La drogue : un problème mondial

Partage international no 15novembre 1989

Interview de Le Maître - par Patricia Pitchon

Les solutions avancées pour faire face au problème de la drogue, qui s’articule autour d’une longue chaine de causes et d’effets reliant les producteurs, les consommateurs et les dealers, peuvent en fait être groupées en six catégories : légalisation, mesures législatives et réglementaires, mesures financières telles que la saisie des biens appartenant aux revendeurs de drogue, création de cultures de substitution (c’est dire qu’il conviendrait d’encourager les paysans, qui cultivent le pavot ou la feuille de coca dont sont tirés l’héroïne et la cocaïne, à développer d’autres cultures), éducation et réhabilitation des drogués, et en dernier lieu négociations, solution que certains Colombiens ont proposé depuis la déclaration de guerre des barons de la drogue au gouvernement colombien.

Tout plan réaliste doit tenir compte des producteurs, des consommateurs et des dealers. Il doit comprendre des solutions à court, à moyen et à long terme. Les aspects politiques, économiques et sociaux du problème doivent enfin également être pris en compte.

Le Maître de Benjamin Crème a aimablement accepté de répondre à des questions touchant à ce problème mondial. L’interview s’est déroulée le 20 septembre 1989.

P.P. : De plus en plus de gens plaident en faveur d’une légalisation de la drogue comme réponse à ce problème. Ils affirment qu’une telle solution couperait l’herbe sous le pied d’une grande partie de la mafia de la drogue.
Le Maître : « Cette solution peut sembler attirante mais n’est pas une option valable. Elle équivaudrait à légaliser le meurtre. »

P.P. : L’ancien secrétaire général de la maison blanche, Donald Regan, a suggéré qu’une plus grande coopération était nécessaire entre les banques, les organismes officiels, les fonctionnaires responsables de l’application des lois et le gouvernement. Il a même proposé, dans un article publié récemment dans le New York Times, que le trésor américain, pour atteindre les actifs des revendeurs de drogue, imprime de nouveaux billets de 50 ou 100 dollars, différents de ceux actuellement en usage. Le gouvernement pourrait annoncer dix jours à l’avance que les vieux billets n’ont plus cours légal et qu’ils doivent être remplacés par les nouvelles coupures. Tenter d’atteindre les revendeurs de drogues en contrôlant leurs biens et leur argent est-il un objectif de première urgence ?
Le Maître :
« Cette mesure ne serait efficace qu’à court terme. Elle peut effectivement sembler attirante à court terme, mais l’expérience de la vie et des êtres humains conduit à penser qu’elle ne pourrait pas être réellement efficace. »

P. P. : Quels en sont les points faibles ?
Le Maître : « Les revendeurs de drogue eux-mêmes seraient avertis de l’existence de ces plans et prendraient les mesures nécessaires afin de blanchir à nouveau leurs avoirs. En fait, c’est ce qu’ils font déjà maintenant. A l’image des criminels du passé, comme ceux de Chicago ou d’autres villes, ils se mettent à adopter eux aussi la position de citoyens respectables, investissant des fonds dans toutes les branches de la vie nationale et internationale. Ils sont le plus souvent actionnaires de grandes sociétés, souvent des citoyens tout à fait respectables, travaillant fréquemment pour des gouvernements à des postes de confiance comme conseillers, agents commerciaux, intermédiaires, etc., grâce à leurs nombreux contacts de par le monde. Aussi serait-il très difficile d’arriver à les prendre de vitesse avant qu’ils ne trouvent une parade à la nouvelle situation et les moyens de la contourner. S’ils occupent les positions qu’ils ont aujourd’hui, c’est parce que, dans leur domaine, ils sont passés maîtres. Leur sagacité est aussi grande que celle des agents des meilleurs services secrets. »

P.P. : Mettre en place des cultures de substitution ne peut être une solution sans une restructuration du prix des matières premières sur le marché mondial. Les prix du cacao et du café se sont par exemple récemment effondrés, effaçant les profits de nombreux pays. Qu’en pensez-vous ?
Le Maître : « A long terme, les cultures de substitution constituent la seule solution véritable. Mais comme vous l’avez justement fait remarquer, d’autres éléments entrent en ligne de compte. Les producteurs doivent obtenir la garantie d’une juste rétribution de leur travail et de leur investissement en temps et en énergie dans la culture de bananes, de café ou d’autres denrées, plutôt que dans celle de la drogue. Ce qui implique essentiellement une réorganisation de l’économie mondiale. On en revient finalement toujours à la nécessité d’une réorganisation de l’économie mondiale, fondée avant tout sur le principe du partage et sur une juste redistribution des ressources de la planète.
« Lorsque cette réorganisation aura eu lieu, vous vous apercevrez que les paysans des différents pays producteurs de drogue accepteront volontiers, et de leur plein gré, la responsabilité de nourrir la nation plutôt que d’alimenter les besoins en drogue de millions de citoyens débauchés — tout au moins est-ce ainsi qu’ils sont perçus — situés au plus bas de l’échelle sociale, des marginaux, etc. Ils éprouveraient plus de fierté à effectuer leur travail. Et cela leur apporterait le sentiment de contribuer d’une manière positive, et non plus destructive, à l’économie mondiale. Pour le moment, ils ne voient pas d’alternative. »

P.P. : Que pensez-vous d’une autre solution, qui consisterait à consacrer beaucoup plus d’argent à la réhabilitation des drogués et en général à l’éducation des individus ?
Le Maître : « Il s’agit là d’une priorité essentielle. Des millions de gens se trouvent pris dans le circuit de la drogue, soit comme producteurs soit comme consommateurs. Les utilisateurs sont évidemment toujours les perdants. Un très important programme de réhabilitation doit être mis en place par tous les gouvernements qui sont confrontés à un problème dans ce domaine. Comme certaines personnes le savent, Maitreya a déjà entrepris une action dans ce sens. Des centres ont été créés, dans lesquels de jeunes délinquants, des personnes souffrant d’aliénation, des membres de familles éclatées, des drogués et des revendeurs — tout ceux qui sont en marge de la société et qui s’opposent à elle — peuvent être réhabilités, et le seront finalement. Dans ces centres, ils pourront acquérir le respect de soi qui les conduira à leur réhabilitation et à leur réinsertion comme membre à part entière de la société. Ils doivent retrouver le sentiment d’appartenance au groupe. Pour l’instant, ils se dirigent lentement vers le suicide parce que, pour la plupart d’entre eux, la vie a peu à leur offrir. »

P.P. : Que dire de mesures législatives et réglementaires supplémentaires ?
Le Maître : « Il s’agit d’une première étape indispensable, mais elle ne devrait pas être considéré autrement. C’est une solution provisoire destinée à prévenir l’intensification de la menace qui pèse véritablement sur le bien-être de la société. C’est un fléau. Mais pour une courte période, des fonds suffisants devraient être réaffectés à une action de maintien de l’ordre afin de contrôler la distribution des drogues au moment où elles quittent les nombreux petits laboratoires qui se multiplient à travers le monde. De telles mesures seront nécessaires pendant quelques années. »

P.P. : Que pensez-vous de la solution proposée par plusieurs personnalités éminentes, en Colombie, à savoir de possibles négociations avec les trafiquants de drogue ?
Le Maître : « Une telle solution devrait être tentée. Il n’est pas dit qu’elle marche, car d’autres éléments entrent en ligne de compte. Dans ce problème, un des facteurs importants est la motivation. L’argent ayant la valeur qu’on lui connaît aujourd’hui, une motivation à devenir très riche existera toujours chez certaines personnes. Mais très prochainement, une transformation complète des systèmes économiques mondiaux aura lieu, en raison de la dévaluation de l’argent qui suivra le prochain krach boursier mondial. Les individus s’apercevront alors qu’il est moins rémunérateur de violer la loi dans les pays producteurs — qui plus est une loi renforcée, si les mesures précédemment citées sont prises. Il sera beaucoup moins fascinant, moins rémunérateur, et plus dangereux qu’à l’heure actuelle, de s’engager dans ce qui, de plus en plus, sera considéré comme une activité criminelle. Une autre difficulté inhérente à ces négociations est que certains des plus gros bonnets de la drogue sont apparemment des citoyens respectables, à la tête de grandes sociétés et entreprises. Pour eux, quoiqu’illégal, leur investissement est le bienvenu. Aussi ne sont-ils pas du tout prêts à se faire connaître afin d’entamer des négociations. Mais cela vaut la peine d’essayer. »

P.P. : S’agit-il de personnes dont les noms nous sont inconnus ?
Le Maître : « Oui, pour la plupart. Quelques uns d’entre eux ont peut-être pu éveiller les soupçons de certains organismes gouvernementaux mais, jusqu’à présent, ils ont été suffisamment rusés pour tirer leur épingle du jeu. »

P.P. : Y a-t-il des Américains et des Européens parmi eux ?
Le Maître : « La plupart des nationalités sont représentées. Mais ils travaillent à un niveau qui les rend intouchables et insoupçonnables dans des branches ou des secteurs d’activités qu’ils ont eux-mêmes créés. »

P.P. : Que pensez-vous d’autres mesures, telles que les réformes bancaires ?
Le Maître : « Peu de choses peuvent vraisemblablement être faites dans ce domaine sans une plus grande transparence des comptes bancaires. La plupart des sommes d’argent blanchies sur une grande échelle le sont par l’intermédiaire des principales banques suisses, qui ont fait vœu de garder le secret sur ces investissements car elles réalisent des bénéfices énormes avec cet argent. C’est donc là le dernier endroit où vous pourriez mettre en place une investigation. En effet, à moins de changer les lois régissant les enquêtes et les recherches dans les milieux bancaires, il y a fort à parier que ce serait un coup d’épée dans l’eau. Une telle recherche peut être effectuée dans certains pays, en Angleterre par exemple, à condition de produire des preuves suffisantes. Mais il est difficile d’amasser ces preuves à des niveaux qui soient significatifs. Les choses sont bien trop organisées et, comme il a été dit auparavant, le réseau de renseignement mis en place par les personnes concernées est évidemment très au point. Ils peuvent rapidement transférer leurs fonds d’une banque à une autre. Ils les répartissent dans de nombreuses banques et investissent dans des secteurs tout à fait légaux de l’industrie. »

P.P. : Il existe donc un réseau de corruption très étendu ?
Le Maître : « Absolument. Ce réseau s’étend dans le monde entier, et il est loin d’être superficiel. Il est en fait profondément ancré dans les structures en place »

P.P. : Si un changement intervient chez les producteurs et les consommateurs de drogue, que va-t-il advenir de ce réseau de corruption au plus haut niveau, avec tous les fonds dont il dispose ?
Le Maître : « La valeur attachée à l’argent doit tout d’abord être modifiée. Ils ne seront plus alors tentés d’amasser de telles fortunes, car il n’y aura plus d’endroit où les dépenser. Plutôt que d’être fondée sur les principes actuels de croissance constante et de production, lorsque l’économie mondiale s’orientera vers la suffisance et la stabilité, la motivation d’amasser des richesses énormes diminuera. Il existera toujours un champ d’activité pour les gens riches et avides, mais aux yeux de l’opinion publique mondiale et à la lueur des changements qui émergeront progressivement dans les systèmes économiques mondiaux, la tendance à accumuler des richesses deviendra beaucoup moins souvent l’objectif d’une vie. »

P.P. : Il s’agit donc d’un changement progressif du sens des valeurs ?
Le Maître : « Oui, en partie imposé de l’extérieur par la transformation de la valeur attachée à l’argent. »

P.P. : Quelles sont les perspectives à court et à moyen terme en Colombie ?
Le Maître : « Il existe de réels espoirs pour que la Colombie suive une voie constructive, mais la voie de la destruction est une possibilité toute aussi grande. Pour le moment, tout peut arriver. La situation peut évoluer vers la guerre civile et une sorte de suicide collectif, ou bien la Colombie peut se réhabiliter avec l’aide de grandes nations comme les États-Unis, en refusant les activités criminelles des trafiquants de drogue et des dealers. Ce qui implique de porter un coup sévère aux armées privées employées pour assurer le bon déroulement de tout ce trafic, en Colombie et partout ailleurs. On doit les affronter sur leur propre terrain. »

P.P. : Il semble exister un lien entre la drogue, la défense et la dette. En effet, si les pays producteurs doivent s’engager dans des cultures de substitution, ils ne pourront pas rembourser leurs énormes dettes. Et la dette ne sera pas annulée, à moins que les budgets consacrés à la défense ne baissent dans les pays industrialisés et que ces derniers ne soulagent alors ces pays (comme le Pérou, la Bolivie, la Colombie, etc….) de leur dette. Par ailleurs, la drogue se développe dans un environnement de grande pauvreté. Est-ce exact ?
Le Maître : « Cette remarque est tout à fait juste, et chacun de ces facteurs joue un rôle dans cette question brûlante qu’est la production de drogue. L’effacement de la dette devra être financé par des coupes claires dans les budgets de défense des grandes nations. Ce processus est déjà en cours. A première vue, les programmes de défense déjà lancés seront poursuivis. Tant de milliards ont été consacrés pour des armes actuellement en cours de fabrication que ces programmes seront probablement menés à leur terme. Par contre, les nouveaux projets ont été annulés de toute part. Les Américains et les Soviétiques parvenant à un accord sur la réduction de l’armement nucléaire, les autres pays y trouveront une incitation à diminuer leur production. Un climat de stabilité est ainsi engendré, dans lequel une guerre mondiale devient de moins en moins vraisemblable. Ces deux pays donnent le ton aux autres nations. »

P.P. : Le problème de la drogue constitue-t-il un fardeau lourd et douloureux qu’il va falloir traîner ? Devrons-nous passer encore dix ou vingt ans à le résoudre ?
Le Maître : « On peut espérer que non. Ce problème durera vraisemblablement encore cinq ou six ans, tout en diminuant graduellement d’intensité. La résistance cédera lorsque le principe du partage commencera à ‘mordre’, c’est-à-dire à être mis en place et appliqué parmi les nations. C’est là l’élément clé de tout le processus. Ce changement permettra aux pays pauvres — ces pays du tiers-monde, ainsi qu’on les appelle, qui sont les principaux producteurs de drogue à grande échelle — de prendre dignement une place qui leur revient de plein droit au sein de la communauté des nations, sans devoir s’appuyer sur cette activité illégale dont personne ne veut, sauf ceux qui en tirent profit. Le principe du partage ainsi que la concrétisation d’une économie basée sur la suffisance et la stabilité couperont l’herbe sous les pieds des dealers. »

P.P. : Peut-être avons-nous besoin d’un choc pour qu’un changement de grande ampleur puisse avoir lieu ? Le krach boursier sera-t-il cet événement qui nous secouera ?
Le Maître : « L’humanité doit être poussée dans ses derniers retranchements, elle doit toucher au désespoir. Ce choc sera certainement rude. Il ramènera l’humanité à la raison et, dans certains cas, contraindra les gouvernements à capituler. Lorsque Maitreya se fera connaître, ils demanderont à être guidés, accepteront Ses conseils, et toutes leurs priorités en seront alors modifiées. Des millions de personnes dépendantes de la drogue s’en trouveront également changées. Les gens se tournent vers la drogue car ils ne savent pas qui ils sont. Et ils ne savent pas qui ils sont en raison d’un manque d’éducation. Ils sont hantés par le sentiment de leur propre ignorance, de leur propre incapacité, de leur inutilité, et il leur semble alors qu’ils n’ont rien à perdre. Ils n’ont aucun respect d’eux-mêmes. C’est la raison pour laquelle Maitreya affirme « qu’il ne peut y avoir de progrès sans respect de soi ». La première chose à faire consiste donc à enseigner aux individus le respect d’eux-mêmes.
« La transformation des structures économiques mondiales ainsi qu’une réorientation des priorités des gouvernements, créeront les conditions grâce auxquelles les individus pourront retrouver le respect d’eux-mêmes. Alors ils n’auront plus envie de se droguer. Et si personne ne désire se droguer, plus personne ne se proposera pour fournir de la drogue. Certains membres de la Hiérarchie pensent que la crise de la drogue atteint aujourd’hui son apogée, et que cette crise ne peut donc prendre qu’une seule direction, celle du decrescendo. »


Clin d’œil du Maître : après cette interview, j’ai demandé au Maître s’il accepterait d’être à nouveau interviewé, en supposant que le sujet en vaille la peine. Il a répondu qu’il aurait besoin de « d’épousseter un peu son jargon journalistique, qui est un petit peu rouillé ! »

Auteur : Patricia Pitchon, autrefois journaliste au quotidien colombien El Tiempo. Aujourd’hui basée à Londres, elle est journaliste indépendante. Egalement psychothérapeute, elle travaille avec les réfugiés.
Thématiques : Société, éducation
Rubrique : Entretien ()