'aucune partie de nous-mêmes n'est isolée du reste, que la moindre cellule est informée de la totalité de notre organisme. Ces découvertes donnent lieu à une nouvelle forme de conscience, à une perception de la réalité comme une structure complexe et interactive, solidaire et intégrée, qu'il s'agisse des rapports entre notre corps physique, notre intellect, nos émotions et notre esprit, ou qu'il s'agisse de nos relations avec les autres et avec notre environnement.

PI. Le concept spirituel selon lequel nous sommes Un est donc à présent un fait scientifiquement prouvé ?
RAD. Je dirais que oui. Cet idéal d'unité n'est plus une simple spéculation, puisque comme nous l'avons vu, nous sommes le lieu d'une intégrité énergétique. La nature fondamentale de la réalité est l'unité plutôt que la fragmentation. Ce fait implique que nous sommes plus qu'une paire d'yeux aux bons soins de l'ophtalmologue, qu'un cœur pour les cardiologues et un cerveau susceptible de n'intéresser que neurophysiologues et psychiatres, etc. De fait, cette vision morcelée, s'exprimant dans la médecine conventionnelle ainsi que dans nos relations sociales, pourrait bien n'être qu'une distorsion de la réalité, une conception erronée.
Nous sommes en guerre avec nous-mêmes, avec notre environnement et avec les autres. Il nous faut changer notre manière d'être et de penser, nos idées reçues concernant l'être humain ainsi que nos structures économiques et politiques. Nous héritons d'une économie de compétition et de partis politiques obsolètes qui représentent des intérêts égoïstes et qui devront céder la place à des institutions de type coopératif afin qu'advienne une véritable communauté humaine, universelle et intégrée. Lorsque le premier effet de notre technologie ne sera plus de polluer notre environnement ou de tuer les gens, elle pourra créer des conditions d'une économie d'abondance. En procurant à chaque habitant de cette planète tout ce dont il a besoin, un tel système économique ne poussera plus les individus, les groupes, les races, les nations, les ethnies, les religions ou les sexes à s'affronter. Compte tenu de notre niveau de développement technologique, les famines et le dénuement d'un si grand nombre n'ont plus lieu d'être.

PI. Voyez-vous dans les générations à venir les signes de tels changements ?
RAD. Pas encore. Mais de nombreux jeunes semblent prendre conscience que le mode de vie dans lequel ils ont grandi est insensé. Ce mode de vie est contesté de toutes parts, mais il n'y a pas encore de véritables perspectives alternatives. C'est à ceux d'entre nous qui ont le plus d'expérience, de maturité, et qui ont commencé à élever leur niveau de conscience, de montrer le chemin.
Pour ma part, je ne manque pas une occasion de rappeler les joies que connaît l'homme qui œuvre pour sa libération et celle de la société, qui aide à délivrer notre médecine, notre culture et nos personnalités des idéologies schizoïdes et du mode de vie dont nous avons hérité. La conscience d'être né à un moment tout à fait unique de la très longue histoire de cette planète me réjouit particulièrement, conscience d'avoir la responsabilité et le privilège d'œuvrer pour la survie de l'espèce humaine et pour sa transcendance.


Pour une bibliographie complète : Dialectic Publishing, Inc. 3805 NE 167th Street ; N Miami Beach, FL, USA

Auteur : Connie Hargrave, est correspondante de Share International de Nanainoen Colombie britannique (Canada) elle travaille dansla recherche sociale et dirige une organisation sans but lucratif.
Thématiques : Sciences et santé
Rubrique : Entretien ()