La Banque mondiale se fixe-t-elle une nouvelle cible ?

Partage international no 226juin 2007

« Il est frappant de voir que les trois-quarts des pauvres dans les pays en développement sont des fermiers. L’agriculture n’est peut-être pas le seul moyen de les sortir de la pauvreté, mais c’est certainement le plus efficace. »

 Voici l’une des déclarations inhabituelles du prochain Rapport 2008 sur l’évolution du monde de la Banque mondiale – à paraître en septembre 2007.

Ce rapport, tel qu’il se présente actuellement, est divisé en trois parties :

– Quand l’investissement dans l’agriculture est-il efficace pour la croissance globale et la réduction de la pauvreté ?

– Comment la croissance agricole et rurale peut-elle favoriser davantage les pauvres et être plus durable ?

– Comment les stratégies de développer par l’agriculture peuvent-elles réduire efficacement la pauvreté ?

Bien que ce rapport puisse connaître des modifications avant sa parution, la Banque mondiale s’éloigne de son traditionnel soutien à la fameuse doctrine des « réajustements structurels ». Elle préconise désormais un engagement fort et actif des gouvernements en faveur de l’agriculture dans le monde en développement, et reconnaît implicitement avoir négligé jusqu’à présent cette arme majeure dans la lutte contre la pauvreté. « L’industrialisation a dominé le débat politique ; le développement grâce à l’agriculture n’était même pas envisagé comme option pertinente. Le coût de cette omission aura été élevé en terme de croissance, de bien-être, et de conséquences environnementales. »

Ce changement de position est considéré comme un rejet significatif du Consensus de Washington qui dirige la politique des institutions internationales depuis 1989 avec une formule basée sur toujours plus de privatisations, de déréglementation de réduction des impôts et taxes, de démantèlement des barrières douanières.

Entre 1980 et 2004, la part du budget de l’agriculture a diminué en Afrique (de 6,4 à 5 %), en Amérique latine (de 14,8 à 7,4 %) et en Asie (de 8 à 2,7 %), mais la Banque mondiale considère maintenant qu’il est urgent d’engager « des politiques de développement de l’agriculture basées le soutien massif des gouvernements. »
« La vitesse du changement climatique, l’imminence d’une crise mondiale de l’eau, le développement plutôt lent des biotechnologies, la demande croissante en biocarburants, tout cela crée de nouvelles incertitudes quant aux conditions dans lesquelles la nourriture sera disponible dans l’économie mondiale », prévient la Banque mondiale.


Sources : Le Monde, France
Thématiques : politique, Économie
Rubrique : Tendances (Dans le monde actuel s’affirme une tendance de plus en plus prononcée à la synthèse, au partage, à la coopération, à de nouvelles approches et avancées technologiques pour la sauvegarde de la planète et le bien-être de l’humanité. Cette rubrique présente des événements et courants de pensée révélateurs d’une telle évolution.)