L’âme d’un citoyen : ce qui pousse certains à changer la société

UN LIVRE DE Paul Rogat Loeb : Living With Conviction in a Cynical Time

Partage international no 135novembre 1999

par Marianne Comfort

Ceux qui cherchent à transformer la société n’ont pas nécessairement une meilleure compréhension des problèmes, ni une force morale plus innée, que ceux qui restent sans rien faire, avance un spécialiste de l’engagement social.

D’après Paul Rogat Loeb, auteur de Soul of a Citizen : Living With Conviction in a Cynical Time, (l’Ame d’un citoyen : vivre avec conviction à une époque désabusée), « ces personnes-là en sont simplement venues à considérer leur place dans le monde sous un autre angle. Elles ont appris des leçons spécifiques sur la manière d’aborder le changement social : elles n’ont nul besoin d’attendre les circonstances idéales, la cause idéale, ni le niveau de connaissance idéal pour prendre position, écrit-il. Les réformateurs sociaux ont appris qu’ils peuvent avancer pas à pas, et ainsi d’éviter d’être submergés avant d’avoir commencé. Ils savourent le voyage de l’engagement et puisent de la force dans les défis. Ils voient et savent que les retombées de leurs efforts se produiront de la façon à laquelle ils s’attendent le moins. »

P. Loeb, universitaire en poste au Centre de management éthique de Seattle, intervient régulièrement sur l’engagement social pour le New York Times, le Washington Post, Psychology Today, Utne Reader, Cable News Network, National Public Radio, etc. Ses premiers ouvrages sont Gene-ration at the Crossroads (une Génération à la croisée des chemins), Hope in Hard Times (l’Espoir en des temps difficiles) et Nuclear Culture (la Culture nucléaire).

Dans Soul of a Citizen, il laisse à d’autres les techniques de l’engagement social, comme la manière d’exercer des pressions sur le législateur ou de conduire des réunions. Son propos est d’étudier « la manière dont, en tant qu’individu, nous pouvons prêter attention à nos convictions les plus profondes afin d’agir, conjointement avec d’autres, en vue de façonner un monde meilleur, et de continuer ainsi durant toute la vie. »

P. Loeb énonce tous les prétextes avancés pour ne pas s’impliquer : connaissance insuffisante du sujet, absence des soi-
disant qualités requises, charge de travail et vie de famille ne laissant aucun moment disponible. Il les réfute un à un, avec maints exemples d’individus qui se sont dégagés de la routine et se sont attaqués aux problèmes qui les concernent.

Il raconte ainsi l’histoire d’une femme de San Antonio qui, furieuse de la mort d’une vieille dame qui n’avait pas eu les moyens de faire réparer son installation de chauffage, a commençé à s’impliquer au niveau local, malgré la résistance de sa famille. Il mentionne également le cas d’une étudiante en médecine à l’hôpital de Boston qui, troublée par la fréquence des blessures par armes à feu et par armes blanches, mit au point un programme de prévention de la violence dans les écoles. Il donne la parole à un drogué récidiviste qui, prenant brusquement conscience de son impuissance alors qu’il était incarcéré dans une cellule au moment d’un tremblement de terre, décida de prendre sa vie en main et créa finalement un centre de réadaptation pour drogués et alcooliques.

Grâce à ces exemples et à bien d’autres, P. Loeb montre que l’engagement – dans la durée – de ces individus au niveau local leur permet de se regarder chaque matin dans la glace avec respect. Il montre comment ils surmontent le cynisme ambiant, comment ils franchissent les frontières traditionnelles pour trouver de nouveaux alliés à leur cause, comment ils gèrent au mieux leur temps et leur énergie en intégrant leur engagement et leur travail.

P. Loeb aborde également la façon dont les citoyens actifs font face à l’épuisement et aux problèmes relatifs à l’éducation de leurs enfants tandis qu’ils sont engagés dans le travail social. « Nous avons presque oublié que la participation à la vie publique est l’esprit même de la citoyenneté démocratique, et à quel point elle peut enrichir notre vie », écrit-il au début de son introduction.

Plus loin, il explique que peu de gens actifs depuis des années regrettent leur décision. « L’engagement social leur donne le sentiment d’avoir un but, une utilité, une motivation. Il leur enseigne de nouveaux savoir-faire. Il leur montre comment affronter les obstacles et le découragement. Il leur fait découvrir des domaines nouveaux. Il apporte le sens de la camaraderie et les aide à édifier de solides amitiés et des partenariats, et parfois même à nouer des idylles. »

Paul Rogat Loeb : Soul of a Citizen, édité par St Martin’s Griffin, 1999

Etats-Unis Auteur : Marianne Comfort, journaliste indépendante de Schenectady, New York.
Sources : American News Service
Thématiques : Société, éducation
Rubrique : Compte rendu de lecture ()