La dévotion et la joie

Les qualités du disciple (7)

Partage international no 64décembre 1993

par Aart Jurriaanse

La dévotion

Tout individu, à quelque milieu qu’il appartienne, fait preuve d’une certaine dévotion – il est le dépositaire d’un dessein pour lequel il vit. Certains individus, cependant, vivent plutôt sans but, au jour le jour, et les objectifs de leur vie ne se révèlent pas encore clairement. D’autres discernent vaguement quelques objectifs nébuleux, qui s’éclaircissent parfois au cours du déroulement de la vie, alors qu’ils acquièrent connaissance et quelquefois sagesse.

Pour nombre de personnes, cette dévotion reste de nature purement physique ou émotionnelle, et largement focalisée dans la chair, comme dans le cas de la recherche de la satisfaction des désirs sensuels, ou de la recherche avide de l’argent ou de possessions. D’autres connaissent une vie principalement centrée sur l’émotionnel, et la dévotion se manifeste dans l’amour de la famille, la recherche de la popularité, le patriotisme, l’amour des animaux, ou une combinaison d’éléments semblables, envers lesquels l’homme peut consacrer une grande partie de son énergie. La dévotion peut également s’élever à des niveaux mentaux, et se manifester par un grand attrait pour la science, la philosophie ou la religion, en direction desquels s’orientent les énergies physiques, astrales et mentales.

La dévotion devrait également exister chez le disciple, mais il lui faudra veiller soigneusement à l’élever des plans émotionnels vers les plans mentaux. L’inclination naturelle porte au développement d’une dévotion personnelle envers un Maître, mais il conviendrait d’y mettre fin. Les Maîtres ne désirent aucune dévotion personnelle, et n’en n’ont pas besoin; tout ce qu’ils s’efforcent de faire, consiste à orienter les énergies du disciple vers sa tâche ou service spécifique, qu’il doit rendre à l’humanité. Un travailleur intelligent, pouvant se conduire de manière autonome à la lumière de son âme, a beaucoup plus de valeur pour les Grands, qu’un partisan dévot de leurs personnalités.

Il convient de veiller à ce que la dévotion, quelle que soit la hauteur de l’idéal envers lequel elle se manifeste, ne tourne pas au mirage, affectant la largeur de vue, et pouvant même conduire au fanatisme. Il est indispensable de toujours se maintenir en équilibre.

En résumé, on peut affirmer que la dévotion, en tant qu’expression de la personnalité, est susceptible d’engendrer le fanatisme, qui est une attitude séparative, déséquilibrée et fréquemment cruelle. D’un autre côté, la dévotion qui s’exprime sous l’influence de l’âme se manifestera dans une attitude inclusive et de compréhension aimante; elle répondra aux objectifs du Plan dans son ensemble, et ne se réduira pas à accorder une importance déplacée à quelque aspect particulier de l’objet de la dévotion.

La joie

Il nous semble utile de différencier les nuances attachées aux mots « bonheur », « joie » et « félicité », tels qu’ils sont employés dans le présent contexte :

Le bonheur s’entend comme le produit des émotions et constitue par conséquent une réaction de la personnalité.

La joie dénote une réaction intérieure plus profonde qui se trouve évoquée par l’âme.

La félicité est de nature spirituelle; il s’agit de cette expérience indescriptible qui ne se réalise que lorsque l’âme se fond avec la Monade, le Père, et c’est par conséquent une sensation qui se trouve hors de l’entendement de l’homme ordinaire.

Ceux qui cherchent à vivre en tant qu’âme auront donc expérimenté ce que signifie la joie, ainsi que la différence existant entre la joie et le bonheur. Il y a la joie d’atteindre l’objectif après avoir lutté, souffert et s’être démené; la joie de savourer la Lumière après une lutte dans l’obscurité qui a paru interminable ; la joie de l’accomplissement et de la paix momentanée qui en résulte, après le combat corps à corps avec les forces d’opposition ; la joie de parvenir au contact avec l’âme sœur ; la joie de la réalisation du soi ; la joie des heures passées à aider efficacement son prochain, et à soulager les besoins du monde ; la joie de chaque action désintéressée envers autrui, sans recherche de gain personnel ; la joie de commencer à distinguer vaguement les premières grandes lignes du Plan, et la plus grande joie encore qui en résulte, de pouvoir contribuer pour une petite part à sa matérialisation.

En vérité, la vie spirituelle est remplie de joie, et la joie devrait constituer le trait de caractère dominant du disciple. La joie de l’âme fera sentir sa présence, même au cours des périodes de profonde détresse et de malheur pour la personnalité. La joie se tient dans la lumière, dissipe le mirage et le malentendu, et évoque la force face aux tâches à accomplir. En révélant la force intérieure, la joie conduit à s’atteler aux tâches qui semblaient jusque là insurmontables, et permet de les accomplir avec succès. La joie devient ainsi la marque du serviteur.

Auteur : Aart Jurriaanse, (1907-2002) : auteur sud-africain qui a effectué des compilations des livres d’Alice Bailey. Il est l’auteur de Bridges (Ponts, non traduit) qui est un commentaire de ces enseignements.
Thématiques : sagesse éternelle, spiritualité
Rubrique : Esotérisme ()