L’antahkarana (3eme partie)

QUESTIONS-REPONSES

Partage international no 75novembre 1994

par Benjamin Creme

L’article suivant est issu de conférences données par Benjamin Creme en 1993, lors des rencontres annuelles de méditation de transmission de San Francisco (E.-U.) et de Kerkrade (Pays-Bas), ainsi que des questions-réponses qui ont suivi.

Q. Pour moi, la science du service est un concept nouveau. Pourriez-vous nous en parler davantage ?
R. Le service est la conséquence nécessaire et inévitable du contact avec l’âme : dès que vous entrez en contact avec l’âme, vous désirez servir. La science du service vous montre la façon la meilleure, la plus efficace et la plus objective de servir ; c’est la connaissance, tenant compte de votre degré d’évolution et de votre structure de rayons, de la meilleure façon pour vous de servir. Celle-ci correspond habituellement à votre ligne de moindre résistance, mais votre ligne de résistance maximum peut occasionnellement être délibérément choisie pour une existence donnée.
Les Maîtres seront ouvertement parmi nous et formeront leurs disciples à cette science. Partout dans le monde, les gens iront à l’école et à l’université et les programmes éducatifs seront totalement transformés. En effet, les systèmes pédagogiques actuels sont non seulement rudimentaires, mais franchement mauvais ; ils enseignent des relations fausses, en apprenant aux gens à être des citoyens de telle ou telle nation, et à être intolérants à l’égard des autres nations. L’une des premières nécessités pédagogiques est d’enseigner aux enfants à se considérer comme faisant partie d’un tout, d’une vaste espèce humaine composée de différentes nations, couleurs, origines, religions, mais possédant toutes la même Divinité, et progressant toutes le long du même sentier de retour à la Source.

Q. Pouvez-vous expliquer comment l’activité de service accélère la construction de l’antahkarana ? Et comment l’aspiration et la visualisation peuvent accélérer cette construction ?
R. Cela relève de la science de l’antahkarana. L’aspiration devient quelque chose d’extrêmement puissant ; et la visualisation finalise la construction de l’antahkarana ; mais ces deux éléments ne constituent qu’une partie de la technique. Le service, comme je l’ai déjà dit, est la conséquence du contact avec l’âme, et constitue l’une des trois sciences des temps à venir.
Ce qui se produira effectivement, c’est que l’humanité découvrira qu’elle est une âme, que nous sommes véritablement des âmes en incarnation. Jésus a enseigné cela, mais personne ne s’en souvient. Même les chrétiens n’y pensent pas, sauf lorsqu’ils disent qu’« à la mort, vous rencontrez votre âme ». Personne ne songe que l’âme peut véritablement prendre forme sur le plan physique. Ce sera la nouvelle expérience de l’humanité, et chacun réalisera finalement que nous sommes tous des âmes.
La loi de l’incarnation, la loi de la renaissance, sera enseignée de manière scientifique, et tout le monde l’acceptera, tout comme aujourd’hui nous acceptons toutes sortes de choses que nous n’aurions pas acceptées il y a 200 ans. Cela étant, le service, en tant qu’activité de l’âme, est un reflet évident de cette activité de l’âme, et il fera finalement parti du mécanisme de la vie. Ce que nous accomplirons sera considéré comme devant l’être en tant que service, et non comme une démonstration intéressée de la personnalité. C’est là qu’apparaît la différence entre les façons intérieure et extérieure de considérer les choses.

Q. La connaissance de notre structure de rayons et de notre niveau d’évolution peut-elle nous aider à découvrir notre champ de service ?
R. Oui, certainement ; si vous connaissez votre structure de rayons, vous aurez une idée de votre propre cercle infranchissable, de vos propres limites, dans le domaine du service. Vous saurez que si vous n’avez pas certains rayons dans votre structure de rayons, il est peu probable que les qualités propres à ces rayons fassent partie de votre équipement actuel. Cela ne signifie pas que vous ne les ayez pas déjà eues dans des vies antérieures, l’âme faisant plusieurs fois l’expérience de tous les rayons au cours des diverses incarnations. Mais il est inévitable que, tandis que vous intégrez les qualités propres à vos rayons actuels, qualités que vous devez travailler dans cette incarnation, les autres tendent à s’estomper.
Les rayons principaux sont ceux dont l’âme espère voir la lumière filtrer au cours de cette vie particulière. Cela signifie que les vertus d’un rayon doivent transparaître et devenir apparentes, et refléter la nature du rayon de l’âme, quel que soit ce rayon. Le rayon de la personnalité est soumis à l’influence du rayon du corps physique, à la façon dont fonctionne le cerveau, et à celle de la nature astrale ; plus une personne est polarisée astralement, plus cela est vrai. Plus la polarisation est mentale, plus la personnalité est soumise à l’influence du rayon du corps mental ; et plus la polarisation est spirituelle, plus la personnalité est soumise à l’influence non seulement de ces trois aspects, mais aussi à celle de la qualité particulière de l’âme.
C’est en définitive la qualité de l’âme qui devient la caractéristique dominante de la personnalité, qui conserve cependant son propre rayon. Le rayon de l’âme n’annule pas le rayon de la personnalité, mais en modifie l’expression.
Si vous avez une personnalité ou un mental de rayon 1, 3 ou 7, vous aurez des facilités dans les domaines de la politique, de l’économie et de l’administration. Si vous vous situez sur la ligne 2-4-6, vous serez fort probablement beaucoup plus utile dans d’autres domaines. Chaque rayon possède son propre type de service, et tous les rayons doivent servir. On peut dire qu’il existe sept manières différentes de servir le monde, bien qu’elles interagissent entre elles et se recouvrent.
La connaissance des rayons est très importante pour déterminer où et comment vous devriez servir. Ce groupe est spécifiquement lié au travail concernant la réapparition du Christ et l’extériorisation de la Hiérarchie, et y est attiré. Peu importe votre structure de rayons, ce travail, consistant à utiliser l’information sur la réapparition et l’émergence graduelle des Maîtres sur le plan physique dense, et à la répandre, peut être le vôtre. Telle est la tâche de tous les membres de tous ces groupes dans le monde entier. Peu importe à quelles autres activités ils peuvent être associés ou intéressés, c’est là leur tâche principale et le motif même de leur incarnation. Ils sont actuellement en incarnation et gravitent autour de ce message et de ces idées, parce qu’ils ont et avaient à le faire.

Q. Où le fil de la créativité se trouve-t-il ancré dans le corps humain ? Est-ce au centre ajna ?
R. Non, il est ancré à la gorge ; le chakra relié au fil de la créativité est celui de la gorge. Vous découvrirez finalement qu’il existe une technique ou un procédé permettant de relier le chakra double de la tête (le chakra de la tête est constitué du centre ajna et du centre coronal reliés entre eux), le chakra de la gorge et le chakra du cœur. Ces trois centres forment un triangle à l’intérieur duquel se déroule l’activité du disciple développé. C’est par cette activité que commence à se construire le lien avec l’âme, la première partie du pont de l’antahkarana, constituée de matière mentale. Cela s’accomplit par un processus de visualisation consciente, par une activité mentale consciente, vigilante, et par l’utilisation de l’imagination créatrice. La seconde partie de l’antahkarana, le lien avec la Monade ou étincelle divine de Dieu, constitué de lumière, est créé par l’âme elle-même, l’individu étant alors totalement imprégné par l’âme.
C’est à la quatrième initiation que l’individu devient complètement imprégné par l’âme. Les trois quarts de son corps sont alors constitués de lumière. Les cellules irradient une énergie qui n’est désormais plus atomique, mais subatomique. L’individu est alors prêt pour la cinquième initiation, qui aura lieu en temps voulu, lorsque l’ensemble du processus sera achevé. Ayant servi pendant des milliers d’incarnations comme Divin intermédiaire entre la Monade et l’individu incarné, l’âme n’est plus nécessaire en tant qu’entité séparée. Elle était nécessaire pour transmettre à un niveau inférieur les qualités de la Monade : la volonté spirituelle, l’amour-sagesse ou Bouddhi, et l’intelligence spirituelle ou manas (manas signifiant littéralement « mental »). Le niveau manasique, le niveau le plus bas, le plus proche du plan physique, est le premier touché. Le niveau suivant est la Bouddhi, ou aspect amour-sagesse.
Le chakra du sommet de la tête comporte trois groupes de pétales disposés les uns dans les autres. Les pétales extérieurs, les pétales de la connaissance, sont les premiers à s’ouvrir, libérant ainsi l’énergie de manas. S’ouvrent ensuite les pétales de l’amour-sagesse, libérant l’énergie de la Bouddhi. Finalement, la Volonté ou le Dessein, l’Atma, est libéré des pétales les plus internes, pour galvaniser et diriger la vie du disciple.

Q. Où l’aspect Volonté de la Monade se reflète-t-il à un niveau inférieur ?
R. Il se manifeste par le 6erayon. Le principe du désir est l’aspect Volonté exprimé à son niveau le plus bas. L’aspect supérieur est l’aspect Vie, et à ce niveau, c’est l’aspect Volonté, Dessein. A un niveau inférieur, dans son aspect négatif, il est tout simplement désir : le principe du désir de « la vie dans la forme ».
Il est dans la nature même de la forme de désirer. Ce n’est pas la volonté qui désire. La volonté exprime le dessein, tandis que le principe du désir veut ceci, désire cela. Il répond à l’attrait de la possession. C’est l’attrait de la possession qui maintient les gens dans l’ignorance, esclaves de ce qu’ils possèdent. Aucun progrès ne peut être accompli tant que ce principe domine.
Progressivement, tout au long des vies, avec leurs peines et leurs souffrances, ce principe de désir égoïste se transforme en service. Ce qui est désiré pour le moi séparé se modifie sous l’influence de l’âme, qui est total désintéressement. L’âme ne connaît que le service altruiste, impersonnel. Progressivement, cette qualité imprègne l’individu, qui ne se trouvera plus dominé par le principe du désir. Celui-ci s’émousse graduellement et se transforme en aspiration : tout d’abord en aspiration émotionnelle, puis graduellement, en juste méditation, en juste service, par la construction de l’antahkarana, et le contact et la fusion subséquente avec l’âme.
La méditation constitue un début. Elle crée le lien, commence à relier l’individu et l’âme. C’est par ce premier lien vers l’unité que se produit la fusion de l’individu avec l’âme. Quant à l’aspiration, elle se change en volonté indomptable, la volonté du but connu, qui domine alors la vie. Lorsque chez un individu les pétales de la volonté s’ouvrent (les trois pétales intérieurs dans le « cœur du lotus »), et que le « joyau » est révélé, le dessein de la Monade exprimé par cet individu maintenant complètement imprégné par son âme peut alors se manifester. La vie dès lors vécue est celle des grands initiés, totalement dirigée par la volonté et le dessein. Telle est la destinée de tous.

Q. Quel est le lien entre l’antahkarana et la continuité de conscience ?
R. L’existence de la continuité de conscience dépend de la création de l’antahkarana. Sans antahkarana, il ne peut y avoir continuité de conscience. La continuité de conscience existe lorsqu’il n’y a pas d’interruption de conscience entre l’éveil et le sommeil, et entre le sommeil et le retour à l’état d’éveil. Lorsqu’une personne, une entité pensante et consciente, s’endort en conservant cet état de conscience et en ramenant au plan physique ce qu’elle a vécu dans son sommeil, on parle alors de continuité de conscience.
Il en existe un aspect plus élevé, plus développé : la continuité de conscience entre une vie et la suivante ; vous mourez alors en toute conscience. Hors de votre corps, vous demeurez totalement conscient de ce que et de qui vous êtes, de ce que vous avez fait, et de votre but. Vous vous réincarnez avec la pleine conscience d’avoir déjà vécu auparavant et de ce que vous avez fait. Une telle continuité de conscience est beaucoup plus rare que celle pouvant exister entre l’éveil et le sommeil, mais sera finalement développée par la construction de l’antahkarana : ainsi n’y aura-t-il plus aucune perte de temps.
Le manque de connaissance résultant de l’absence de continuité de conscience nous fait perdre du temps. Nous sommes conscients pendant un moment, puis nous oublions. Nous nous endormons ou nous mourons, et nous perdons du temps à nous souvenir de ce dont nous étions conscients avant de nous endormir ou de mourir. Sans la continuité de conscience, nous gaspillons beaucoup de temps et d’énergie. Mais lorsqu’une telle conscience existe, le chemin est évidemment plus rapide, très rapide même et direct. Si une personne est un tant soit peu disciplinée, elle peut évoluer très rapidement en très peu de temps.

Q. Vous avez dit que la Bouddhi est en réalité la conscience de groupe. Pouvez-vous expliquer comment la Bouddhi est la conscience de groupe, comment l’énergie de l’amour-sagesse est la conscience de groupe ?
R. La Bouddhi s’éveille lorsque s’ouvrent les pétales de l’amour dans le chakra coronal. L’influence de l’âme devient alors extrêmement puissante ; elle transforme la nature de la conscience et l’individu perd alors le sentiment d’être un soi séparé.
La plupart des gens pensent être une personnalité séparée, M. ou Mme Untel. Ils se croient l’image que leur renvoie leur miroir, et la prennent pour le Soi, ce qui est une erreur. Ils considèrent cette image comme une personne séparée, et ont conscience d’être cette personne.
Tous les gens sont très conscients de leur propre personne. Il suffit de regarder autour de soi pour s’en rendre compte. Chacun se perçoit comme le centre de l’univers. L’univers tourne autour de nous qui nous trouvons au centre, au point central de la vie.
Nous avons avant tout l’impression que ce qui importe le plus, c’est nous-mêmes : recevons-nous suffisamment à manger, de satisfaction sexuelle, d’admiration, de gentillesse, de respect ? Chacun veut être respecté. Nous voulons que tout le monde nous traite avec respect, amour, affection, gentillesse, admettant que nous sommes le centre de l’univers et que, de ce fait, nous avons droit à tout ce respect, cette gentillesse, cet amour.
Les autres sont ici pour satisfaire ce que nous considérons comme nos besoins. En réalité, il ne s’agit généralement pas de nos besoins, mais de nos désirs, et c’est là que réside le problème. Cela nous donne le sentiment d’être seuls, séparés et, pour ainsi dire, en compétition, en guerre contre le monde afin d’en obtenir ce que nous voulons : le problème, avec les autres, c’est qu’ils ne reconnaissent pas cela automatiquement, qu’ils ne voient pas leur rôle d’agent dans la réalisation de nos désirs. Nous savons tous cela ; cela fait partie de l’expérience de chacun.
Vient un moment de notre évolution où l’âme nous dit, alors qu’elle frappe à la porte pour la millionième fois : « Ce n’est pas comme ça. Tu n’es pas le centre de l’univers. Tu n’existes pas en tant qu’être séparé. Moi seule, l’âme, j’existe. Je sais que je ne suis pas séparée ». Un jour, cependant, nous percevons le message de l’âme disant que tout cela n’est pas réel. Le sentiment d’être le centre de l’univers s’émousse progressivement, s’évanouit. La vérité sous-jacente est que l’âme existe, et que l’individu n’en est qu’un simple reflet, un intermédiaire. Cette personnalité avec tous ses espoirs, ses rêves, ses désirs et ses besoins n’est qu’un rêve, une fiction, une création temporaire sur le plan physique. D’un instant à l’autre, rien n’est pareil, tout change sans cesse. Tout vieillit, ce qui est considéré comme tragique, surtout lorsque cela nous arrive personnellement. La pensée même de vieillir est débilitante pour la plupart des gens.
Ce qui se produit, c’est qu’à mesure que l’âme imprègne son véhicule et que l’individu perd un peu de son sentiment de séparativité, l’importance accordée aux choses de la vie change. Ce qui était important devient sans importance, et l’intensité du besoin qui y était associé commence à s’affaiblir. D’autres choses gagnent en importance, comme par exemple le service. Le service est impersonnel et se manifeste lorsque s’estompe l’aspect personnel.
Lorsque l’harmonie entre l’individu et l’âme s’accroît, et que celle-ci commence à se manifester à travers l’individu, un transfert se produit, du personnel à l’impersonnel, de l’astral-émotionnel au cœur. Le cœur est toujours impersonnel. Il donne l’impression d’être personnel et il est touché par les expériences subjectives, mais il est essentiellement impersonnel. Par contre, les émotions sont toujours totalement personnelles, liées aux désirs.
Ces désirs peuvent être d’un niveau mental élevé, mais ils n’en demeurent pas moins des désirs. Le changement se produit au moyen d’une prise de conscience croissante de la nature de l’âme et, par conséquent, de la nature de la vie. L’âme est le moyen par lequel la Vie se manifeste dans le monde. Elle est un agent, tout comme le corps physique avec sa structure astrale et mentale est un agent. La réalité est la Vie se déversant au moyen des différentes formes. L’âme est une de ces formes ; l’homme ou la femme en incarnation, reflet de l’âme, est une autre de ces formes.
Comme le dit Maitreya : « Seul le Soi compte. » Le Soi est la Vie. Seul le Soi compte, vous êtes ce Soi, un être immortel. Notre problème est que nous l’ignorons. Nous nous identifions avec ce qui n’est pas l’être immortel, c’est pourquoi nous souffrons. Toutes les souffrances, toute la douleur, toute la tyrannie résultent de cette erreur d’identification. Le sentier du retour est la création du pont de liaison, l’antahkarana. Maitreya dirait très simplement de pratiquer trois choses : l’honnêteté de pensée, la sincérité d’esprit et le détachement. Lorsque vous construisez l’antahkarana, ces trois choses se manifestent automatiquement. Lorsque vous les pratiquez, vous créez automatiquement l’antahkarana. La construction de l’antahkarana racial (la race est ici l’humanité dans son ensemble) est le résultat de la prise de conscience graduelle faite par l’humanité qu’elle est l’âme, qu’elle est le Soi, et que ce Soi donne forme à l’expérience que nous appelons la vie. Mais c’est la Vie elle-même, jouant à travers toutes les formes, qui donne à la vie sa réalité, son dynamisme, son besoin de s’exprimer.

Q. Qu’est-ce que l’intuition ? Vous avez dit que l’intuition est la conscience de groupe. Pouvez-vous expliquer cela ?
R. La conscience de groupe est la prise de conscience que nous ne sommes pas séparés — pas seulement la prise de conscience, mais la manifestation du fait que nous ne sommes pas séparés. Elle est le résultat de la conscience de la Bouddhi, ou amour-sagesse. Sans conscience, il n’y a pas de vie. Vous ne pouvez pas dire que vous avez la vie, si vous n’êtes pas conscients de la vie. Ce dont vous n’êtes pas conscients, n’existe pas pour vous ; rien ne peut exister sans l’expérience que nous appelons la conscience. C’est pourquoi il y a tant de confusion dans le domaine occulte — sur les autoroutes comme sur les chemins écartés de l’ésotérisme — sur ce qui est réel et où réside la vérité. « Que dois-je éviter de lire ? » « Qu’est-ce qu’un bon groupe? » « Qu’est-ce qu’un mauvais groupe ? » « Que dois-je croire ? » Les gens posent toutes ces questions parce qu’ils ne permettent pas à leur conscience de fonctionner. Si vous permettez à votre intuition de se manifester (elle émane du chakra du cœur, situé du côté droit de la poitrine), elle ne mentira jamais, ne vous induira jamais en erreur, ne vous donnera jamais d’idées fausses ni ne vous poussera à de mauvais choix, parce qu’elle est le point d’ancrage de l’âme dans le corps physique éthérique. Ceci étant, toutes ces questions sur ce qui est bon ou mauvais peuvent être résolues par l’éveil de l’intuition.
L’intuition est connaissance. Elle n’est pas pensée, raisonnement, faculté mentale, mais connaissance directe, immédiate. Vous savez, parce que vous savez que vous savez — directement, sans même y penser. Vous n’avez pas à réfléchir, à faire des déductions. Au niveau bouddhique, celui où les Maîtres fonctionnent, le lien est automatique, le contact immédiat, parce que seule la conscience de groupe existe. La conscience de la Bouddhi est la conscience de groupe ; le soi individuel et séparé a disparu de la scène.
Si vous demandiez à un Maître ce qu’il pense de ceci ou de cela, il ne commencerait jamais sa phrase par « je ». Il n’a pas de mot pour « je » parce que l’idée du « je » n’existe pas pour lui.
La première pensée, le premier mot vous permettant d’exprimer votre sentiment de séparation, est le « je ». Dès que vous dites « je », vous admettez qu’il existe quelque-chose-qui-n’est-pas-moi. Mais en réalité, pour l’âme, ce sentiment de séparation n’existe pas. Les Maîtres, fonctionnant en tant qu’âmes, n’ont pas ce sens du moi, ils ont la conscience de groupe. C’est ainsi que l’ensemble de l’espèce humaine finira par fonctionner. Evidemment, très peu d’entre nous possèdent aujourd’hui ce type de conscience, mais dans l’avenir cela deviendra la norme.

Sutratma, antahkarana et fil de créativité

Q. Vous avez indiqué que les gens primitifs, peu évolués, n’ont que le sutratma, le fil de vie, et que l’humanité moyenne possède à la fois le sutratma et le fil de la conscience.
R. Lorsque je parle de « gens primitifs », je ne pense à aucune race ou couleur en particulier, mais à des individus qui, en terme de conscience, sont encore très proches du niveau de développement atlantéen. Outre la conscience physique, ils ont une grande part de conscience astrale, mais seulement un degré très minime de conscience mentale. Ces gens ne sont pas très nombreux dans le monde, mais on en trouve dans des sociétés très primitives comme celles de la Papouasie et des forêts de l’Amazonie. Ils ne sont pas primitifs faute d’avoir pu bénéficier des avantages de la civilisation moderne, mais en raison de la nature limitée de leur conscience, centrée presque exclusivement sur les plans physique et astral-émotionnel. L’humanité moyenne, d’autre part — la masse de tous les autres, dans tous les pays sans exception — possède à la fois le fil de la conscience, ancré dans la tête, et le fil de vie, ancré dans le cœur. Ces deux fils sont en place. L’humanité moyenne ne possède à aucun degré le fil de la créativité. Ce dernier est construit par l’individu lui-même, dans le processus même de sa vie.

Q. Pouvez-vous nous en dire davantage sur le fil de la créativité construit lors du retour à la Source. Est-il entrelacé avec le fil de la conscience et ancré dans la tête ?
R. Il est entrelacé à la fois avec le fil de vie et celui de la conscience, et ancré dans la gorge.

Q. Ce troisième fil, ancré dans la gorge, est-il toujours présent ?
R. Non. Il est créé et ancré dans la gorge par l’activité créatrice véritable de l’individu ayant construit la première partie du pont entre la personnalité et l’âme.

Q. Cela correspond-il à la seconde initiation ?
R. Non, pas nécessairement. Ce serait plutôt le résultat du contact avec l’âme, conduisant à la première initiation. Entre la première initiation et la seconde, vous devriez noter une capacité de plus en plus grande à servir efficacement le monde. A la seconde initiation, le service est tellement guidé par l’âme qu’il devient de plus en plus altruiste et réel, accroissant ainsi la « qualité » de ce service.
Tandis que par l’antahkarana, l’initié du second degré se rapproche davantage de l’âme et de la Triade spirituelle, il travaille de plus en plus avec le mental abstrait. Avant ce stade, une personne pourra s’occuper de pensées abstraites (la philosophie, par exemple), mais cela se produira à un degré moindre d’abstraction et sera un reflet moins précis de la réalité intérieure. Un « génie » est un individu qui possède un tel contact, d’instant en instant, avec son âme, de telle sorte que la pensée abstraite et la véritable signification, la beauté et la lumière de la réalité intérieure, se reflètent spontanément dans son travail sur le plan physique. Nous disons d’une telle personne qu’elle est « inspirée ».

Q. Pouvez-vous expliquer ce que vous entendez par « fils » dans la prise de contact avec notre environnement ; comment se développent-ils ?
R. Le terme « fil » n’est, une fois de plus, qu’un simple symbole pour décrire une poussée énergétique invisible vers l’environnement. Un fil est un courant d’énergie, et toute activité est le résultat d’une expression d’énergie, d’une force, quel qu’en soit le niveau.
Nous appelons « énergie » ce qui est reçu, et « force » cette énergie convertie par celui qui l’a reçue et transmise au monde. Ainsi, l’énergie émise est force. Ces fils sont des fils de force reliant au monde extérieur l’individu qui a construit l’antahkarana. Ces fils multiples, reliés au triple fil central de l’antahkarana, se projettent dans toutes les directions. Tous ceux qui ont atteint ce point accroissent leur champ de conscience. Ce dont il est question ici n’est pas de la construction d’un pont comme le Golden Gate, ou n’importe quel autre pont ; il ne s’agit que d’un symbole pour désigner ce que nous faisons réellement : relier différents niveaux, puisqu’il existe un fossé dans la conscience séparant ces différents niveaux.
Le but de l’évolution est de créer la continuité de conscience. Lorsque le pont est correctement construit, une telle continuité de conscience existe ; non seulement entre le sommeil et l’éveil, mais entre une vie et la suivante. Le fossé est comblé, de telle sorte que l’homme, ayant construit le pont entre lui-même et le Soi supérieur, l’âme, et, par l’âme, avec la Monade, la Divinité essentielle, sait finalement sans l’ombre d’un doute qu’il est un Dieu vivant. Tel est le résultat de la création du pont ; mais le pont n’est pas la chose essentielle, la chose essentielle est la conscience.

(Voir la suite de cet article dans le numéro 75 de décembre 1994)

Auteur : Benjamin Creme, (1922-2016) : artiste et ésotériste britannique, ancien rédacteur en chef de Share International. Son contact télépathique avec un Maître de Sagesse lui permettait de recevoir les informations les plus récentes concernant l’émergence du Christ et de s’exprimer sur les enseignements de la Sagesse éternelle.
Thématiques : sagesse éternelle
Rubrique : Dossier ()