La crise de l’éducation constitue une grave menace

Unicef : Rapport sur la situation de l'enfance en 1999

Partage international no 131juillet 1999

Pour assurer l’éducation de tous les enfants dans le monde, on devrait consacrer sept milliards de dollars de plus, chaque année, pendant les dix années à venir. Ce montant est inférieur aux dépenses annuelles de produits cosmétiques aux Etats-Unis, ou de crème glacée en Europe. Il représente moins de 1% des dépenses militaires annuelles dans le monde.

Des centaines de millions d’enfants, à qui l’on ne reconnaît pas le droit à une éducation élémentaire, grandissent sans acquérir la formation qui leur permettrait de mener une vie décente au XXIe siècle. Dans son Rapport annuel sur la situation de l’enfance dans le monde en 1999, l’Unicef met en garde face à cette situation qui constitue une grave menace pour la paix et la prospérité.

L’Unicef affirme que près d’un milliard de personnes (soit un sixième de l’humanité) sont considérées comme fonction-nellement illettrées, incapables de lire un livre ou de signer leur nom. Encore davantage sont incapables de remplir un simple formulaire ou d’utiliser un ordinateur. D’après Carol Bellamy, directeur exécutif à l’Unicef : « Les conséquences de l’illettrisme sont très profondes et peuvent constituer une menace très grave. »

En citant des recherches effectuées dans les pays développés, le rapport montre qu’il existe une corrélation entre la durée de la scolarité et la mortalité infantile. Ce rapport relate que les enfants qui grandissent sans éducation élémentaire ont non seulement les plus grandes difficultés pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille, mais également pour mener à bien leur vie d’adulte dans un esprit de tolérance et de compréhension.

L’éducation de base enseigne aux hommes le moyen de subvenir à leurs droits fondamentaux tels que la santé et la nourriture. Elle permet d’apprendre aux enfants, comme aux adultes, à gérer les conflits, à respecter le pluralisme et la diversité et à coopérer avec les autres en vue de la réalisation d’objectifs communs, y compris un style de vie harmonieux et sain, correspondant aux besoins des enfants. Selon le rapport de l’Unicef : « A l’échelle de la société, le manque d’éducation affaiblit les causes de la démocratie et du progrès social et, par extension, de la paix et de la sécurité mondiales. »

Le non accès à l’éducation concerne principalement les fillettes qui doivent se consacrer à des tâches liées à la subsistance plutôt qu’à l’école ou qui tiennent un rôle marginal dans les classes. La gravité de la situation se reflète dans les statistiques : parmi les 855 millions d’adultes considérés comme illettrés fonctionnels, deux tiers sont de sexe féminin. L’éducation est le facteur le plus important qui permettra de mettre fin au travail des enfants ; de même l’instruction des fillettes permettra d’apporter une éducation à tous les enfants. Pour les enfants traumatisés par la violence et les conflits armés, y compris les enfants soldats et ceux qui sont confrontés à la violence sexuelle, l’éducation est d’une importance vitale, tant sur le plan curatif que sur le plan de la réhabilitation.

Le rapport insiste non seulement sur l’importance vitale d’un accès à l’éducation de base, mais également sur la qualité de cette formation. Par exemple, dans les pays développés, 150 millions d’enfants n’atteignent jamais la cinquième année primaire. Ils quittent l’école sans avoir acquis les compétences qui doivent servir de base pour continuer à apprendre tout au long de la vie.

De récentes expériences montrent que des ressources peuvent être trouvées sans délai quand le besoin en est ressenti. Ainsi, dans les pays développés, lors de l’effondrement des économies de l’Indonésie, de la Corée et de la Thaïlande, le groupe des sept pays les plus industrialisés, le G7, a permis à l’OCDE (Organisation pour la coopération et le développement économique) de mobiliser en quelques mois plus de 100 milliards de dollars afin de venir à la rescousse des « tigres » financiers asiatiques.

Imaginez ce qu’il serait possible de réaliser avec une telle mobilisation de moyens en faveur de l’éducation. De leur propre chef, quelques pays, en dépit de leur pauvreté, ont réussi à libérer des ressources en faveur de l’éducation et ce avec des résultats significatifs. Le Viêt-nam, par exemple, avec un PNB de 290 dollars par habitant, a atteint un taux d’alphabétisation global de 94 %, et de 91 % pour la population féminine.

Le poids de la dette extérieure constitue la principale entrave qui empêche de nombreux pays de consacrer des ressources à l’éducation. La dette du Nicaragua par exemple, atteignait six fois son PNB en 1995. La Tanzanie consacre six fois plus de ressources au remboursement de la dette qu’à l’éducation. D’après un récent rapport des Nations unies, les pays les plus pauvres du monde supportent un endettement extérieur qui atteint la somme astronomique de 2 200 milliards de dollars. L’Amérique latine et l’Asie y contribuent pour 31 %, l’Afrique pour 16 %, les pays d’Europe dont l’économie est en transition et l’Asie centrale pour 18 %.


Thématiques : femmes, Économie, éducation
Rubrique : Divers ()