Comme le suggère le titre de son dernier ouvrage, l’ancien président des Etats-Unis (1977-1981), chrétien évangélique assumé, explore le sens et l’importance de la foi, autant pour les laïcs que pour les clercs.
Dans son introduction, Jimmy Carter évoque les rapports entre la politique et la religion : « Je crois […] que les chrétiens sont appelés à participer pleinement à la vie de ce monde, afin d’injecter les valeurs morales et éthiques de notre foi dans les processus gouvernementaux, tout en protégeant absolument nos libertés religieuses contre le moindre contrôle ou la moindre ingérence politique. »
Cette liberté fondamentale, inscrite dans le premier amendement de la Constitution américaine, permet aux présidents des Etats-Unis d’appliquer librement à la vie de la nation aussi bien qu’à la vie personnelle les critères moraux et éthiques issus des idéaux de la foi chrétienne.
En 1978, s’adressant à ses frères baptistes, J. Carter décrivait ainsi les qualités qui, selon lui, déterminent l’autorité morale et l’influence qu’un pays exerce sur le monde : « Quels sont les valeurs d’un individu, d’une confession ou d’un pays ? Elles sont toujours les mêmes : la paix ; l’humilité, nécessaire si l’on veut regarder ses fautes en face afin de s’en détourner ; l’engagement à respecter les droits de l’homme, dans le sens le plus large de ces mots, c’est-à-dire dans le souci de soulager les souffrances physiques ou morales, dues aux privations, à la haine, à la faim ; enfin, un ardent désir de partager ses idéaux et sa foi, et de traduire son amour en justice. »
Pour J. Carter, la foi a des fondements à la fois laïques et religieux. Elle lui apparaît comme une tendance humaine fondamentale issue de notre besoin d’assurance, de protection et d’espoir. Pour lui, nos premières expériences de la foi remontent à notre petite enfance, par le réconfort éprouvé sur le sein maternel. De ces premières expériences dépend notre capacité à faire confiance, et à savoir qu’en dépit des contretemps, l’issue ultime de la vie est bonne. Une telle foi est autant une incitation psychologique à agir que l’espoir ou la certitude que Dieu assurera la survie de l’humanité, en dépit de nos dangereuses erreurs.
Des croyances solides
Jimmy Carter souligne la nécessité pour l’homme de s’appuyer sur un socle de croyances fondamentales, partagées par tous, qui pourront nous unir dans une cause commune en créant un climat de compréhension et de confiance mutuelles. Pour les chrétiens, pense-t-il, les Dix Commandements constituent ce socle immuable qui a traversé tant de générations. Mais dans le monde laïque, ce socle de normes communes est susceptible de se dégrader à mesure que le temps et les circonstances érodent la passion originelle et l’esprit de sacrifice nécessaires à son maintien ; il convient donc de l’entretenir.
A cet effet, J. Carter nous donne l’exemple de la Déclaration universelle des droits de l’homme, publiée à la fin de la Deuxième Guerre mondiale afin de favoriser l’instauration d’une paix durable. « Cette Déclaration, écrit-il, contenait les idéaux moraux et éthiques les plus élevés des grandes religions mondiales, exprimées en termes laïques compréhensibles par les législateurs et les citoyens de toutes les nations. » Il ajoute que ces idéaux religieux constituent les droits sociaux, économiques, politiques, culturels et civiques fondamentaux libérant les hommes de la peur et du besoin, et garants d’une paix durable.
Tout au long de sa présidence – et au-delà – J. Carter s’est efforcé d’agir en fonction de ces principes, ce qui lui a valu de multiples distinctions telles que le Prix des droits de l’homme de l’Onu, la Médaille Hoover, qui récompense les contributions à des causes mondiales, et, en 2002, le Prix Nobel de la Paix, pour les décennies d’efforts inlassables qu’il a consacrées à la recherche de solutions pacifiques aux conflits internationaux, à l’avancement de la démocratie et des droits de l’homme, ainsi qu’au développement économique et social.
Mais, après la présidence de J. Carter, les Etats-Unis n’ont cessé de s’impliquer dans des guerres hors de ses frontières, tandis que les Américains, pour la plupart à l’abri des dommages que ces guerres occasionnaient, sont généralement devenus indifférents à la cause de la paix. Mais il y a pire, selon J. Carter : les Américains n’ont plus confiance en leurs dirigeants, ni dans les principes qu’on leur avait présentés comme immuables, tels que la vérité, l’égalité et la bonne volonté.
Cependant, si nous avons perdu la foi, cela signifie seulement qu’il faut la restaurer – foi en nous-mêmes, dans les autres, et dans notre capacité à incarner nos idéaux les plus élevés. J. Carter affirme sa croyance dans l’évolution de la conscience, dont il voit les preuves dans les capacités humaines de réflexion et d’imagination. Par cette conscience, nous savons notre survie menacée par le réchauffement climatique ou par une éventuelle guerre nucléaire, et nous voyons également que nous sommes les agents de ces menaces. Par conséquent, il nous faut retrouver cette foi en nous-mêmes, dans les autres et en Dieu, qui nous préservera de l’autodestruction. Nous devons accomplir cet acte de foi vers le Bien, car notre avenir dépend de notre capacité à coopérer avec les autres et avec la nature. Aussi J. Carter nous presse-t-il de nous tourner de nouveau vers les principes de la Déclaration universelle des droits de l’homme, vers les Dix Commandements, vers les enseignements du Coran ou de Jésus, afin de restaurer de justes relations humaines et d’instaurer un avenir de coexistence pacifique, basé sur la confiance réciproque de chacun.
Les défis de la foi
Dans un chapitre intitulé Les défis de la foi, J. Carter expose ses points de vue sur la guerre, le racisme, les ressorts de la misère et des droits humains, les armes offensives, le changement climatique, l’influence extravagante des riches donateurs sur les politiciens et les élections, et plus encore. Ces défis, dit-il, menacent la stabilité de la démocratie américaine. Tout en se déclarant en faveur d’une armée américaine puissante, il cite la mise en garde du président et ancien général D. Eisenhower contre la domination des politiques intérieures et étrangères par le complexe militaro-industriel des Etats-Unis. J. Carter regrette le rôle de gendarme du monde qu’assume son pays, surtout à cause des ressources qui sont ainsi détournées des besoins domestiques de plus en plus criants.
Sans aller jusqu’à croire qu’un chrétien se doit obligatoirement d’être un pacifiste, J. Carter considère que les actuelles frappes aériennes en Syrie, en Afghanistan, en Irak et au Yémen causent la mort de civils innocents et contredisent la prétention des Etats-Unis à être un défenseur pacifique des droits de l’homme. Il souligne que ces agressions entretiennent la haine de l’Amérique et nourrissent le terrorisme. Il soutient que le gouvernement américain doit être considéré comme « le champion actif de la liberté et des droits de l’homme, tant vis-à-vis de ses propres citoyens que de la communauté mondiale. »
Plus généralement, J. Carter considère les besoins humains fondamentaux comme des impératifs sociaux, économiques et politiques. Il pense que Dieu a envoyé Jésus Christ sur Terre pour montrer aux hommes comment s’unir et pourvoir à leurs propres besoins. Il décrit de façon simple et sensible, sans dogmatisme, sa vie de croyant issu d’une famille chrétienne stable du Sud des Etats-Unis, une vie de recherches – parfois de doutes – au cours de laquelle il s’est toujours efforcé de vivre réellement et consciemment les enseignements de Jésus Christ, son mentor, ami et guide. Jésus Christ, dit-il, est toujours avec lui, et, en tant que Dieu incarné, il représente son modèle. Pour J. Carter, la foi n’est pas un nom, mais un verbe – le ressort fondamental qui nous fait progresser dans la vie, que ce soit la foi en Dieu ou la foi laïque en l’homme, car il nous pousse à l’entraide et au partage de nos expériences. Il cite l’Epitre aux Hébreux (1 : 1) : « Voici : la foi est la ferme assurance des choses qu’on espère, et la démonstration de celles invisibles. […] Par la foi nous comprenons que l’univers a été créé par la parole de Dieu, de sorte que ce que nous voyons n’est pas issu de ce qui est visible. » Nous devons donc croire que tout ce que nous entreprenons est réalisable, faute de quoi il serait inutile de l’entreprendre.
Lors d’un entretien accordé en avril 2018 à une journaliste de Religion News Service, J. Carter a ainsi résumé les principaux défis attendant, selon lui, l’humanité : « Pour les hommes, le prochain défi véritable à relever est de mettre réellement en œuvre les principes du christianisme et d’autres religions, c’est-à-dire : apprendre à vivre ensemble dans l’harmonie, dans le respect mutuel, et même témoigner d’une certaine qualité d’amour à l’égard de ceux avec qui nous sommes en désaccord. C’est un très grand défi, un objectif très difficile à atteindre, mais, à mon avis, c’est la tâche la plus importante qui nous attend aujourd’hui. »
Dans son livre, J. Carter fait preuve d’optimisme en abordant le sujet de sa santé déclinante et du parcours de vie qui l’attend. Il compare son attitude actuelle à celle du jeune officier qu’il était, lorsqu’il envisageait son possible décès en temps de guerre à bord de son sous-marin : « Dans les deux cas, écrit-il, il y a un sentiment de libération par rapport aux nombreux soucis de la vie, l’acceptation de notre incapacité à contrôler certaines issues, et une focalisation sur les gestes quotidiens de la vie. » Mais sa grande foi en Jésus le réconforte et lui donne de la force. Fondamentalement optimiste, J. Carter croit que Dieu triomphera sur terre. « Ma foi est la clé de mon optimisme », dit-il.
J. Carter, Faith : a journey for all, Simon and Schuster, 2018.
Auteur : Betsy Whitfill, collaboratrice de Share international basée à Dallas (Texas).
Thématiques : religions
Rubrique : Compte rendu de lecture ()
