La pollution tue des millions de personnes

Partage international no 244décembre 2008

par Stephen Leahy

D’après un récent rapport, les mines d’or et le recyclage des batteries de voiture figurent parmi les sources de pollution les plus dangereuses, et restent largement méconnues. La santé de centaines de millions de personnes est affectée et des millions d’êtres humains décèdent suite à des problèmes de pollution.

D’après Richard Fuller, directeur de l’institut Blacksmith, groupe indépendant de défense de l’environnement établi à New York, qui a publié ce rapport le 21 octobre 2008 avec la Croix Verte de Suisse : « L’impact global de la pollution sur la santé est accablant et affecte principalement les femmes et les enfants. La communauté internationale doit être sensibilisée à cette question. »

Les années précédentes, l’institut Blacksmith avait publié un rapport sur les dix sites les plus pollués. Il tient à jour une base de données sur plus de 600 sites toxiques et compte publier d’ici deux ans le premier inventaire mondial de la pollution. Cependant, cette année, plutôt que de se focaliser sur certaines zones polluées, l’institut souhaite mettre l’accent sur des sources de pollution spécifiques, en insistant sur leur impact sur la santé. En effet, une étude de l’Université Cornell a montré que 40 % des décès dans le monde étaient directement attribuables à la pollution.

La réhabilitation et la prévention sont non seulement possibles mais également économiquement intéressantes. Parfois, il s’agit simplement d’une question d’information et de mise à disposition de solutions alternatives, comme R. Fuller s’en est rendu compte lors d’une mission à Dakar (Sénégal), où des enfants sont décédés suite à un empoisonnement au plomb. « Des femmes de certains quartiers pauvres de Dakar espéraient gagner un peu d’argent en recyclant des batteries de voiture. Mais elles ont fini par provoquer la mort de leurs enfants. »

Dans les régions tropicales, les batteries de voiture ont une durée de vie d’un ou deux ans et par conséquent, l’industrie du recyclage y est florissante. Mais, la plus grande part de cette activité est exercée par des personnes très pauvres qui fracturent les batteries avec des haches et fondent le plomb dans des feux ouverts en plein air. Les particules de plomb se répandent dans l’atmosphère, les enfants qui jouent dans les environs respirent ces particules toxiques et certains en meurent.

D’après R. Fuller : « Il est rare de succomber à un empoisonnement par le plomb, car la dose létale est vraiment très importante. » Mais ayant mesuré avec ces collègues, le taux de plomb dans le sang des enfants survivants, ils ont découvert des niveaux dix fois supérieurs au maximum autorisé aux Etats-Unis. Le plomb est un puissant neurotoxique auquel les enfants sont particulièrement sensibles car il s’attaque à leur système nerveux et au cerveau.

Blacksmith a veillé au nettoyage du site de Dakar. Cependant, vu leur importance économique pour les pauvres, les batteries sont toujours récoltées mais aujourd’hui, elles sont traitées dans des centres équipés. « L’OMS essaie de soigner les enfants atteints, mais il n’y a pas de solution simple et universelle. Il faut résoudre les problèmes étapes par étapes et au cas par cas », explique R. Fuller.

Une autre des sources de pollution concerne les mines d’or artisanales qui font travailler plus de 15 millions de personnes, dont 4,5 millions de femmes et 600 000 enfants. Près de 95 % du mercure utilisé dans le traitement des minerais est rejeté dans l’environnement. Le mercure est un autre neurotoxique, puissant et dangereux pour la santé à de très faibles doses. Les mines d’or en utilisent des centaines de kilos chaque jour.

« Les mineurs qui travaillent de manière artisanale sont les plus pauvres d’entre les pauvres, et on ne peut pas simplement leur dire d’arrêter. »

Il existe des méthodes plus sûres et plus efficaces pour récupérer l’or en utilisant un appareil simple appelé « cornue », mais une formation préalable est nécessaire. Blacksmith et ses partenaires ont déjà réussi à former quelques mineurs qui enseignent aux autres mineurs l’utilisation de cette technique.

D’après R. Fuller : « Il ne faut pas beaucoup d’argent pour résoudre ces problèmes de pollution. » La pollution qui touche la santé d’un milliard de personnes et freine le développement économique de certains pays pourrait être éliminée en vingt ou trente ans grâce à un effort concerté de la communauté internationale. « Les gouvernements commencent à s’intéresser à cette question. Je suis raisonnablement optimiste », explique-t-il.

Les efforts internationaux en matière d’éducation et d’assistance au développement vont échouer si on ne réduit pas l’impact de la pollution qui affecte les capacités mentales et physiques de tant de personnes. Même dans le cadre d’un ralentissement de l’économie mondiale, les arguments en faveur de l’élimination de la pollution sont si évidents que rien ne devrait empêcher les gouvernements de lancer des actions. « Un air pur, de l’eau propre et des terres non polluées font partie des droits de l’homme », ajoute R. Fuller.

La liste des problèmes mondiaux de pollution les plus graves comprend notamment :

– la pollution de l’air à l’intérieur des bâtiments ;

– la qualité de l’air dans les zones urbaines ;

– les eaux de décharge non traitées ;

– la contamination des nappes d’eau souterraines suite à l’activité humaine ;

– la pollution des eaux de surface ;

– les mines d’or artisanales : les activités minières à petite échelle qui utilisent des méthodes grossières pour l’extraction et le traitement des minerais ;

– les mines industrielles qui produisent une quantité excéssive de déchets ;

– la fonte et le traitement des métaux ;

– les déchets radioactifs et les mines d’uranium : pollution résultant d’un traitement inadéquat des déchets provenant des mines ainsi les déchets radioactifs ;

– le recyclage des batteries : la fonte du plomb des batteries récupérées dans les voitures, les camions et les systèmes d’alimentation de secours.

[Source : www.worstpolluted.org/]


Date des faits : 21 octobre 2008 Auteur : Stephen Leahy, co-lauréat 2012 du Prix Prince Albert des Nations unies pour ses reportages sur les changements climatiques. Journaliste canadien indépendant, vivant à Uxbridge dans l’Ontario, il est correspondant scientifique sénior à l’agence de presse InterPress Service (IPS), et fondateur du mouvement Journalisme soutenu par la communauté.
Sources : IPS
Thématiques : Sciences et santé, environnement
Rubrique : Divers ()