Partage international no 181 – septembre 2003
Les leaders des églises protestantes d’Amérique latine déclarent qu’ils ne peuvent plus fermer les yeux sur les profondes injustices sociales engendrées par le système économique mondial. Pour rester fidèles à l’Evangile, ces églises se sentent obligées de dénoncer l’ordre économique mondial actuel.
En Amérique latine, plus de la moitié de la population est pauvre, le taux de chômage est important et les politiques d’ajustement structurel, l’accroissement de la dette extérieure, les privatisations, les flux incontrôlés de capitaux et les pratiques de liberté des prix ont généré, selon leurs propres termes, une « profonde crise humanitaire ».
Des centaines de délégués se sont réunis à Buenos Aires entre le 28 avril et le 1er mai 2003 pour assister à une réunion intitulée « La mondialisation de la plénitude de la vie ». Organisée par le Conseil des Eglises d’Amérique latine, sous les auspices du Conseil mondial des Eglises, ils ont exploré des alternatives à la « mondialisation à visage néo-libéral ». Ce conseil, réunissant 342 églises de plus de 100 pays, appartenant pratiquement à toutes les confessions chrétiennes situées sur tous les continents, se montre extrêmement critique à l’égard des pratiques néo-libérales de marché libre, et il propose ses propres alternatives aux gouvernements et aux institutions de crédit multilatérales. Des représentants régionaux ainsi que des délégués des Etats-Unis, d’Afrique et d’Asie ont étudié un projet intitulé Les églises protes-tantes déclarent que trop c’est trop ! collectivement rédigé par des sociologues, des économistes, des théologiens et des prêtres, qui ont soumis leurs propositions à l’assemblée. Ce projet recommande la création d’institutions publiques mondiales chargées de surveiller l’orientation prise par le processus de mondialisation et de réguler le système bancaire et la circulation des capitaux.
Lassé des ponctions exercées sur les budgets publics et de la pauvreté croissante résultant souvent des sévères mesures d’austérité imposées pour payer l’intérêt de la dette, le document du Conseil des églises réclame que des changements s’opèrent au niveau des institutions de crédit comme le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et la Banque interaméricaine de développement, dont les activités jouent un rôle décisif dans la politique économique des pays pauvres et endettés. Ces institutions n’ont pas respecté leur mandat original et ont au contraire contribué à mettre en place un modèle économique injuste. Le Conseil propose également une actualisation de la mission des Nations unies.
Les Etats-Unis sont en train de négocier une zone de libre échange à l’échelle du continent avec 34 pays d’Amérique latine et des Caraïbes (à l’exclusion de Cuba), qui devra prendre effet en 2005, mais beaucoup de gens pensent que la région souffrira tandis que les sociétés multinationales feront des bénéfices et « obligeront les pays à entrer en compétition les uns contre les autres dans des conditions d’inégalités », affirme le document.
Ce document réclame également l’annulation de la dette : « L’Amérique latine a remboursé 1,4 milliard de dollars au cours des vingt dernières années, ce qui équivaut à cinq fois sa dette d’origine. » Le document du Conseil des églises préconise une coopération au niveau de toute la région et, « avec courage et volonté politique », un refus concerté de payer les dettes. Dès que le projet final sera prêt, un groupe de responsables religieux se réunira, fin 2003, pour le présenter au ministre canadien Jean Chrétien, aux juristes américains et aux représentants des institutions de crédit multilatérales.
Amérique du Sud
Sources : Sources : Conseil mondial des Eglises ; IPS News
Thématiques : Société, politique, Économie
Rubrique : Tendances (Dans le monde actuel s’affirme une tendance de plus en plus prononcée à la synthèse, au partage, à la coopération, à de nouvelles approches et avancées technologiques pour la sauvegarde de la planète et le bien-être de l’humanité. Cette rubrique présente des événements et courants de pensée révélateurs d’une telle évolution.)
