Il a parcouru les Amériques

Un livre de Taylor Hansen, " He Walked the Americas"

Partage international no 85septembre 1995

par Bette Stockbauer

De la Polynésie à la côte Est des Etats-Unis, du Canada à l’Amérique du Sud, ils l’ont appelé de différents noms : le Guérisseur, le Prophète, le Thaumaturge, le Dieu de la lumière de l’aube, le Dieu du Vent, l’Instructeur, le Maître à la robe blanche…, mais leurs légendes chantent toutes le même être.

Les Polynésiens parlent ainsi d’un homme vêtu de blanc qui, s’étant détaché de trois grands vaisseaux mouillant au large, vint vers eux en marchant sur les flots. Il avait le teint clair, et sa barbe jetait des reflets dorés dans le soleil levant.

Au Mexique, les lointains descendants de l’empire toltèque évoquent encore un prophète aux yeux gris-verts et aux sandales dorées, qui vécut parmi eux des années durant, entouré de douze disciples, et enseignant au peuple sa religion de paix.

Les Constructeurs de tertres d’Amérique du Nord se souviennent toujours d’un grand guérisseur, capable même de ressusciter les morts. Circulant parmi le peuple, il levait les mains en signe de bénédiction — chacune de ses paumes portant une mystérieuse croix.

Telles sont les histoires que murmurent depuis près de 2 000 ans les saints et les gardiens de légendes d’Amérique et d’Océanie.

En 1918, Taylor Hansen, alors jeune étudiant en séjour dans une tribu indienne du Michigan, sut gagner, par sa sympathie et son intérêt profond pour ses coutumes et son histoire, la confiance de son chef, Tonnerre noir. Celui-ci convoqua en assemblée les chefs des autres tribus pour qu’ils lui confient leur savoir et leurs traditions, notamment sur un saint homme qui, jadis, avait foulé leur pays, à charge pour lui de consigner leurs récits dans un livre et de les sauver de l’oubli. Ainsi naquit le projet de son ouvrage, He Walked the Americas* (Il a parcouru les Amériques), dont il recueillera les éléments 45 années durant sur deux continents, tout entier centré sur un thaumaturge au teint clair, à la robe blanche, et dont les yeux gris-verts semblaient sonder l’avenir.

Le voyage aux Amériques

L’ouvrage commence par décrire les civilisations qui, de l’avis de bon nombre de spécialistes, florissaient sur ce continent au début de notre ère. Elles avaient alors quelque 1 000 ans d’avance sur celles d’Europe. En Amérique du Nord, les Indiens formaient alors un empire unifié et prospère, dont la capitale se situait sur l’emplacement de l’actuelle Saint-Louis ; au Mexique, la civilisation toltèque, réputée pour ses savants et ses artisans, construisit de splendides palais aux murs ornés de peintures multicolores ; des hauts plateaux andins, enfin, nous sont restés ces pictogrammes géants et mystérieux, si impressionnants vus des airs, qui paraissent dater de cette époque. Toutes ces civilisations entretenaient probablement entre elles des relations multiples, notamment commerciales, par mer et par un réseau de grandes routes terrestres qui maillait alors le continent. Mais aussi avancées qu’elles fussent, leur pratique de l’esclavage et des sacrifices humains, avec leurs conséquences inévitables que sont la guerre et le vol, constituait une grave menace pour leur survie et engendrait déjà parmi ces peuples un climat d’insécurité croissante. C’est pour guérir cette grande plaie que vint le Prophète.

Il commença son long voyage par la Polynésie où, selon des traditions que certains spécialistes font remonter aux premiers siècles de notre ère, après avoir mis fin aux guerres que se livraient depuis longtemps entre eux ses habitants, il répandit d’île en île sa religion d’amour et laissa ceux-ci unis dans cette civilisation qui dure encore aujourd’hui.

Il se rendit ensuite au Pérou. Ayant déjoué, par la protection spéciale dont il semblait jouir, les tentatives d’assassinat du clergé jaloux, il nettoya les temples et gagna si bien le cœur du peuple qu’il dut, au moment de partir pour le Brésil, lui expliquer par cette parabole les raisons de son départ : « Si vous aviez un troupeau de lamas et que l’un d’eux tombe dans un canyon, n’iriez-vous pas le chercher, en réponse à ses cris ? Ainsi dois-je aller sauver mes lamas, car ce sont les affaires de mon Père. » Il reviendra des années plus tard dans le pays, en tant que dirigeant toltèque, pour y poursuivre ses enseignements et sa réforme des temples.

A mesure que, parcourant le Brésil, les Caraïbes…, il remontait vers le Nord, les marchands qui sillonnaient le continent rapportaient ses miracles de plus en plus nombreux (guérisons, apprivoisements de bêtes féroces, etc.), si bien qu’une réputation croissante de sainteté le précédait ; les peuples en étaient même venus à voir en lui un dieu marchant sur la Terre et attendaient sa venue bien avant que ses sandales dorées n’aient touché le sol de leur pays.

C’est dans ce climat qu’il arriva en Amérique du Nord pour un long séjour dont les descendants actuels des nombreuses nations qui composaient alors cet empire (Cherokees, Algonquins, Dakotas, Shawnees…) se souviennent encore. On disait qu’il connaissait mille langues, car chaque fois qu’il devait séjourner dans l’une de ces nations, il commençait par en apprendre la langue. Après s’être entouré, comme souvent dans les autres pays, de douze disciples — qu’il formera soigneusement, tout au long de son séjour, à son enseignement — il se lança dans une série de profondes réformes de tous ordres, dans le domaine de l’agriculture par exemple, où il introduisit des semences et des techniques nouvelles, mais qui furent, pour l’essentiel, de nature religieuse ; il enseigna à prier le Père et la Règle d’Or : « Ne tuez ni ne blessez votre prochain, car ce n’est pas à lui que vous faites du tort, mais à vous-même ; faites-lui du bien, au contraire, et augmentez ses jours de bonheur ; vous augmenterez ainsi les vôtres. » Il réaménagea les temples, transforma et renouvela les anciennes cérémonies (remplaçant, en particulier, le sacrifice d’enfants par le baptême, et la danse totémique par la danse du soleil, dont il fit un rite de pénitence et d’expiation). Il créa enfin un calendrier fondé sur les cycles de Vénus, pour laquelle il semblait avoir une dévotion particulière : les Indiens connaissaient tous son habitude quotidienne de rester en prière jusqu’à son lever, et ils considérèrent depuis lors cette période de la journée comme sacrée. Les pionniers savaient bien, par exemple, qu’ils ne faisaient jamais la guerre lorsque l’astre éclairait le ciel.

L’entrée au Mexique

Une fois sa tâche accomplie sur cette partie nord du continent, il se rendit chez les Toltèques. Sa renommée était telle que tout au long de son chemin, des masses compactes l’attendaient, couvrant même les montagnes avoisinantes, et, sachant son amour des fleurs, faisaient pleuvoir sur lui des pluies de pétales de plus en plus épaisses à mesure qu’il approchait de leur capitale resplendissante, Tollan la Dorée. Au moment où, après s’être arrêté un instant pour contempler sa beauté fabuleuse, il passa ses lourdes portes de métal, incrustées de perles et d’émeraudes, s’éleva d’un million de poitrines un rugissement pareil à celui de l’océan, qui explosa lorsque le monarque s’inclina devant lui et l’escorta dans la ville. Il accomplit alors son premier miracle : tous purent l’entendre, de la colline qui domine le centre de la ville jusqu’au-delà des remparts, et même sur les montagnes environnantes, leur raconter de sa voix magnifique et mélodieuse ses voyages, leur parler des amis qu’il avait gagnés et des ennemis qu’il avait réconciliés par l’amour et la compréhension, et demander aux dirigeants d’honorer la Voie sacrée en renonçant à l’esclavage et aux sacrifices. Il resta longtemps dans le pays et choisit probablement comme lieux de résidence et sanctuaires privilégiés le temple de Teotihuacan et la pyramide sacrée de Cholula, dont il fit, sous le nom de Quetzalcoatl — le Serpent à Plumes, Dieu de l’eau et du vent — les centres de rayonnement de son œuvre sur l’ensemble du continent, et où il enseigna au clergé les antiques rites d’initiation. Par ses paroles et ses miracles, il unit le pays dans un mode de vie et de pensée commun et instaura un climat de paix et de réconciliation dans lequel la nation toltèque découvrit sa dignité et sa puissance véritable.

Parvenu au terme de sa mission, il quitta Tollan pour le Yucatan, et se rendit sur l’île de Cozumel, ultime étape de son long séjour dans cet hémisphère. Puis un matin, dans la lumière de l’aube, il s’embarqua sur un magnifique navire de bois rouge et partit en direction de Tlapallan, sa patrie au-delà des mers.

Après son départ, sa légende prit maintes formes. Certains la tiennent pour un simple mythe ; d’autres sont convaincus de sa réalité historique. Tel était le cas de F. Buch, érudit de Hawaï, qui, après l’étude comparée de récits semblables qu’il avait recueillis en Inde, en Chine et au Japon, faisant tous mention d’un instructeur à la peau blanche, crut voir, dans ses vêtements et le type de vaisseau qu’il utilisait, l’indication qu’il était originaire de la région de la Mer Rouge. C’était aussi le cas des Mormons dont le Livre, qui traite des événements qui se déroulèrent sur le continent américain entre 600 av. J.-C. et 421 ap. J.-C., contient notamment un certain nombre de prophéties sur la venue du Christ et consacre même plusieurs chapitres aux apparitions qu’il fit sur ce continent et à l’œuvre qu’il y accomplit après sa résurrection : miracles, choix de douze disciples…, événements assez proches de ceux que rapportent la Bible et les légendes indiennes.

Au cours de ses voyages, Kate-Zahl (ainsi l’appelait-on affectueusement parmi le peuple) eut parfois la révélation de l’avenir sinistre et douloureux qui attendait les peuples où il séjournait. C’est ainsi qu’un jour où, selon son habitude, il était allé prier sur les hauteurs du Popocatepetl, qui surplombait Tollan, il eut une vision d’horreur qui fit blanchir ses cheveux.

Une vision du futur

Alors qu’il regardait la plaine s’étendant à ses pieds, un voile se souleva et lui laissa voir l’avenir de la ville. D’étranges fêtes remplissaient ses rues et des rites païens s’étaient emparés de ses temples. Les fleurs éclatantes et les oiseaux au rare plumage, les sourires joyeux du peuple, les chants et les psalmodies du clergé qu’il avait patiemment formé, tout avait disparu. Son nom même était oublié, et son enseignement n’était plus guère qu’un vague souvenir. Il vit alors le puissant Popocatepetl se mettre à trembler, un séisme fendre le pays et dévaster entièrement la ville, dont un feu consumait les derniers restes de vie.

Un autre rideau s’ouvrit alors sur de vastes migrations, le peuple traversant le pays dans le plus grand désordre, fuyant les pillards venus faire main basse sur le royaume. Ceux-ci, en bandes toujours plus puissantes, mirent tout à feu et à sang. Ils profanèrent les temples, et firent des sacrifices humains la pierre d’angle de leur culture et de leur foi.

A cette vision d’horreur en succéda une autre plus terrible encore, vision d’un cycle dont il vit clairement la date : 1519, l’année de Te-Tec-Patl. Venant de l’Est, des hommes blancs, en armures et munis de baguettes qui tuaient à distance, se pressaient en rangs serrés sur les côtes. Ils portaient sa Croix mais n’avaient, il ne le voyait que trop clairement, d’autres buts que de conquête et de carnage. Avec une tristesse sans borne, il observa leur progression, si rapide et si cruelle qu’elle bouleversera pour toujours la face du pays. Ils les vit, pendant cinq cycles (520 ans), mus par leur cupidité, élargir le champ de leurs exactions, fabriquer des armes toujours plus destructrices, et sembler même lancer un défi aux dieux.

Alors, tout son travail lui sembla vain et dérisoire. Où étaient donc ses villes resplendissantes et leurs fresques multicolores ? Où donc étaient ceux qui suivaient joyeusement sa loi, les enfants heureux trouvant leurs délices dans son seul contact ? En gémissement d’agonie, il pria alors pour son peuple.

Peu avant de partir, il fera part de ses visions aux Toltèques, dans l’espoir qu’ils suivent mieux sa voie et ainsi, écartent autant que possible la menace de leur réalisation. Il les engagera à mettre leurs écritures sacrées en sécurité, dans des cavernes secrètes, afin que leurs descendants puissent s’en nourrir, et à transmettre de génération en génération sa prophétie selon laquelle le Popocatepetl annoncerait par de forts grondements l’approche de chacune de ces menaces. Enfin, pour donner à son avertissement encore plus de force et de permanence, il tailla dans la montagne un bloc de roche géant et y grava en lettres intriquées les cycles futurs de Vénus ; puis il inscrivit à son sommet la date fatidique — 1519 — afin que nul n’oublie les maraudeurs blancs.

Si certains n’y croyaient pas, beaucoup, cependant, pleuraient à la pensée que tant de beauté pût s’écrouler si facilement. Mais sur les hauteurs du volcan, un autre cycle lui avait été révélé. Alors qu’il regardait la vallée, en contrebas, il vit un rayon doré illuminer un pays nouveau. C’était en 2039. L’humanité était enfin sortie de cette ère de carnages et de guerres qui avaient marqué son enfance. Tout devant lui n’était que splendeur. Parsemés dans le pays, de vastes centres de savoir, aux bibliothèques immenses, riches de livres de tous les pays, avaient fleuri, et dont les murs portaient, inscrites aux yeux de tous, ses paroles. Dans ses temples sacrés, restaurés avec amour, le clergé gardait une fois encore la Voie sacrée. Au moment de ses adieux à Tollan, il révéla ce cycle au peuple assemblé, puis il lui adressa ces mots, en guise de viatique et de promesse, pour l’encourager à tenir dans les temps à venir : « Venez avec moi et parcourons ensemble cette ère future. Voyez ses bâtiments resplendissants, de matériau inconnu, et les nouveaux modes de transport qui sillonnent le pays. Visitons ensemble ses jardins et ses parcs avec leurs fleurs et leurs oiseaux ; observez attentivement le visage des gens, que nulle peur ne voile plus, et voyez-les resplendir de ma lumière. Contemplez cet âge où l’humanité adulte marche vers sa destinée — l’Age d’Or du savoir, emportez avec vous cette vision, tout au long des âges, et souvenez-vous toujours de Kate-Zahl, le prophète. »

Dans les villages du désert américain vivent quelques hommes qui se souviennent de ces paroles, car ici aussi, il a promis de revenir un jour futur. Patiemment ils l’attendent, et font brûler chaque nuit une chandelle, pour hâter son retour, selon sa recommandation : « Si tu es fidèle à mon enseignement, et pour montrer que tu as vécu ta journée dans la justice, laisse brûler une chandelle la nuit, jusqu’à ce qu’un matin, dans la lumière de l’aube, je revienne pour te conduire dans le royaume de mon Père. »

Et dans les profondeurs des jungles du Yucatan vit un peuple caché, un clergé sacré, qui garde sa voie depuis de nombreux siècles. On dit que dans son temple brûle aussi une lumière, celle même qu’il y a 2 000 ans alluma le prophète le jour de ses adieux.

La découverte des Dix Commandements

A l’appui de sa thèse, Taylor Hansen cite la découverte dont Bancroft fit état vers 1860, dans son ouvrage Native Races : un peu en-dessous d’un cercueil de chêne que l’on avait exhumé d’une épaisse couche d’argile, et contenant, outre un squelette, divers ornements de pierre et de cuivre, on mit à jour un coffret de pierre parfaitement ajusté et étanche, à l’intérieur duquel on trouva une tablette de pierre d’environ 20 cm de long sur 4 d’épaisseur. Sur cette tablette était gravée la figure d’un homme à longue barbe et portant une robe lui descendant aux pieds, selon toute apparence un prêtre, ainsi qu’une série de caractères dans lesquels un membre du clergé local affirma avoir reconnu le texte hébreu des Dix Commandements.

* L. Taylor Hansen, He Walked the Americas, Amherst Press, Amherst, Wisconsin, 1963, USA.

[Le Maître de Benjamin Creme a confirmé que le Maître Jésus avait enseigné pendant de nombreuses années en Polynésie et en Amérique (du Nord, Centrale et du Sud), au cours des VIe et VIIe siècles.]

Amérique du Nord Auteur : Bette Stockbauer, journaliste freelance associée avec Share International, basée à Red Rock, Texas (Etats-Unis).
Thématiques : peuples et traditions, sagesse éternelle
Rubrique : Compte rendu de lecture ()