« Je ne peux pas respirer »

Partage international no 383juillet 2020

« Je ne peux pas respirer » : ce sont les derniers mots d’Eric Garner, mort étouffé le 17 juillet 2014, lors de son arrestation par un policier new yorkais. Les mêmes mots « je ne peux pas respirer » furent prononcés par Adama Traoré le 19 juillet 2016, lors de son arrestation à Beaumont-sur-Oise, en France. « Je ne peux pas respirer » ont également été les derniers mots prononcés le 25 mai 2020, par George Floyd, mort après qu’un policier blanc se fût agenouillé sur son cou pendant huit minutes 46 secondes à Minneapolis (Etats-Unis). Tous trois étaient des personnes de couleur. Ces mots sont maintenant devenus viraux sur les médias sociaux comme symbole du traitement inhumain des personnes à qui l’on refuse le droit de vivre en raison de leur couleur de peau.

I can’t breathe (Je ne peux pas respirer) est devenu le cri de ralliement des manifestations spontanées et massives qui ont eu lieu dans le monde entier après la mort de George Floyd. De nombreux jeunes étaient au cœur de ces manifestations, certains brandissant des pancartes « I can’t breathe », aussi symbole d’une jeunesse étouffée par une société dysfonctionnelle.

Le samedi 6 juin, des milliers de personnes se sont rassemblées en Grande-Bretagne, en France, en Allemagne et en Suède, après les manifestations organisées aux Etats-Unis, à Tokyo et à Sydney. Comme si la cocotte-minute remontait en pression avec le déconfinement progressif, la colère et l’insatisfaction pouvant refaire surface.

photo : Siamlian Ngaihte, Public Domain, Pixabay
Le meurtre de George Floyd a déclenché dans le monde entier une vague d’indignation, et a relancé le débat sur la violence policière, le racisme et les inégalités raciales.

Les manifestants du centre dehttps://pixabay.com/nl/photos/protest-rally-india-demonstranten-3355688/ Londres ont rempli la place du Parlement et les rues avoisinantes malgré le froid, le temps pluvieux et les restrictions du confinement. La plupart portaient des masques et scandaient : « Black Lives Matter » (La vie des Noirs est importante) et « No justice, no peace » (Pas de justice, pas de paix). Puis tout le monde s’est agenouillé sur le sol mouillé. Ce geste a été utilisé pour la première fois en septembre 2016 par Colin Kaepernick, un joueur de football californien qui s’est agenouillé pour protester contre la brutalité policière et le racisme. « Il tenait tête en s’agenouillant pour des millions et des millions de personnes qui n’ont ni tribune, ni voix. » En juin 2020, les démocrates de la Chambre des Représentants et du Sénat américains se sont agenouillés pendant plus de huit longues minutes (le temps de l’agonie de George Floyd) pour rendre hommage à sa mort et pour protester contre le racisme.

A Paris, le samedi 6 juin, bien que les rassemblements de plus de dix personnes fussent toujours interdits en raison des mesures de sécurité du coronavirus, 20 000 personnes se sont rassemblées sur la place de la République.

Cette manifestation était organisée par le Comité Adama, l’un des nombreux comités antiracistes des quartiers populaires. Les jeunes étaient au cœur de cette manifestation, certains brandissant des pancartes « I can’t breathe » (Je ne peux pas respirer), en mémoire d’Adama. Plusieurs rassemblements ont eu lieu dans d’autres villes de France, comme Bordeaux, Lille et Rennes. Dans de nombreux cas, ces manifestations ont été l’occasion de discuter de la réalité du « privilège blanc », qui offre la possibilité de sortir dans la rue sans être contrôlé par la police ni mis en garde à vue.

A Liège, dans l’est de la Belgique, 700 personnes ont bravé l’interdiction de manifester et ont participé à une marche contre le racisme. En Allemagne, les joueurs du Bayern de Munich ont porté un T-shirt avec l’inscription « Black Lives Matter » lors d’un match de football. A Berlin, 15 000 personnes se sont rassemblées sur l’Alexanderplatz et ont gardé le silence pendant huit minutes. A Stockholm et Helsinki, plusieurs milliers de manifestants ont défilé dans les rues en portant des masques et en scandant les slogans « Black Lives Matter » et « I can’t breathe ».

Au Royaume-Uni, on a entendu certains manifestants s’exprimer de la manière suivante : « Avez-vous déjà croisé sur un trottoir une femme tentant de cacher son sac ? Est-ce que des agents de sécurité vous suivent dans les magasins ? Vous faites-vous arrêter par la police plusieurs fois par semaine ? Nous devons commencer à bâtir la communauté, le respect et l’égalité. »

« Voir des Noirs manifester met certaines personnes mal à l’aise. Il est difficile pour les gens d’admettre que leurs ancêtres ont mal agi et que la société doit changer. Parfois, nous devons accepter la critique parce que c’est la voie à suivre. »

« Je me sens obligée d’assister aux prochaines manifestations. C’est un moment historique et je veux en faire partie, montrer ma solidarité et pouvoir en parler à ma fille. Je veux qu’elle grandisse dans une société où nous nous faisons confiance, où le meilleur n’est pas réservé aux élites. »

« Si je décide d’avoir des enfants un jour, je ne veux pas qu’ils souffrent à cause de la couleur de leur peau, ni qu’ils soient harcelés comme je l’ai été. »

Le meurtre de George Floyd a déclenché dans le monde entier une vague d’indignation, et a relancé le débat sur la violence policière, le racisme et les inégalités raciales. Le silence n’est plus une option.


Sources : The Guardian, Royaume-Uni ; New York Times, Etats-Unis ; Mediapart
Thématiques : Société
Rubrique : La voix des peuples (Cette rubrique est consacrée à une force en plein développement dans le monde. La voix du peuple ne cessera de s’amplifier jusqu’à ce que, guidés par la sagesse de Maitreya, les peuples conduisent leurs gouvernements à créer une société juste dans laquelle seront respectés les droits et les besoins de tous.)