Le 3 avril 2019, un groupe composé de militants, d’experts et d’écrivains ont lancé une campagne audacieuse, appelant à adopter « une approche enthousiasmante mais négligée » : compter sur les capacités régénératives de la nature pour combattre les crises écologiques et climatiques.
Les scientifiques préviennent que pour éviter le réchauffement climatique mondial et le déclin dévastateur de la biodiversité, il faudra non seulement modifier les activités humaines émettrices de carbone, par exemple en sortant progressivement du pétrole, mais également faire baisser la quantité de carbone qui se trouve déjà dans l’atmosphère.
Promouvoir des solutions climatiques naturelles
Dans une lettre aux gouvernements, la campagne Solutions climatiques naturelles (Natural climate solutions) appelle à traiter ces crises en décarbonant l’économie, mais aussi en « retirant le dioxyde de carbone de l’air, ainsi qu’en protégeant et en régénérant les écosystèmes. »
« En défendant, en restaurant et en réinstallant des forêts, des tourbières, des mangroves, des marais salants, des prairies sous-marines et d’autres écosystèmes cruciaux, une énorme quantité de carbone peut être capturée et stockée, lit-on dans la lettre. En même temps, la protection et la restauration de ces écosystèmes peut aider à réduire l’ampleur de la sixième grande extinction (en cours), tout en augmentant la résilience des populations face aux désastres climatiques. »
Cette lettre presse les politiciens, les organisations sans but lucratif et les institutions internationales à soutenir ce genre de solution par la recherche, le financement, et un engagement politique. Elle leur demande également de « travailler sous la conduite et avec le consentement libre, préalable et informé des peuples indigènes et des autres communautés locales. »
La vidéo promotionnelle fait remarquer que « des plans exotiques et souvent dangereux ont été proposés » pour réduire le carbone atmosphérique – en se référant à une approche de géo-ingénierie controversée qui a les faveurs de certains politiciens et scientifiques – « mais il y a une meilleure voie : laisser la nature le faire pour nous. » L’écrivain et environnementaliste George Monbiot, engagé dans cette campagne, a exposé le soutien scientifique dont cette approche bénéficie dans un article sur le site officiel de la campagne, ainsi que dans sa chronique dans le journal The Guardian.
Ce journaliste détaille l’impact potentiel de la restauration des terres « La régénération des écosystèmes côtiers – mangroves, marais salants, prairies sous-marines – présente le plus grand potentiel de réduction [du carbone] par hectare (même si les zones concernées sont plus petites). Elles capturent le carbone quarante fois plus vite que les forêts tropicales. Les sols tourbeux sont également des puits de carbone essentiels. Ces sols subissent actuellement une oxydation [une dégradation due au contact avec l’oxygène] à cause de la déforestation, du drainage et de l’assèchement des sols, des brûlis, de l’agriculture, et de l’extraction de la tourbe pour les besoins en agriculture et en combustibles. Restaurer les tourbières, en bloquant les canaux de drainage et en laissant la végétation naturelle revenir, permettrait de recapturer une grosse partie du carbone qui avait été libéré dans l’atmosphère. »
« Les scientifiques commencent à peine à explorer comment le rétablissement de certaines populations d’animaux pourrait radicalement modifier la balance carbone », ajoute-t-il, en citant les exemples des éléphants et des rhinocéros en Afrique et en Asie, et des tapirs au Brésil.
« Plutôt que confronté à des choix difficiles et d’user d’effroyables moyens en vue d’une fin désirable, conclut G. Monbiot, nous pouvons nous protéger du désastre en améliorant notre monde merveilleux. »
Parmi les figures connues qui soutiennent cette campagne, nous trouvons la jeune Greta Thunberg, la journaliste Naomi Klein, l’auteur militant Bill McKibben, le scientifique climatique Michael Mann, l’ancien président des Maldives Mohamed Nasheed, et l’activiste Yeb Saño.
« Guérir et régénérer le monde naturel est un facteur clé de la réduction carbone, commente Naomi Klein. De plus, cela rend la vie plus pleine et plus riche, et permettrait de créer des millions d’emplois. »
Malgré la reconnaissance publique dont jouissent plusieurs signataires, le lancement de la campagne n’a pas attiré l’attention des grands médias.
G. Monbiot s’en est pris à ces derniers sur Twitter, parce qu’ils faillissent selon lui à rendre compte de la crise climatique et écologique, mais également des solutions potentielles, comme celle offerte par cette nouvelle campagne. « Ils vivent dans leur monde ! » a-t-il constaté.
Sous licence Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0
Date des faits : 3 avril 2019
Auteur : Jessica Corbett, journaliste à Common Dreams.
Sources : nature4climate.org ; The Guardian
Thématiques : environnement
Rubrique : Point de vue ()
