La croissance économique menace l’écosystème

L'Etat du monde de 1998

Partage international no 117mai 1998

Selon l’Etat du monde de 1998, le dernier rapport du Worldwatch Institute (l’Observatoire mondial) de Washington, l’économie mondiale a connu une telle croissance depuis cinquante ans qu’elle est devenue une sérieuse menace pour l’écosystème de notre Terre. « Si l’économie mondiale telle qu’elle est organisée actuellement poursuit sa croissance, elle finira par entraîner la destruction des systèmes naturels qui la soutiennent, ce qui provoquera son propre déclin », déclare Lester Brown, coauteur du quinzième rapport annuel sur la santé de l’environnement à l’échelle mondiale, publié par cet observatoire.

Mais les nouvelles ne sont pas si mauvaises qu’il y paraît. Si les gouvernements font les bons choix, et que les entreprises se tournent vers un nouveau type de marchés, il sera encore temps de réaliser la transition vers une économie durable sur le plan écologique.

« Ce défi est sans précédent et il en va de même pour les opportunités économiques dont pourraient bénéficier les nations et les entreprises qui sauront développer les technologies adaptées », déclare L. Brown. A titre d’exemple, il cite le secteur de l’énergie éolienne qui pèse 2 milliards de dollars avec un taux de croissance de 25 % par an.

Faisant remarquer que la croissance de l’économie mondiale s’est pratiquement multipliée par six depuis 1950, ce rapport nous informe également que la croissance économique mondiale a été plus forte au cours de ces sept dernières années que durant toute la période s’étendant des débuts de l’agriculture, il y a 10 000, ans jusqu’à 1950. Selon le rapport, conjointement à la croissance économique, la consommation des ressources naturelles a connu une augmentation sans précédent au cours des cinquante dernières années : la consommation du bois a plus que doublé, celle du papier s’est multipliée par six, celle du poisson a quintuplé, celle de l’eau a triplé, celle de l’acier a quadruplé, celle du blé a pratiquement triplé et la consommation de carburants fossiles a presque quintuplé.

La dégradation de l’environnement

Mais alors que l’économie poursuit sa croissance, ce n’est pas le cas pour les ressources naturelles dont elle est tributaire. D’après le Worldwatch, la conséquence est que notre environnement dans son ensemble subit une détérioration sans précédent : forêts qui s’amenuisent, sols érodés, étendues d’eau qui disparaissent, réserves de pêche en chute libre, températures en hausse et espèces animales et végétales en voie de disparition.

D’après L. Brown, c’est en Chine que les limites de notre modèle économique actuel sont les plus visibles : « Le modèle du développement industriel occidental ne fonctionnera pas en Chine. En effet, les ressources en terres cultivables, en eau et en énergie seraient insuffisantes pour permettre à l’ensemble de la population chinoise de parvenir à un niveau de consommation équivalent aux standards américains ». L’exemple des transports est assez explicite. Il y a trois ans, Pékin décida que l’industrie automobile serait l’un des principaux facteurs de croissance au cours des prochaines décennies. Si la Chine persévérait sur cette voie et que le nombre de voitures par habitant et la consommation d’essence atteignaient les niveaux américains, la Chine à elle seule consommerait 80 millions de barils de pétrole par jour, soit bien plus que la production mondiale actuelle qui est de 64 millions de barils.

L. Brown insiste sur le fait que le Worldwatch n’est pas contre la croissance économique, mais qu’il est plutôt pour une économie durable sur le plan écologique, qui respecte les capacités des systèmes naturels. Selon la définition de son rapport, une économie durable réutilise et recycle les matériaux, utilise des sources d’énergie renouvelables et favorise la stabilité démographique.

La transformation de l’économie actuelle en une économie basée sur le recyclage et la réutilisation réduirait à la fois l’extraction des matières premières et l’importance des déchets. D’après le Worldwatch, cette transformation est déjà entamée : aux Etats-Unis, 55 % de l’acier provient aujourd’hui de métaux usagés et les fabricants de papier négocient des contrats à long terme pour le rachat du papier usagé collecté au niveau local. La production d’énergies renouvelables connaît également une croissance rapide. La production d’énergie éolienne augmente de 25 % par an. En comparaison, la croissance des marchés du charbon et du pétrole n’est que de 1 % par an. Au Danemark, des turbines à vent assurent déjà 6 % de la production d’électricité. Aux Etats-Unis, trois Etats (le Dakota du Nord, le Dakota du Sud et le Texas) disposeraient de capacités éoliennes suffisantes pour répondre à leurs besoins en électricité. Grâce à cette même technologie, la Chine pourrait doubler sa production d’énergie.

Un défi à reveler

L’Etat du monde de 1998 présente également des recommandations pour d’autres enjeux écologiques : la protection des forêts, celle de la bio-diversité, la promotion d’une industrie de la pêche écologiquement durable et le recyclage des déchets organiques.

Hillary French, coauteur du rapport, soutient qu’il faudrait réinvestir les capitaux privés internationaux dans les technologies écologiques de pointe qui permettront aux pays en voie de développement de court-circuiter les phases destructives que le développement industriel occidental a connues et de passer directement à des économies écologiquement durables.

L’Histoire juge ses dirigeants politiques sur leur capacité à répondre ou non aux grands enjeux de leur époque, soutient le Worldwatch. Pour Lincoln, le défi était de mettre fin à l’esclavage, pour Churchill, c’était la fin de la guerre qui sévissait en Europe. Pour Nelson Mandela, c’était la fin de l’apartheid. Pour Bill Clinton et les autres leaders mondiaux, le défi consiste à bâtir une nouvelle économie. »


Sources : Monday Developments, E.-U.
Thématiques : environnement, Économie
Rubrique : Divers ()