Partage international no 47 – juillet 1992
par Benjamin Creme
Q. Vous avez déclaré qu’il nous faut être « enflammé » pour atteindre l’initiation. Quel moyen employer pour éveiller ce feu ? Une méditation, une attitude, une activité ?
B.C. Il existe à la fois une méditation, une attitude et une activité. La méditation a pour nom méditation de transmission conjuguée avec toute autre pratique éventuelle de méditation personnelle. L’activité est le service quel qu’il soit, vers lequel vous vous sentez fortement attirés, et l’attitude est celle de l’engagement, de l’engagement absolu de jouer votre rôle dans le plan.
Le Maître DK, à travers Alice Bailey, l’exprime ainsi : « Chaque homme qui se libère, qui voit clairement et qui se dégage du mirage de l’illusion, aide au grand œuvre. » C’est cette sorte d’idéal que vous devez, je pense, générer en vous-mêmes afin d’éveiller ce « feu dans le cœur ». Le feu dans le cœur conduit le disciple de l’avant. Il s’agit d’une ardente aspiration à progresser, non seulement le plus rapidement possible, mais en refusant toute entrave, quelle qu’elle soit, en surmontant tous les obstacles — santé, âge, engagements familiaux, toute situation personnelle quelle qu’elle soit. Rien ne doit barrer la route. D’ailleurs, en tant que personnalité, nous ne laissons pas ces éléments faire obstacle aux autres choses que nous aimons faire.
La personnalité et l’âme sont en guerre. Il est très douloureux pour la personnalité de renoncer à son emprise, mais elle doit devenir négative par rapport à l’âme afin que la personne puisse recevoir l’initiation.
Ce processus constitue un élément même de l’expérience initiatique.
A moins que vous ne soyez vraiment déterminés à endurer la douleur du renoncement aux désirs de la personnalité et ainsi à accomplir les desseins de l’âme, vous n’y parviendrez pas. La personnalité ne le fait pas d’elle-même. Elle n’a aucune intention d’abandonner la lutte. Car c’est une lutte ! Vous pouvez vous placez du côté de la personnalité ou bien du côté de l’âme. Bien entendu, la plupart du temps, nous nous plaçons du côté de la personnalité, mais de ce fait nous en souffrons. Soit vous maîtrisez la personnalité, soit vous souffrez.
C’est une question de maîtrise, de renoncement. Nous nous incarnons sous l’influence de la Loi du Sacrifice, loi qui pousse l’âme à s’incarner. La vie du disciple est gouvernée par la loi du sacrifice. Si vous n’êtes pas prêts à consentir des sacrifices, alors vous n’êtes pas prêts à entrer sur le sentier du discipulat. En ce cas, laissez tomber, jusqu’à la prochaine vie ou la suivante.
Si vous voulez devenir disciple, si vous voulez franchir le portail de l’initiation, alors vous devez sacrifier l’inférieur pour le supérieur. Il faut le faire de bon gré, avec joie, suite à un choix délibéré. L’âme, en resserrant son emprise sur son véhicule, finit toujours par y parvenir. Mais la lutte est engagée pour des années. Si vous souhaitez réellement agir en tant qu’âme, vous placer au service du monde, et progresser le plus rapidement possible, vous devez utiliser votre volonté.
La volonté est l’intention focalisée se trouvant à l’origine de votre idée mentale — comme de devenir un disciple, faire que cela réussisse, ou servir le monde, peu importe de quoi il s’agit. Vous devez exercer votre volonté sous forme d’intention focalisée et immuable. Naturellement, on permet aux choses de nous troubler.
On prend une décision et puis on l’abandonne. Il faut prendre une décision et s’y tenir.Donc, la méditation est la méditation de Transmission, l’activité est le service, et l’attitude est celle de l’intention focalisée et de l’engagement.
Q. Comment exerce-t-on la volonté face aux obstacles et à l’inertie ?
B.C. Vous devez mener vos intentions à bonne fin. C’est comme au début de l’année, lorsque vous prenez de nouvelles résolutions et qu’ensuite vous travaillez dessus. Il faut travailler à transformer votre caractère. Et si vous le faites chaque jour un petit peu, lorsque quelque chose d’important se présentera vous aurez l’habitude de faire face. Il s’agit d’intégrer en vous-mêmes des habitudes instinctuelles, l’habitude de l’action juste, de faire votre devoir quel qu’il soit, d’honorer les engagements et les responsabilités, indépendamment de leur aspect plaisant ou déplaisant. Tout simplement faire ce qui doit être fait, répondre aux nécessités de la vie. Si vous appliquez cela aux petites choses, vous vous apercevrez que vous pouvez le faire pour les grandes choses. C’est plus qu’une habitude. C’est un instinct enraciné de faire ce qu’il convient. Vient ensuite la discrimination.
La discrimination se développe à partir de cette habitude instinctuelle de faire ce qu’il convient, sans y réfléchir. Vous ne vous dites pas : « Que dois-je faire dans ce cas ? Quelle devrait être ma réaction ? » Vous le faites, tout simplement. C’est là le signe du disciple qui a intégré en lui-même l’action instinctuelle, juste en toute situation. Naturellement cela prend du temps, bien des vies. Nous parlons là en termes de perfection. Le véritable disciple aura intégré l’action juste dans son caractère, comme une réaction instinctuelle, habituelle, à la vie. D’abord les petites choses. Exercez votre volonté sur de petites choses, ensuite les choses plus importantes deviendront automatiques. Il n’y a pas de différence si ce n’est une intensification de l’action habituelle.
Q. Recommanderiez-vous de consacrer tous les jours un moment à évaluer avec honnêteté et détachement si les activités de la journée ont été vécues en tant qu’âme ou pas ?
B.C. Oui, certainement. Si vous pouvez faire cela, vous êtes à mi-chemin. Voilà une chose très utile. Explorez chaque jour attentivement, en vous demandant : « Comment ai-je accompli mes tâches ? Où n’ai-je pas fait ce qu’il fallait ? Qu’ai-je fait qui ne correspondait pas à ce que je m’étais fixé ? Etait-ce l’âme ou la personnalité ? Etait-ce un mirage ? » Explorez avec attention. C’est la meilleure chose à faire.
Q. Quelle est la juste relation entre la personnalité et l’âme ? Quel est l’objectif de la personnalité ? Comment la personnalité sert-elle l’âme ?
B.C. Il n’y a pas lieu de tenir ici un long discours sur la relation entre l’âme et la personnalité. Je pense qu’il faudrait par exemple lire les ouvrages d’Alice Bailey tels que L’âme et son Mécanisme. Il existe des livres entiers consacrés à l’âme et à sa relation avec la personnalité et vice versa.
En bref, la personnalité est le reflet de l’âme sur le plan physique. Les véhicules — physique, astral et mental — sont les instruments de la personnalité que l’âme utilise pour faire l’expérience de son devenir dans le temps et l’espace. L’objet de la personnalité est de fournir à l’âme un véhicule dans ce but, car l’âme ne peut pas vivre sur ce niveau avec son propre taux vibratoire. L’âme se trouve sur le plan causal et vibre à une très haute fréquence. Le feu est sa nature. Le feu de l’âme devrait être allumé comme un feu dans le centre du cœur spirituel du corps physique. Lorsque ce feu est allumé, vous pouvez agir avec la volonté dynamique de l’âme. Le but de l’âme est de créer un véhicule ou une série de véhicules à travers lesquels elle pourra agir sans la moindre limitation, sans blocages, sans la moindre diminution de ses énergies spirituelles.
Q. Comment un disciple peut-il faire face à la souffrance et à la tristesse qu’il éprouve du fait de l’injustice, de la haine et de l’illusion dans le monde ?
B.C. C’est une chose difficile pour certaines personnes. Elles ont besoin de se détacher davantage, de développer la faculté de voir ces maux, de s’identifier à eux, mais pas jusqu’au point de perdre totalement leur énergie, leur sens de la mesure. Il vous faut acquérir le sens des proportions. Il vous faut savoir que ces maux existent, vous identifier avec eux, et y répondre dans la mesure du possible, de votre mieux, mais avec détachement. Il vous faut être détachés, non pas des maux eux-mêmes mais de votre réaction envers eux. Cette sensation de douleur et de souffrance est réelle et montre que votre cœur est bien éveillé et qu’il répond au besoin des hommes. Servez, répondez au besoin, et vous verrez que la douleur et la souffrance diminueront peu à peu. Plus vous deviendrez efficaces, plus vous acquerrez de sang-froid. Le sentiment de ne pas être à la hauteur, d’être impuissant, est la cause de beaucoup de douleurs et de souffrances.
Q. Pouvez-vous identifier le mirage qui entrave le plus notre service maintenant ? Quelque chose de plus explicite que la peur.
B.C. La peur est le pire des mirages. C’est pour tout le monde le principal mirage, et naturellement pour tous les disciples. L’humanité moyenne est remplie de nombreuses peurs découlant de toutes sortes de conditionnements, comme la superstition et ainsi de suite. Mais le problème est encore plus crucial pour les disciples, du fait qu’ils cherchent consciemment à accélérer leur propre évolution, à apprendre à servir le plan dans la mesure de la conscience qu’ils en ont. Cela demande du courage. Vous ne pouvez pas le faire si vous avez peur. Vous devenez impuissants si vous avez peur.
La peur impose une limitation. Si vous êtes impuissants, comment pouvez-vous servir ? Comment pouvez-vous être puissants si vous êtes impuissants ? Tout réflexe de peur impose une limitation sur la conscience et donc sur l’énergie qui devrait mener à l’action. Si vous créez un blocage, sous l’effet de la peur, entre l’impulsion et l’action, votre action sera d’une certaine manière déformée et limitée. Vous ne pourrez pas générer l’énergie qui devrait vous faire triompher des obstacles. Et la vie est remplie d’obstacles.
D’autre part, le disciple est également mis à l’épreuve. Ces épreuves et ces obstacles sont quelquefois mis sur le sentier du disciple par sa propre âme ou par son Maître. Les surmonter conduit à un service plus grand, plus puissant. Mais si le disciple est rempli de peurs, il ne pourra surmonter les obstacles qui donnent l’impression d’être trop grands.
Il faut garder à l’esprit qu’il n’est jamais demandé à quelqu’un plus qu’il ne peut faire. Jamais. C’est une loi. Il n’est jamais demandé à quelqu’un de faire plus qu’il n’est capable de par sa constitution — c’est-à-dire de par sa structure de rayons, son niveau d’évolution, son degré de conscience, sa santé, son âge, etc. C’est une chose dont il vous faudrait vous souvenir. Les seules choses qui peuvent vous empêcher de faire effectivement tout ce dont vous êtes capables sont la peur, la paresse, l’inertie, le sentiment que vous n’êtes pas à la hauteur — qui est un autre nom donné à la peur. Le manque de courage est un autre nom donné à la peur. La peur est le plus grand des mirages.
En outre, beaucoup de personnes mettent elles-mêmes des entraves à leur activité de service, pensant être déjà en train de servir. Ils se trouvent sous l’emprise d’un mirage qui peut s’exprimer ainsi : « Du moment que j’ai l’idéal, c’est qu’il est déjà là ». S’il leur est possible de visualiser quelque chose, alors la chose existe. Mais il n’en est rien ! Ce n’est qu’une visualisation. Beaucoup de gens font cela, fortement motivés par leur capacité à ressentir un idéal, un concept qu’ils tiennent pour vrai. Qu’il le soit ou pas n’a rien à voir. Ils ont un idéal, mais qui demeure astral. Tout de suite ils pensent : « Ça y est ! C’est fait ! J’y suis ! » Il s’agit d’un des principaux mirages pour le disciple, un des grands mirages des groupes du « Nouvel Age » qui sont sous la domination, non pas d’âmes du 7e rayon, comme ils l’imaginent, mais de personnalités du 6e rayon. Le 6e rayon a cette qualité illusoire car il demeure astral ; la vision demeure sur le plan astral. Elle satisfait. Avoir juste l’idée est tellement satisfaisant au sens astral. Cela alimente l’émotion de satisfaction et éveille ce sentiment de mirage : « Le travail est fait, c’était une magnifique expérience ». La « magnifique expérience » est peut-être la capacité de s’imaginer un bel avenir, un plan, un idéal quelconque : reliez-vous tous les soirs à neuf heures pendant une demi-minute et priez pour la paix mondiale et alléluia ! Vous avez la paix mondiale. Ce n’est pas inutile, mais la paix ne s’instaurera pas comme cela. La paix s’instaurera dans le monde si on se débarrasse des conditions qui provoquent la guerre.
Ce mirage — il n’y a rien à redire à l’idéalisme — amène l’idéaliste à croire qu’il est suffisant de simplement énoncer, d’imaginer. C’est l’un des principaux éléments qui entravent le service, un mélange de peur et du mirage du « c’est déjà fait, ce n’est plus la peine de s’y mettre ». Mais comme l’affirme Maitreya : « Rien n’arrive seul. L’homme doit agir pour accomplir sa volonté. » Vous devez réaliser l’idéal. Vous devez créer une forme qui permette l’extériorisation de l’idée ou de l’idéal sur le plan physique. A défaut, cela reste lettre morte et constitue un élément d’entrave au développement de l’individu car il pense être actif, il pense qu’il est en train d’évoluer. Mais il n’en est rien, il ne fait qu’idéaliser. Nous agissons ainsi depuis des milliers d’années avec toutes sortes d’idéaux magnifiques dont seul un trop petit nombre a jamais été réalisé. C’est pour cela que le monde est tel qu’il est.
Auteur : Benjamin Creme, (1922-2016) : artiste et ésotériste britannique, ancien rédacteur en chef de Share International. Son contact télépathique avec un Maître de Sagesse lui permettait de recevoir les informations les plus récentes concernant l’émergence du Christ et de s’exprimer sur les enseignements de la Sagesse éternelle.
Thématiques : sagesse éternelle
Rubrique : Esotérisme ()
