La Somalie est à l’agonie

Partage international no 51novembre 1992

En Somalie, le plus horrible des scénarios devient réalité. Déjà, des milliers de personnes sont mortes de faim, et beaucoup d’autres s’apprêtent à connaître le même sort. Les conditions de vie des Somaliens sont effroyables. Bien que les statistiques divergent, il en ressort une estimation dramatique : 1,5 à 2 millions de Somaliens, soit plus d’un quart de la population, risquent de mourir de faim, et 4,5 millions de personnes supplémentaires souffrent de malnutrition et seront menacées de mort si elles ne sont pas ravitaillées à brève échéance. Un quart des enfants somaliens âgés de moins de cinq ans sont déjà morts. Chaque jour, cinq mille personnes meurent de faim. Lorsque nous parlons des enfants de Somalie, nous parlons « d’un million de squelettes ambulants » déclare Ian McLeod, porte-parole de l’Unicef.

L’herbe, les peaux d’animaux et leurs propres habits constituent la seule « nourriture » disponible — pour ceux qui ont de la chance. D’après des médecins français, la situation « défie toute description ».

Depuis l’année dernière, les organisations humanitaires impuissantes réclament l’intervention du monde pour atténuer cette catastrophe sans précédent. En vain. Ni l’ONU, ni aucun pays en particulier n’a fait le moindre geste.

A un certain moment, l’ONU a même quitté le pays, ne laissant sur place que quelques organisations de secours comme la Croix-Rouge et le Fonds de Sauvegarde des Enfants, afin de continuer la lutte contre la famine. Ce n’est qu’à partir du moment où des centaines de personnes ont commencé à mourir chaque jour que certains pays, sous la pression de l’opinion publique, se sont sentis poussés à agir.

Rakiya Omaar, responsable de Africa Watch, organisation somalienne des droits de l’homme, condamne l’indifférence et la lenteur bureaucratique dont a fait preuve l’ONU face à ce désastre. Elle admet que les problèmes proviennent de la désorganisation totale du pays, pratiquement sous le contrôle des bandes armées. Mais elle estime que si la nourriture était acheminée en quantité suffisante, l’influence de ces bandes diminuerait aussitôt.

L’effondrement politique de la Somalie, qui a suivi le renversement du dictateur Mohammed Siad Barré en janvier 1991, a conduit à une guerre des clans généralisée dégénérant en un conflit opposant les deux seigneurs de la guerre, Ali Mahdi et son rival, le général Aidid. Ni Mahdi, ni Aidid n’ont de programme politique et, en fait, n’ont guère de réelles différences idéologiques. Ils appartiennent au même clan. Il s’agit d’un conflit de personnes. Il n’y a pas de gouvernement, pas de police, pas d’autorité pour faire appliquer les lois, pas d’électricité, pas de ramassage des ordures, pas d’égouts, pas d’écoles. Des bandes armées rôdent dans les rues à la recherche de nourriture. Les hommes armés mâchent du kat, une feuille légèrement narcotique, dont la consommation a tendance à engendrer un comportement de plus en plus capricieux et irrationnel. Beaucoup d’individus armés sont des enfants qui affirment que le seul moyen d’obtenir de la nourriture est de se livrer au pillage. L’ONU estime que près de la moitié de toute l’aide alimentaire reçue par la Somalie a fait l’objet de pillages. Mais les experts pensent que le seul espoir est de submerger à ce point le pays de nourriture que les pillards perdront tout motif de voler.

Karlheinz Böhm, l’acteur allemand qui lutte inlassablement depuis de nombreuses années pour l’amélioration des conditions de vie dans la corne de l’Afrique, a émis une proposition ingénieuse dans le Hamburger Morgenpost pour résoudre ce problème : offrir 50 kg de céréales à toute personne remettant son arme. « Les rebelles n’attaquent pas les villages et les camions de ravitaillement pour des raisons politiques, mais parce qu’ils ont faim », a déclaré K. Böhm.

Somalie
Thématiques : Société, politique, Économie
Rubrique : Le respect de la loi (« Chaque fois qu’il y a affaiblissement de la loi… et accroissement général du désordre, alors je me manifeste. » (Bhagavad Gita). La promesse de Krishna, l’Avatar, semble particulièrement d’actualité. C’est pour tenir cette promesse que Maitreya, l’Avatar de notre ère, est présent dans le monde à une époque où l’anarchie est si répandue.« Lorsqu’une nation parvient à l’âge adulte, à la maturité, les relations qu’elle établit avec les autres changent du tout au tout. Elle commence à respecter l’autorité de la loi qui unit toutes les nations, les liant dans leurs responsabilités et leurs besoins mutuels. Le développement vers la maturité se signale précisément par un tel respect des lois que les hommes ont estimées nécessaires pour vivre ensemble en paix... Lorsque, parmi les nations, l’on ignore l’autorité de la loi, c’est le monde entier qui en souffre. » (Le Maître — PI, avril 2004) Actuellement, les traités et les résolutions de l’Onu sont méprisés, et les lois nationales et internationales sont bafouées. Dans ce contexte, nous présentons des brèves mettant en exergue la nécessité d’un respect renouvelé de la loi.)