Partage international no 401 – février 2022
Interview de Dr Eben Alexander par Shereen Abdel-Hadi Tayles
Le neurochirurgien Dr Eben Alexander, avec une carrière longue de plusieurs décennies en tant que médecin et professeur associé à la Harvard Medical School et dans des hôpitaux universitaires reconnus, était autrefois fermement attaché à la vision matérialiste du monde – la croyance que le monde physique est tout ce qui existe. Son système de croyances scientifiques a été altéré par son expérience de mort imminente (EMI) en 2008, une odyssée dans une autre sphère au cours d’une semaine de coma. Malgré un pronostic médical pessimiste, le Dr Alexander s’est réveillé et s’est totalement rétabli. Son cas clinique et son rétablissement ont été documentés dans la revue spécialisée Journal of Nervous and Mental Disease.

« Il n’y a pas d’autre façon de le dire : il n’y avait pas de séparation entre ce Dieu et moi ».
Depuis son EMI, le Dr Alexander cherche à réconcilier son expérience spirituelle marquante avec la physique quantique, la cosmologie et la philosophie de l’esprit. Il intervient dans le monde entier, pour éduquer sur le rôle que joue la conscience dans le bien-être, la guérison et le rétablissement.
Scientifique pionnier et leader d’opinion moderne, le Dr Alexander a été nommé sur la liste Watkins Mind Body Spirit de 2020 (aux côtés du dalaï-lama, du pape François, d’Eckhart Tolle et de Desmond Tutu), une liste sur laquelle il est apparu à plusieurs reprises depuis 2013. Le Dr Alexander a participé à plus de 400 interviews dans les médias, lors d’émissions américaines très connues, dans de nombreuses radios internationales, des interviews numériques et des podcasts. Shereen Abdel-Hadi Tayles a interviewé le Dr Eben Alexander pour Partage international.
Partage international : Dans votre livre, Living in a Mindful Universe [Non traduit], vous discutez de l’expérience du Docteur Raymond Moody, qui l’a amené à approfondir le sujet des EMI. Il rapportait que dans La République de Platon, ce dernier relate l’histoire d’un soldat arménien mort, puis revenu à la vie, qui raconte à ses compagnons que lorsqu’on meurt, on passe en revue les événements les plus marquants de sa vie et que « la qualité la plus importante par laquelle ils seront jugés concerne l’amour qu’ils auront réussi à manifester ici sur Terre ». D’après votre propre expérience, et celle d’autres personnes qui ont eu des EMI, est-ce un fil conducteur ? Ne reste-t-il que l’amour à la fin ?
Eben Alexander : C’est une belle question qui est au cœur de l’expérience du monde spirituel tel qu’il est révélé à travers les expériences de mort imminente. Pour moi, surtout après avoir lu et rencontré Raymond Moody, et commencé à approfondir ce travail et à le comprendre d’après ma propre expérience, il y avait une beauté incroyable dans le fait que Platon ait écrit sur une expérience qui s’est produite il y a 2 400 ans et qu’aujourd’hui un soldat sur un champ de bataille pourrait faire la même description.
Le point le plus important, bien sûr, est que l’amour est vraiment au cœur de tout, cette connexion que nous partageons, ce sentiment merveilleux que nous sommes vraiment tous reliés. C’est comme si nous partagions le rêve d’un seul esprit. J’aime la façon dont ce soldat arménien d’il y a 2 400 ans a mis le doigt sur ce qui se passe lors de ces expériences et ce qu’elles indiquent de notre relation avec l’univers, et en particulier sur notre relation les uns avec les autres. Je suis si heureux que le Dr Moody ait partagé son expérience et ait eu le courage d’écrire son livre, La Vie après la vie, en 1975. Je pense que c’est ce qui a vraiment lancé ce formidable mouvement d’investigation.
Le sentiment d’unité dans une EMI est vraiment tout à fait universel – ce sentiment d’amour et le pouvoir de guérison de l’amour, et cet examen de la vie. L’un des éléments essentiels est que la revue de la vie est perçue non pas du point de vue de la personne, mais de ceux qui l’entourent et qui ont été touchés par ses actions et ses pensées. Ce passage en revue montre que malgré nos supposées frontières individuelles, dont nous supposons qu’elles délimitent nos corps, ne sont en réalité qu’une sorte de fiction qui alimente le drame que nous vivons. A un niveau plus profond, ces limites de soi sont fausses et nous sommes vraiment tous impliqués ensemble dans ce processus d’apprentissage et d’enseignement. Les gens n’ont pas besoin d’avoir une EMI pour comprendre cela – le simple fait de le savoir et ensuite d’explorer votre propre conscience suffit souvent à vous donner tout ce dont vous avez besoin.
A bien des égards, cette étude moderne des EMI et de la science de la conscience converge absolument vers cette notion d’esprit unique – que nous partageons un seul esprit. Et vous vous en rendez compte dans le récit de vie de ce soldat arménien il y a 2 400 ans, mais aussi décrite par tant d’autres aujourd’hui. C’est vraiment la règle d’or – traitez les autres comme vous aimeriez être traité – inscrite dans la structure même de l’univers.
PI. Cela démontre vraiment qu’il n’y a pas de temps et que cette expérience de vie est une expérience collective, pas individuelle – même si la plupart des gens ont cette croyance honnête, mais erronée, que nous vivons une expérience individuelle.
EA. Exactement. Vous pouvez alors commencer à entrevoir la puissance de l’évolution de la conscience elle-même. Je dirais que c’est exactement ce sur quoi porte toute cette discussion : cette conscience ne s’arrête pas à la mort parce qu’elle ne fait pas partie du cerveau. Pourquoi y a-t-il quelque chose dans l’univers plutôt que rien ? Ou cela nous conduit-il ?
C’est pourquoi Karen [Newell, co-autrice de Living in a Mindful Universe] et moi soulignons souvent que les derniers mots de Steve Jobs alors qu’il quittait le monde physique étaient : « Waouh, oh, waouh ! ». Il ne témoignait pas d’une plongée dans le néant mais d’une incroyable expansion de la conscience.
PI. Pouvez-vous parler du rôle que notre système de croyances peut avoir au moment de la mort ? Influence-t-il la façon dont nous interprétons cette expérience ?
EA. C’est une excellente question. Je pense que nos croyances sont très importantes car elles établissent un certain cadre qui, par exemple, lorsque nous mourons, dicte comment nous interprétons ces premières étapes et où nous expérimentons ce qui se passe. Je pense que les croyances des gens peuvent potentiellement les piéger dans un cul-de-sac. Si vous êtes matérialiste pur et dur, en mourant vous vivrez peut-être l’expérience que l’existence continue, et votre confusion peut conduire à un piège. Dans mon propre cas par exemple, mon éducation religieuse s’est déroulée dans une église méthodiste conventionnelle en Caroline du Nord et je voulais croire une grande partie de ce que j’avais entendu au cours de mes 25 années de carrière universitaire en neurochirurgie. Cela m’a causé des difficultés parce que je ne pouvais vraiment pas comprendre d’un point de vue scientifique comment la perception consciente pouvait survivre à la mort du cerveau et du corps. C’est pourquoi je pense que mon EMI était si importante pour moi ; elle m’a montré très clairement que la conscience s’enrichit en fait en étant libérée des chaînes du cerveau physique.
Mes croyances religieuses ne recelaient aucune notion de véritable unité avec Dieu ou d’union avec cette entité divine ou cette source créatrice. Et pourtant, c’est exactement ce que j’ai vécu dans mon coma. Il n’y a pas d’autre façon de le dire : il n’y avait pas de séparation entre ce Dieu et moi.
Ce qui était possible n’était pas limité par mes croyances d’avant le coma. Ce qui se passe, c’est que vous voyez un monde très réel et que vous devez modifier vos croyances pour mieux expliquer ce monde plus vaste sous vos yeux – l’univers spirituel et votre existence en tant qu’être spirituel. C’est pourquoi ces expériences sont si précieuses et nous pourrions vraiment commencer à étendre nos différents systèmes religieux afin de mieux prendre en compte les expériences personnelles de la période actuelle et leur interprétation scientifique.
Les religions ont eu plus de cinq mille ans pour essayer de mettre ce monde sur la bonne voie et elles ont fait de leur mieux. J’apprécie la compréhension de la conscience et de la nature de la réalité que cette révolution amène. Nous avons trouvé une voie qui a beaucoup plus de sens. Le matérialisme doit disparaître parce qu’il est absolument trompeur.
Certaines de ces anciennes traditions spirituelles avaient toutefois raison, et la science moderne s’aligne parfaitement sur cela. C’est pourquoi je pense que cette révolution va être très différente : elle se déroule au niveau de la conscience. C’est vraiment une manière d’aller de l’avant pour toute l’humanité, basée sur la science qui soutiendra réellement ces traditions profondes et mystiques remontant à des milliers d’années, basées sur l’unité et le pouvoir de guérison de l’amour.
Bain de soleil dans un océan d’amour
PI. Votre expérience et votre enseignement peuvent être d’une grande utilité pour aider à éradiquer la peur de la mort, et donc la peur de la vie. De plus, cela favorise la reconnaissance de l’existence de l’âme et nous aide à nous identifier correctement à ce que nous sommes ou à ce que nous ne sommes pas. De quelles autres manières pensez-vous que votre expérience, ou l’expérience d’autres personnes qui ont eu des EMI, aide ceux d’entre nous qui n’ont pas eu cette expérience ? L’expérience vous accompagne-t-elle ?
EA. C’est ce qui se passe quand on observe des milliers d’EMI et qu’on entend parler des revues de vie et qu’on entend parler de gens baignant dans l’amour – cette force d’amour infini – qu’ils l’appellent Dieu ou Allah, Brahma, Vishnu, Jéhovah, Yahweh, Grand Esprit. Peu importe le nom que vous lui donnez. Ils décrivent la même réalité. Non seulement cela, ils décrivent souvent un sentiment d’unité avec cette puissance et le pur bain de soleil dans cet océan d’amour. C’est ce qui leur donne le courage de réaliser qu’il n’y a rien à craindre de la mort ; que notre conscience véritable provient directement de cette force divine et, par essence, nous sommes tous co-créateurs de notre avenir en évolution.
Vous savez, la science matérialiste essaiera de vous convaincre que le libre arbitre n’existe pas. Une science matérialiste croit à tort que la conscience n’est rien de plus que l’épiphénomène de réactions chimiques et de flux d’électrons dans le cerveau. Elle essaie de prétendre que vous n’avez aucune volonté du tout, que ce n’est qu’un accident. C’est juste une substance dans le cerveau qui suit les lois de la nature, de la physique, de la chimie, de la biologie, et puis tout ce qui découle de votre expérience consciente n’est qu’un accident, n’a ni sens ni but. Et c’est là qu’ils passent manifestement à côté de l’essentiel parce que, je dirais, cette notion d’unité avec Dieu et l’esprit co-créatif est notre façon de reconnaître que tout ce dont nous sommes témoins dans cet univers à mesure qu’il évolue – l’histoire de toute l’humanité, l’histoire de l’univers, l’histoire de tout ce que nous pouvons savoir, enregistrer et comprendre – est celle qui représente notre volonté. Il y a là une volonté immense en action. Ce ne sont pas seulement des électrons, des protons et des quarks qui entrent en collision, mais il y a une énorme quantité de volonté et de raison d’être dans tout cela. C’est pourquoi notre discussion est si pertinente pour accéder à la couche mentale de l’univers.
Je pense qu’une fois que vous avez touché ce genre de sentiment d’unité avec l’univers, vous ne l’oubliez jamais. Il ne peut pas disparaître. De telles expériences sont beaucoup plus réelles et stables que les souvenirs d’événements de la vie, les rêves ou les hallucinations. L’information n’est plus filtrée par les yeux et les oreilles du cerveau. Dans ces voyages spirituels, il n’y a plus ce genre de filtres. C’est juste un énorme flux d’informations. C’est l’une des raisons pour lesquelles il est si difficile de les expliquer et pourquoi on les qualifie d’ineffables ; ils se produisent en dehors de l’espace et du temps. Ils ne sont pas comme un petit récit simpliste, qui nous permet de raconter une histoire ici à travers le langage. L’expérience ne se déroule pas de cette façon. Le flux d’informations est tellement plus grand, et c’est pourquoi les gens peuvent avoir un examen complet de la vie, de tous les grands événements de leur vie, et le tout peut se produire en deux minutes d’arrêt cardiaque. Mais pour la personne en EMI, deux minutes peuvent sembler un an. C’est très efficace et ça marche parce que c’est un tout autre mode de savoir, où vous avez accès à ce que j’appelle la connaissance par l’identification : vous devenez la scène autour de vous, vous devenez d’autres êtres dans cette revue de vie et vous êtes témoin de l’impact de vos actions et de vos pensées sur les autres autour de vous de leur point de vue. Tout est revécu de façon très forte, détaillée et ultra-réelle. Il y a cette unité incroyable. Cela nous montre que notre notion de flux temporel dans le domaine terrestre est fausse. Cette notion sous-tend la fiction de vivre ces vies, mais il y a une réalité beaucoup plus profonde qui est en dehors du temps et de l’espace dans laquelle vous pouvez voir cette mise en scène de votre point de vue mental, sans être aussi limité par l’ici et maintenant, comme lorsque vous habitez dans le cerveau.
Réincarnation
PI. Vos recherches permettent-elles de soutenir la croyance en la réincarnation ?
EA. Nous parlons beaucoup de réincarnation, mais il est important de souligner, de mon point de vue, et selon tout ce que j’ai étudié au cours des treize dernières années depuis mon coma et pendant mon coma lui-même que la réincarnation est très clairement une réalité.
Je ne connaissais pas à l’époque toutes les données scientifiques qui prouvent la réalité de la réincarnation au-delà de tout doute raisonnable. Il n’y a aucun moyen d’argumenter contre la réincarnation. Elle a été rejetée par la communauté scientifique conventionnelle parce que, bien sûr, le matérialisme ne va pas dans ce sens. Eh bien, la réincarnation est absolument réelle sur la base des données empiriques. Et nous devons juste arriver à une compréhension plus profonde de cela. C’est certainement cohérent avec cette science de la conscience. Il semble que le cerveau soit le filtre et que la conscience soit plus unifiée dans tout l’univers. Tout cela cadre parfaitement avec cette évolution de la pensée.
Il y a toute une série d’essais qui ont été récemment publiés sur bigelowinstitute.org. Si vous lisez ces essais, vous commencerez à réaliser qu’il existe une énorme quantité de données scientifiques non seulement sur l’au-delà, mais aussi sur la réincarnation, car beaucoup de ces articles approfondissent la réincarnation en tant que partie importante de ce puzzle. C’est une excellente nouvelle parce que nous allons enfin aller au-delà de cette stupide absurdité où un scientifique matérialiste peut affirmer en raison de sa totale ignorance de la littérature que rien de tout cela n’est réel et que c’est une hallucination. Alors avançons avec des gens qui comprennent la littérature. Et ces essais sont un excellent point de départ. Il est impossible de les lire et d’en sortir sans penser que la réincarnation est réelle. Il faut tourner la page, c’est notre réalité ! Essayons de mieux la comprendre.
Une chose importante à retenir est que ma formation religieuse au sein de l’Eglise méthodiste n’a jamais autorisé à croire en la réincarnation, et pourtant mon voyage m’a montré finalement très clairement qu’il n’y a aucun moyen de comprendre quoi que ce soit à ce sujet sans reconnaître le rôle très large et universel de la réincarnation. Nos âmes reviennent encore et encore et encore.
Dans Voyage d’un neurochirurgien au cœur de la conscience, nous soulignons que cette discussion ne concerne pas seulement la réincarnation – qui est une partie absolument essentielle de l’ensemble de données scientifiques à l’appui de tout cela – mais que, comme nous le soulignons dans notre deuxième livre intitulé La carte du paradis, il est très important de réaliser qu’il existe une forme de grâce et qu’il s’agit d’une véritable évolution. Nous allons vers quelque chose, et nous avons un objectif commun. L’univers tout entier est engagé dans ce processus de transformation.
[A suivre]
Pour plus d’informations : www.ebenalexander.com
Bibliographie
Dr Eben Alexander, La preuve du paradis : le voyage d’un neurochirurgien dans l’après-vie, 2013, Guy Trédaniel Editeur.
Dr Eben Alexander, La carte du paradis : Comment la science et la religion prouvent que l’au-delà est une réalité, 2015, Guy Trédaniel Editeur.
Dr Eben Alexander et Karen Newell, Voyage d’un neurochirurgien au cœur de la conscience, 2018, GuyTrédaniel Editeur.
Auteur : Shereen Abdel-Hadi Tayles, collaboratrice de Share International basée à Edmonton au Canada.
Thématiques :
Rubrique : Entretien ()
