Kenya : la construction de réservoirs d’eau émancipe les femmes

Partage international no 328décembre 2015

Au Kenya, des femmes sont formées à la construction de grands réservoirs capables de recueillir jusqu’à 10 000 litres d’eau de pluie. Leurs nouvelles compétences ne les ont pas seulement émancipées ; elles ont également bénéficié à leurs communautés et transformé leurs villages. Le documentaire de Karin Slater, d’Al Jazeera, suit l’action du Global Women’s Water Initiative (Initiative mondiale pour l’accès des femmes à l’eau) qui avait commencé dès 2011 à former 175 femmes au Kenya, en leur apprenant à construire, réparer et assurer la maintenance de réservoirs recueillant l’eau de pluie, et en leur enseignant l’hygiène et l’usage des systèmes sanitaires.

Auparavant, ces femmes souffraient de maux de dos chroniques à force de transporter de lourdes jarres d’eau, et le manque d’eau potable exposait les enfants à des diarrhées récurrentes, tandis que les adultes comme les enfants risquaient d’attraper le choléra, la typhoïde et la bactérie E-coli. De plus, les femmes s’exposaient à des viols au cours de ces longues marches, et les heures ainsi consacrées à la collecte de l’eau leur faisaient manquer des occasions de trouver un emploi ou d’étudier.

La formation inclut la construction et l’entretien de réservoirs de stockage, de fosses d’aisance, la fabrication de compost à partir des rejets des toilettes, le nettoyage des filtres à eau, ainsi que tous les autres aspects de l’hygiène. La proximité de ces nouveaux points d’approvisionnement d’eau divise en moyenne par dix le temps consacré à la collecte de l’eau. Les femmes vendent de l’eau aux entreprises, apprennent à fabriquer et à vendre du savon, du shampoing, de l’eau de Javel, des serviettes hygiéniques réutilisables, des cuisinières à énergie solaire, et des toilettes sèches. Les revenus ainsi générés permettent de consacrer davantage d’argent, au sein de la famille, à l’éducation, à la santé et à l’entretien de la maison.

Le film suit l’infirmière Catherine Nasmiyu Ondele, qui a transformé la clinique où elle travaille, à l’ouest du Kenya, en construisant deux collecteurs d’eau de pluie assurant un abondant approvisionnement en eau potable, grâce auquel des centaines de mères ont pu accoucher, et la mortalité infantile diminuer.

Après leur formation, les femmes en forment d’autres dans les technologies de la collecte d’eau de pluie, devenant ainsi entrepreneurs sociaux et augmentant leurs revenus. Certaines ont assez confiance en elles-mêmes pour postuler à des postes de fonctionnaires.

Comme l’a affirmé Rose Atieno, travailleuse sociale et ancienne stagiaire : « Pour moi, l’eau, c’est la vie. A partir du moment où vous avez de l’eau dans une maison, les autres problèmes sont résolus. Le temps économisé est transféré à d’autres activités de développement qui changent le pays en profondeur, si bien que, pour moi, l’émancipation des femmes fait monter en puissance l’économie d’un pays. »

Kenya
Sources : Al Jazeera ; Global Women’s Water Initiative
Thématiques : Société, environnement
Rubrique : Tendances (Dans le monde actuel s’affirme une tendance de plus en plus prononcée à la synthèse, au partage, à la coopération, à de nouvelles approches et avancées technologiques pour la sauvegarde de la planète et le bien-être de l’humanité. Cette rubrique présente des événements et courants de pensée révélateurs d’une telle évolution.)