Partage international no 413 – février 2023
par Bette Stockbauer
De la Polynésie à la côte Est des Etats-Unis, du Canada à l’Amérique du Sud, il fut appelé par différents noms : le Guérisseur, le Prophète, le Thaumaturge, le Dieu de la lumière de l’aube, le Dieu du Vent, l’Instructeur, le Maître à la robe blanche… Bien que les noms diffèrent, les légendes renvoient toutes le même écho.
Les Polynésiens racontent que trois grands bateaux arrivèrent de l’ouest, d’où apparut un homme vêtu de blanc qui vint vers eux en marchant sur les flots. Il avait le teint clair, et sa barbe jetait des reflets dorés dans le soleil levant. Quand il atteignit la terre, tous virent que sa robe était sèche. Ils surent alors qu’il était Dieu. Les spécialistes considèrent que cette légende date du Ier siècle de notre ère.
Chez les Toltèques, dans ce qui est aujourd’hui le Mexique, vécut un prophète aux yeux gris-verts et aux sandales dorées. Entouré de douze disciples, il enseigna au peuple sa religion de paix.
Les bâtisseurs de tumulus d’Amérique du Nord témoignent d’un grand guérisseur, capable même de ressusciter les morts. Circulant parmi le peuple, il levait les mains en signe de bénédiction – chacune de ses paumes portant une mystérieuse croix.
Telles sont les histoires que murmurent depuis près de deux mille ans les saints et les gardiens de légendes d’Amérique et d’Océanie.
Découvrir les légendes sacrées
En 1918, Lucile Taylor Hansen, était une jeune étudiante en séjour dans une tribu Ojibwés du Michigan. Son intérêt allait au-delà de ses seules études : la langue, les danses, la culture et la religion de cette tribu toucha profondément son âme. Elle sut gagner, par sa sympathie et son intérêt véritable pour ses coutumes et son histoire, la confiance de son chef, Tonnerre noir. Celui-ci partagea beaucoup de son savoir avec elle et révéla qu’un saint homme, dans les temps anciens, rendit visite à la tribu. Cet homme vint aux « Indiens » à l’époque où leur empire était uni et que les grandes cités s’étalaient sur des kilomètres. Partout où il allait se produisaient des miracles, et toujours il parlait du Royaume de son Père.
Dans cette brève histoire, Lucile Hansen sentit le germe d’une histoire plus grande. Cet été là, une assemblée des tribus fut convoquée, afin que toutes confient leurs légendes sacrées à la jeune étudiante. Le travail de cette dernière consisterait à consigner leurs récits dans un livre et de les sauver de l’oubli. Ainsi naquit le projet de son ouvrage, He Walked the Americas1 (Il a parcouru les Amériques), dont elle collectera les éléments quarante-cinq années durant sur deux continents. Ce qui suit est le récit que L. Hansen a recueilli au début de son aventure. Il est centré sur un thaumaturge au teint clair, à la robe blanche, dont les yeux gris-verts semblaient sonder l’avenir.
A l’aube de l’ère chrétienne
L’ouvrage commence par décrire les civilisations qui, de l’avis de bon nombre de spécialistes, florissaient sur ce continent au début de notre ère. Elles avaient alors quelque mille ans d’avance sur celles d’Europe. L. Hansen donne à voir un tableau brillant de ces temps. Dans une grande partie de l’Amérique du Nord, les Indiens formaient alors un empire unifié et prospère, dont la capitale se situait à l’emplacement de l’actuelle Saint-Louis (Missouri) et leur ville sacrée se trouvait au Michigan. C’était la civilisation des bâtisseurs de tumulus, dont les artefacts et l’histoire ont été préservés dans la terre. Leurs rues et leurs temples étaient bordés de verts parterres de fraisiers. Les mines de cuivre fournissaient à trois nations un métal solide.

Atlantes de Tula, capitale toltèque
En Amérique centrale, l’empire toltèque prospérait ; il avait pour capitale Tula (que certains rapprochent du site archéologique de Teotihuacán) et pour cité sacrée Cholula. La civilisation toltèque, réputée pour ses savants et ses artisans, construisit de splendides palais et temples aux murs ornés de magnifiques peintures multicolores et comprenait les sciences de la terre et des cieux.
Enfin, les hauts plateaux andins d’Amérique du Sud accueillaient une civilisation aussi avancée. Ils nous ont laissés des pictogrammes géants et mystérieux, si impressionnants vus des airs, qui paraissent dater de cette époque. Toutes ces civilisations entretenaient probablement entre elles des relations multiples, notamment commerciales, par mer et par un réseau de grandes routes terrestres qui maillait alors le continent.
Mais aussi avancées qu’elles fussent, leur pratique de l’esclavage et des sacrifices humains, avec leurs conséquences inévitables que sont la guerre et le vol, constituait une grave menace pour leur stabilité et engendrait parmi ces peuples un climat d’insécurité. C’est pour guérir cette grande plaie que vint le Prophète.
Le voyage aux Amériques
Il commença son long voyage par la Polynésie où, selon des traditions que certains spécialistes font remonter aux premiers siècles de notre ère, il admonesta le peuple afin qu’il abandonne les armes et que soient résolues les inimitiés. Les habitants se prosternèrent humblement devant lui, honteux que les premiers mots de celui qu’ils considéraient comme Dieu soient des mots de colère. D’île en île, il répandit sa religion d’amour et à son départ, les peuples étaient unis, comme ils le sont toujours à ce jour, par la culture et la tradition.

Temple de la Lune, site archéologique de Pachacamac, Pérou
Il se rendit ensuite à Pachacamac, au Pérou. Ayant déjoué, par la protection spéciale dont il semblait jouir, les tentatives d’assassinat du clergé jaloux, il nettoya les temples et gagna si bien le cœur du peuple qu’il dut, au moment de partir enseigner aux tribus guerroyantes du Brésil, lui expliquer par cette parabole les raisons de son départ : « Si vous aviez un troupeau de lamas et que l’un d’eux soit tombé dans un canyon, n’iriez-vous pas le chercher, en réponse à ses cris ? Ainsi dois-je aller sauver mes lamas, car ce sont les affaires de mon Père. » Il reviendra des années plus tard dans le pays, en tant que dirigeant toltèque, pour y poursuivre ses enseignements et sa réforme des temples.
Du Brésil, il voyagea vers le Nord par les Caraïbes et le Golfe du Mexique, s’arrêtant dans les ports maritimes chemin faisant. C’est pendant ce temps qu’il reçut un de ses nombreux noms – Hurukan – pour avoir calmé les vents d’une violente tempête qui balayait la côte.
Initialement, les dirigeants étaient effrayés par son pouvoir, mais une réputation croissante de sainteté le précédait lors de ses voyages. Les marchands qui sillonnaient le continent rapportaient ses miracles de plus en plus nombreux (guérisons, apprivoisements de bêtes féroces, etc.). Bientôt, son nom fût murmuré partout et les peuples attendaient sa venue bien avant que ses sandales n’aient touché le sol de leur pays.
Son chemin l’entraîna plus au Nord, et remontant le Mississipi il parvint au Canada. A ce jour, les tribus qu’il visita se souviennent de sa venue – les Cherokees, les Chippewas, les Cris, les Algonquins, les Dakotas, les Chaouanons, les Pawnees, les Chactas et les Sénécas. Ils voient encore sa longue robe blanche ornée de croix noires aux ourlets. Ils se remémorent affectueusement la façon dont il bénissait les petits enfants.
On disait qu’il connaissait mille langues, car chaque fois qu’il devait séjourner dans l’une de ces nations, il commençait par en apprendre la langue. Dans les villes, il réaménagea les temples, les décorant de riches couleurs et de symboles des quatre directions. Il transforma et renouvela les anciennes cérémonies, remplaçant, en particulier, le sacrifice d’enfants par le baptême, et la danse totémique par la danse du soleil, dont il fit un rite de pénitence et d’expiation. Il donna une nouvelle signification à la hutte de sudation, à la hutte médicale ainsi qu’au rite du calumet. Il enseigna à prier le Père, chanté en cadence, dont l’écho s’entendait dans les temples, et la Règle d’Or : « Ne tuez ni ne blessez votre prochain, car ce n’est pas à lui que vous faites du tort, mais à vous-même ; faites-lui du bien, au contraire, et augmentez ses jours de bonheur ; vous augmenterez ainsi les vôtres. »
Partout où il séjournait, il s’entourait de douze disciples – qu’il formerait soigneusement, tout au long de son séjour, à ce nouvel enseignement. Les symboles et les cérémonies restent profondément ancrés dans la vie des Amérindiens actuels, tel un rappel quotidien de ses enseignements. Dans les petits villages, il distribua des graines qu’il avait apportées avec lui et montra aux villageois de nouvelles manières de les planter. A ce sujet, il enseigna : « Quand les peuples sont affamés, plutôt que faire la guerre, priez le Père, que vos besoins soient comblés. »
Chaque matin avant que l’étoile du Matin n’apparaisse (c’est-à-dire Vénus), il était de notoriété que le Guérisseur se tenait silencieusement en prière, attendant sa lumière. Pour les Indiens, elle devint son étoile, et c’est en se fondant sur son cycle qu’il créa un nouveau calendrier pour ces peuples. A l’époque de la Conquête de l’Ouest [américain], les pionniers savaient que les tribus indiennes ne faisaient jamais la guerre lorsque l’astre éclairait le ciel.
Note de la rédaction :
Le Maître de Benjamin Creme a confirmé que le Maître Jésus avait enseigné pendant de nombreuses années en Polynésie et en Amérique (du Nord, Centrale et du Sud), au cours des VIe et VIIe siècles.]
Q : Vous avez signalé que Jésus s’était précédemment incarné parmi les Indiens d’Amérique. Pourriez-vous nous fournir plus d’informations à ce propos ?
Benjamin Creme : Jésus enseigna aux autochtones « Indiens » d’Amérique aux VIe et VIIe siècles, prédisant la venue d’un grand instructeur en provenance de l’Orient. Différentes formes du nom de Jésus étaient connues, au moins jusqu’à ces derniers temps, dans la tradition orale des différentes tribus indiennes, au nord et au sud de l’Amérique. Jésus se rendit ensuite en Polynésie, où il enseigna aux peuples de ces îles. Les Mormons sont le seul groupe, que j’ai rencontré, à connaître l’existence de ces faits. (PI, novembre 1988)
1 – Lucile Taylor Hansen, He Walked the Americas (Il a parcouru les Amériques, non traduit), Amherst Press, Amherst, Wisconsin, 1963, Etats-Unis.
La seconde partie de cet article paraîtra dans notre prochain numéro de mars.
Amérique du Nord, Amérique du Sud
Auteur : Bette Stockbauer, journaliste freelance associée avec Share International, basée à Red Rock, Texas (Etats-Unis).
Thématiques : spiritualité
Rubrique : Compte rendu de lecture ()
