La crise financière provient des inégalités de revenus

Partage international no 280décembre 2011

« Avant l’effondrement boursier de 2008, au moins dans les pays développés, l’abondance régnait. Les gens avaient du travail et un logement. Il naissait de nouveaux millionnaires chaque jour. Sous d’autres climats, bien sûr, quantité de gens vivaient dans l’indigence, quand ils ne mouraient pas de faim ; mais, au moins pour certains, l’argent ne manquait pas et la vie était douce. Où est passé tout cet argent ? Qu’est-il devenu ? Aujourd’hui il n’y a plus de travail, et l’argent a disparu — on l’a mis dans les banques et il a disparu. Les millionnaires se sont mués en milliardaires. » [Le Maître de B. Creme, PI, nov. 2011]

L’inégalité des revenus est la cause réelle de la crise du crédit. De nombreuses années durant, beaucoup se sont imaginé que si les riches s’enrichissaient, chacun finirait par en faire autant. Cependant, au lieu d’investir dans l’économie réelle, les très riches en ont retiré leur argent, si bien que la majorité des gens se sont appauvris au lieu de voir leur situation s’améliorer, alors que les plus riches s’enrichissaient. L’économiste anglais Stewart Lansley résume la crise actuelle de la manière suivante : le trickle-down1 s’est transformé en trickle-up2.

Ces dernières décennies, les grandes entreprises et une élite richissime se sont approprié la plus grande part des ressources, tandis que la plupart des gens voyaient, au mieux, leur salaire progresser de plus en plus lentement. Comme l’écrit S. Lansley : « Les réductions de salaire, combinées à l’accroissement de la fortune d’une poignée de riches et aux réserves de trésorerie accrues des grandes entreprises, ne risquent pas de dynamiser l’économie, et encore moins de la guérir. »

S. Lansley a coécrit un livre sur le milliardaire Philip Green et les oligarques de la colonie russe de Londres qui, dans les années 1980 et 1990, ont tiré un maximum de profit de la tendance aux privatisations, d’abord en Occident, puis en Russie3. « L’économie dans laquelle ils vivent est totalement séparée de l’économie réelle au sein de laquelle vivent 99,9 % des citoyens, explique S. Lansley. Contrairement aux riches des années 1930, les riches actuels se sont beaucoup enrichis grâce à la crise. »

Selon lui, dans les années 1950 et 1960, l’économie était saine et stable. Dans les années 1970, cet équilibre s’est rompu en raison de l’augmentation des salaires, qui a érodé les profits. A cela Ronald Reagan et Margaret Thatcher ont réagi dans les années 1980 en accordant une totale liberté aux banques et aux institutions financières, si bien que l’équilibre s’est rompu de nouveau, mais dans l’autre sens. L’augmentation des salaires s’est faite irrégulière, et les profits toujours plus grands sont allés à une petite minorité de gens pratiquant la spéculation, les fusions, les OPA, la vente de produits financiers incompréhensibles et les investissements immobiliers.

Résultat, selon S. Lansley : les banques d’affaires, les sociétés d’investissements, les oligarques et les sociétés par actions roulent sur l’or, tandis que l’économie réelle doit faire face à de sérieux problèmes. Il n’y a plus de croissance économique, bien des consommateurs s’endettent considérablement, les commerces font des soldes permanentes, le chômage s’accroît de jour en jour, et le pouvoir d’achat de la plupart des gens s’effrite.

S. Lansley se réjouit de constater que certains journalistes de droite eux-mêmes prennent conscience de ces problèmes. Ainsi, l’été dernier, Max Hastings écrivait dans le Financial Times qu’une petite minorité s’approprie tout le butin ‑ précisément ce que dénonce le mouvement des Indignés.

En juillet 2011, Charles Moore, biographe et admirateur de Margaret Thatcher, écrivait dans un article intitulé Je commence à me demander si la gauche n’a pas raison : « Lorsque les banques spéculent avec l’argent que nous lui confions et le perdent impunément, grâce à la caution gouvernementale, cela entraîne des conséquences bien pires encore : comme la gauche l’a toujours affirmé, il s’avère que ce système, censé bénéficier au plus grand nombre, s’est perverti au point de n’enrichir que les plus riches. Le système bancaire mondial n’est qu’un immense terrain de jeux spéculatifs, doté d’un sol élastique sécurisé sur lequel ils rebondissent en cas de chute. Il ne reste plus aux autres qu’à payer. »

S. Lansley voit aussi un espoir dans le fait que certains dans le monde des affaires qualifient la situation actuelle de malsaine et intolérable.

1. Litt. : « goutte à goutte », le credo libéral de l’enrichissement progressif des classes économiquement inférieures grâce à l’enrichissement des plus riches (NdT).
2. L’enrichissement des plus riches au détriment des plus pauvres (NdT).
3. Mark Hollingsworth et Stewart Lansley : Londongrad: From Russia with Cash; the Inside Story of the Oligarchs. (Londongrad : en provenance de Russie avec du cash : l’histoire privée des oligarques) Fourth Estate.


Sources : de Volkskrant, Pays-Bas ; The Telegraph ; G.-B.
Thématiques : Société, politique, Économie
Rubrique : Faits et prévisions (Au fil des années, Partage international a régulièrement publié des articles soulignant les attentes de Maitreya, telles qu'elles ont été présentées par l'un de ses collaborateurs vivant à Londres au sein de la même communauté, à propos d'un certain nombre de changements politiques, sociaux, écologiques et spirituels devant se produire dans le monde. Périodiquement, Benjamin Creme et son Maître ont également partagé leur point de vue sur les développements à venir. Dans cette rubrique intitulée « Faits et Prévisions » notre rédaction analyse les nouvelles, les événements et les déclarations ayant un rapport avec ces prévisions et points de vue.)