La folie des armes nucléaires : un compte rendu de film

Partage international no 457 – septembre 2026

par Elisa Graf

Un nouveau court-métrage, An Ordinary Insanity (une folie ordinaire), nous rappelle que les armes nucléaires constituent toujours notre plus grande menace.

Il ne reste que 85 secondes avant minuit sur l’horloge de l’Apocalypse : l’humanité n’a jamais été aussi proche d’une catastrophe mondiale. Le Bulletin des scientifiques atomistes souligne que l’effondrement de la coopération mondiale laisse l’humanité de plus en plus vulnérable face à des menaces existentielles incontrôlées telles que la guerre nucléaire, le changement climatique et l’intelligence artificielle (IA).

Bien qu’elle demeure la menace la plus grave, la guerre nucléaire est largement absente du débat public ; un péril désormais aggravé par l’intégration progressive de l’IA dans les systèmes d’armes nucléaires. Pour aborder cette question, le Vatican a accueilli en juillet 2026 l’Assemblée mondiale des prix Nobel sur l’intelligence artificielle et la guerre nucléaire. Plus de trente lauréats ont rédigé la Déclaration de Rome (voir ci-dessous), réclamant une surveillance humaine stricte ainsi qu’un désarmement mondial.

Daniel Ellsberg devant le bâtiment fédéral de Boston, en 1971
(photo : domaine public, Wikimedia Commons)

Le film attire à nouveau l’attention sur cette crise. Il met en scène Daniel Ellsberg, lanceur d’alerte et militant antinucléaire de longue date, qui avait contribué à l’élaboration des plans de guerre nucléaire américains alors qu’il travaillait à la Rand Corporation1 au début des années 1960. La mission de D. Ellsberg consistait à améliorer le dernier plan légué par l’administration Eisenhower, lequel prévoyait simplement d’attaquer en premier l’Union soviétique et la Chine, ce qui aurait causé la mort de 600 millions de personnes selon les estimations.

On sait depuis des décennies qu’à la suite d’une telle frappe, des tempêtes de feu nucléaires projetteraient d’énormes quantités de suie dans la stratosphère, bloquant la lumière du soleil et déclenchant un hiver nucléaire qui anéantirait 98 % de la population mondiale en l’espace d’une année. Malgré ces conséquences inimaginables, affirme-t-il, des superpuissances comme les États-Unis, la Russie et la Chine se préparent activement à une guerre catastrophique qui ne devrait même jamais être envisagée.

Il explique que les missiles balistiques intercontinentaux, ou ICBM, sont les seules armes de l’arsenal américain qui contraindraient un président à prendre, en une fraction de seconde, la décision de déclencher ou non une guerre nucléaire. Les silos fixes étant extrêmement vulnérables aux attaques préventives ennemies, ils créent un scénario périlleux du type « les utiliser ou les perdre  ». Les États-Unis maintiennent actuellement 400 ICBM en état d’alerte maximale, ce qui signifie qu’ils peuvent être lancés quelques minutes après la réception d’un ordre.

Une fois tirés, ces missiles ne peuvent plus être rappelés et frapperaient inévitablement leurs cibles en Russie et en Chine en une demi-heure environ. D. Ellsberg affirme que l’élimination totale des ICBM terrestres contribuerait grandement à rendre le monde plus sûr, car elle réduirait considérablement le risque d’une guerre nucléaire accidentelle.

Le film présente deux exemples de situations terrifiantes et bien réelles qui auraient pu tourner au drame. L’une, en 1979, lorsque le centre de commandement du Norad (Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord), a par erreur diffusé l’enregistrement d’une simulation donnant l’impression qu’une salve de missiles de première frappe avait réellement été lancée par la Russie. L’autre en 1983, lorsqu’une catastrophe a été évitée de justesse par le colonel russe Stanislav Petrov, qui n’avait alors aucun moyen de vérifier si son pays était réellement attaqué ou non par cinq missiles américains, et qui a pris le risque de mentir à ses supérieurs, affirmant qu’il s’agissait d’une fausse alerte.

Daniel Ellsberg en 2020
(photo : Christopher Michel, Wikimedia Commons)

D. Ellsberg déclare : « Ce sont les missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) à eux seuls qui créent cette situation d’alerte de 10 minutes à 3 heures du matin, et il est bien entendu absurde de penser qu’un être humain puisse réagir de façon rationnelle ou raisonnable dans de telles circonstances. »

Il estime qu’un effort public massif est nécessaire pour s’opposer aux industries et aux lobbies qui sont à l’origine de la prolifération continue des armes nucléaires, et pose la question suivante : « Pourquoi envisageons-nous de dépenser 250 milliards de dollars sur trente ans, soit 100 milliards d’ici dix ans, pour produire le remplaçant du Minuteman III, alors que nous devrions éliminer purement et simplement cet ICBM ? […]

Principalement parce que c’est rentable pour Northrop Grumman, ou ses rivaux Boeing ou Lockheed, de disposer de leviers d’influence, ou plutôt, soyons francs, d’avoir acheté de l’influence, acheté des membres du Congrès. Ils ont soigneusement réparti les retombées économiques de ces contrats, sous forme d’emplois et de voix, à travers 35 États. Il est donc question de voix électorales, de dons de campagne aux membres du Congrès, et de chassés-croisés entre les plus hauts responsables militaires et ces entreprises.  »

Dans une déclaration récemment publiée, Elbegdorj Tsakhia, membre du groupe des « Elders » (les Aînés) et ancien premier ministre de Mongolie, nous rappelle que la pression publique a déjà été le moteur d’un changement sur cette question, et qu’elle peut l’être à nouveau : « Nous avons tous la responsabilité de nous exprimer, de nous mobiliser et d’exiger davantage de retenue de la part des décideurs. Chaque voix renforce la pression en faveur du changement. »

Le film An Ordinary Insanity est disponible gratuitement à partir du lien :

https://www.anordinaryinsanity.com/

1. Rand Corporation: société de conseil pour l’armée américaine sur la recherche et le développement. (NdT)

 


«  […] notre objectif principal en venant vers vous [la Terre] en ce moment est de vous avertir du grave danger qui menace aujourd’hui les habitants de la Terre. […] Même si la puissance et les radiations issues des essais nucléaires ne se sont pas encore propagées au-delà de la sphère d’influence de votre planète, ces radiations mettent en danger la vie des hommes sur Terre. Un processus de décomposition s’enclenchera qui, avec le temps, remplira votre atmosphère des éléments mortels que vos scientifiques et vos militaires ont confinés dans ce que vous appelez des « bombes ».

Si […] l’humanité terrestre venait à déchaîner une telle puissance dans le cadre d’une guerre totale, une grande partie de la population mondiale pourrait être anéantie, vos sols rendus stériles, vos eaux empoisonnées et impropres à la vie pour de nombreuses années. »

Le Grand Maître, A l’intérieur des vaisseaux de l’espace, George Adamski, 1955

Auteur : Elisa Graf, collaboratrice de Share International basée en Allemagne.
Thématiques : Société
Rubrique : Compte rendu de lecture