Partage international no 7 – mars 1989
Quoiqu’Israël n’y soit peut-être pas prêt ni émotionnellement ni politiquement, selon Maitreya, la solution du conflit du Moyen-Orient est néanmoins assurée. Le peuple palestinien accédera finalement à l’autodétermination au sein d’un état libre et indépendant.
Pour de nombreux observateurs, ce dénouement apparaît non seulement inévitable mais également légitime, dans la mesure où l’identité d’Israël peut en même temps être garantie à l’intérieur de frontières sûres et reconnues. Aucun peuple, ayant une identité culturelle et historique bien affirmée, ne peut à jamais être privé du droit de constituer sa propre entité géopolitique. La dynamique naturelle conduisant à l’autodétermination peut être momentanément arrêtée par la force militaire. Cependant, elle sortira alors nécessairement fortifiée de cette épreuve et, tôt ou tard, elle éclatera à nouveau. Cette simple vérité fut mise en évidence lors du processus irréversible de décolonisation qui se produisit après la deuxième guerre mondiale, et peut encore être observée de nos jours dans le monde entier.
La domination étrangère constitue un stimulus particulièrement puissant permettant de renforcer le sentiment de l’unité nationale au sein d’un peuple. La Chine fait actuellement l’expérience de cette vérité au Tibet, alors que l’Union Soviétique connaît la même situation dans les états Baltes. Plus la domination exercée par l’occupant est rigoureuse, plus le désir de liberté s’affirme chez le peuple opprimé.
Durant près de cinquante ans d’occupation, l’URSS a pratiquement tout mis en œuvre afin de dépouiller l’Estonie, la Lituanie et la Lettonie de leurs emblèmes nationaux et de leurs particularités propres. Les hymnes nationaux et les drapeaux étaient interdits. Les langues vernaculaires perdirent même tout statut légal. Toutefois, bien que la grande majorité des habitants des états baltes ait connu cette atmosphère depuis l’enfance, le sentiment national s’est en fait développé. A peine la perestroïka et la glasnost (le nouvel esprit de réforme en Union Soviétique) avaient-elles laissé entrevoir la possibilité d’un changement, que les peuples baltes exigeaient, à l’occasion de manifestations de masse spectaculaires, le rétablissement de leurs droits traditionnels, ce qu’ils ont d’ailleurs en partie obtenu.
Ainsi que les faits ont pu le démontrer, la résistance et la haine suscitées par la répression militaire ou économique sont particulièrement virulentes et implacables. A l’instar des États-Unis, qui sont peu prisés par l’homme de la rue en Amérique Latine, l’Union Soviétique est, dans les autres pays du pacte de Varsovie, très peu appréciée des populations.
L’époque des superpuissances imposant leur volonté aux petites nations est cependant indiscutablement révolue. Les chefs nationalistes, qui imposent leur dictature, ont eux aussi pratiquement fait leur temps. La liberté et l’indépendance sont des droits qui sont dévolus à chacun à sa naissance. Cette affirmation semble évidente. Il n’en demeure pas moins que beaucoup d’états, qu’ils aient été formés de manière naturelle ou « artificielle », n’ont pas toujours été la patrie d’un seul peuple. Des peuples de nationalités différentes habitent parfois un même pays. Des peuples partageant une même culture sont parfois séparés et dispersés dans des pays différents. Des groupes ethniques plus restreints, situés à la périphérie d’une grande puissance, retrouvent parfois leurs vieux rêves d’indépendance.
Il va sans dire que l’autodétermination d’un groupe ethnique à l’intérieur de ses propres frontières nationales n’est pas toujours une solution réalisable, ni même souhaitable. La fragmentation du monde en plusieurs milliers de minuscules états ne constituerait en aucune manière un progrès. Le droit d’un peuple à la liberté et à l’identité nationale est par ailleurs évidemment limité par le droit des autres peuples à disposer de la même liberté et de la même identité nationale. Devant la possibilité d’un tel conflit d’intérêts, l’amour de son peuple ou de sa patrie semble souvent se transformer en un nationalisme exacerbé. De semblables situations peuvent faire apparaître des penchants particulièrement dangereux si elles coïncident avec le séparatisme racial ou religieux. L’agitation permanente régnant à l’heure actuelle dans les républiques soviétiques d’Arménie et d’Azerbaïdjan en est une bonne illustration. Le conflit existant entre Arméniens et Azéris ne constitue pas simplement une vieille rivalité entre deux peuples différents, mais bien un choc idéologique entre deux religions, la religion chrétienne et la religion musulmane.
Ni les autorités soviétiques, ni aucune autre forme de gouvernement, ne pourraient se permettre purement et simplement d’accéder aux exigences des minorités réclamant la division du territoire, lorsque ces exigences prennent naissance dans une sensibilité religieuse ou raciale étroite, comme c’est ici le cas. Les objectifs d’un gouvernement avisé doivent être la coopération et la tolérance, et non l’isolement, la création de factions et le séparatisme.
La prudence est également de mise lorsque des pays ou des groupes de pays s’unissent afin de constituer des blocs toujours plus puissants. Les pays de l’Europe de l’Ouest et du Sud sont actuellement profondément engagés dans le démantèlement des frontières économiques, alors qu’en Amérique du Sud également de semblables idées sont exprimées de plus en plus fréquemment. Le but poursuivi, c’est-à-dire la levée de toutes sortes d’obstacles inutiles à la libre circulation des biens et des personnes, est bien entendu excellent. Nous devons toutefois demeurer sur nos gardes et nous assurer que des considérations économiques ou financières ne l’emportent systématiquement sur les principes sociaux et éthiques ou, comme Maitreya a pu l’exprimer, « qu’elles ne conduisent à l’élimination des traits caractéristiques qui confèrent aux nations et aux peuples leurs qualités individuelles et distinctives. »
Les nombreux événements qui agitent actuellement le monde entier ne sont donc pas toujours ce qu’ils paraissent être. Sous le slogan apparemment séduisant de « liberté », se cachent parfois des efforts destinés à encourager la consommation et à dégager des profits. Le terme « coopération » est souvent utilisé comme devise afin de dissimuler la promotion d’intérêts personnels. Quelque chose doit être foncièrement injuste quelque part lorsque la « coopération » se traduit en termes d’avantages économiques. Il en va de même lorsque la « liberté » devient licence, destinée à la satisfaction des désirs individuels. La liberté constitue en effet un droit pour tous, mais c’est un droit qui suppose en préalable l’existence de la tolérance ainsi que, dans une même mesure, la volonté d’accepter le compromis et d’agir de manière responsable.
Les énergies cosmiques se déversant actuellement sur l’humanité stimulent aussi bien le désir de liberté que le besoin de synthèse et de coopération. Cette situation conduit inévitablement, mais de manière temporaire, à l’apparition de conflits et d’agitation. Cependant, lorsque cette phase aura pris fin, une nouvelle opportunité et une nouvelle harmonie seront perçues. On pourra alors observer l’émergence de la coopération dans la liberté.
