Etats-Unis : manifestations pour la désescalade nucléaire

Partage international no 411novembre 2022

par Julia Conley

Alors qu’un nouveau sondage montre cette semaine que la crainte des Américains d’une guerre nucléaire ne cesse de croître depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février, les militants antinucléaires exhortent les parlementaires fédéraux à prendre des mesures pour réduire ce risque et s’assurer que les Etats-Unis font tout leur possible pour désamorcer les tensions avec les autres puissances nucléaires.

Le 14 octobre, des groupes pacifistes, dont Peace Action (Action pacifiste) et RootsAction (Action des racines), ont organisé des rassemblements devant les permanences des sénateurs et des députés américains dans plus de 40 villes de 20 États. Ils les ont appelés à faire pression en faveur d’un cessez-le-feu en Ukraine, de la relance des traités antinucléaires dont les Etats-Unis se sont exclus ces dernières années, et d’autres actions législatives visant à prévenir une catastrophe nucléaire.

« Toute personne vigilante devrait s’inquiéter du danger croissant de la guerre nucléaire, mais ce dont nous avons vraiment besoin, c’est d’actions, a déclaré Norman Solomon, cofondateur de Roots-Action, à Common Dreams. Les rassemblements devant les bureaux de tant de parlementaires à travers le pays montrent que de plus en plus de citoyens en ont assez de la frilosité des élus, lesquels refusent de voir l’ampleur du risque de guerre nucléaire, de s’exprimer et de prendre des mesures pour atténuer le danger. »

 

Une inquiétude persistante et inhabituelle

Un sondage du 10 octobre, publié par Reuters/Ipsos, a montré que 58 % des Américains ont peur que les Etats-Unis se dirigent vers une guerre nucléaire.

Le niveau de crainte concernant un conflit nucléaire est plus faible qu’il ne l’était en février et mars 2022, peu après l’invasion de l’Ukraine, mais les experts ont déclaré ce 14 octobre que ce sondage révèle une inquiétude persistante et inhabituelle concernant l’utilisation des armes nucléaires. « Je n’ai pas vu un tel niveau d’anxiété depuis la crise des missiles cubains, a déclaré Peter Kuznick, professeur d’histoire et directeur de l’Institut d’études nucléaires de l’Université américaine, au journal The Hill. Et cette crise a été de courte durée. La crise actuelle dure depuis des mois. »

Chris Jackson, vice-président d’Ipsos, a déclaré à The Hill qu’il ne se « souvenait pas d’un moment au cours des vingt dernières années où nous avons connu ce niveau d’inquiétude concernant une possible apocalypse nucléaire. »

Le mois dernier, V. Poutine a menacé d’utiliser des armes nucléaires, affirmant que les Etats-Unis avaient créé « un précédent » en larguant deux bombes atomiques sur le Japon en 1945. Il a ajouté qu’il utiliserait « tous les moyens disponibles » pour défendre la Russie.

Le New York Times a rapporté cette semaine que « de hauts responsables américains déclarent n’avoir aucune preuve que le président Poutine procède à un quelconque déplacement de ses actifs nucléaires, mais qu’ils sont également beaucoup plus préoccupés qu’ils ne l’étaient au début de ce conflit par la possibilité qu’il déploie des armes nucléaires tactiques ».

Afin de dissiper ces inquiétudes les membres du rassemblement Defuse Nuclear War (Désamorcer la guerre nucléaire) ont demandé aux membres du Congrès :

– d’adopter une politique de « non-recours en premier » aux armes nucléaires, afin de réduire les possibilités légales dans lesquelles le président des Etats-Unis pourrait envisager une frappe nucléaire et de rappeler que ces armes sont destinées à la dissuasion plutôt qu’à la guerre ;

– de faire pression pour que les Etats-Unis réintègrent le traité sur les missiles antibalistiques (ABM), dont ils se sont retirés en 2002, et le traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (INF), dont ils se sont retirés en 2019 ;

– d’adopter la résolution H.R.1185, qui demande au président « d’adhérer aux objectifs et aux dispositions du traité sur l’interdiction des armes nucléaires et de faire du désarmement nucléaire la pièce maîtresse de la politique de sécurité nationale des Etats-Unis. » ;

– de réorienter les dépenses militaires, qui représentent la moitié du budget discrétionnaire du pays, afin de garantir que chaque Américain bénéficie de « soins de santé, d’une éducation, d’un logement et d’autres besoins fondamentaux » et que les Etats-Unis prennent des mesures ambitieuses en matière de climat ;

– de faire pression sur l’administration Biden pour qu’elle réduise le niveau d’alerte qui permet actuellement le lancement rapide des armes nucléaires et « augmente le risque de déclenchement en réponse à une fausse alerte », selon les organisateurs de Defuse Nuclear War.

 

Une opportunité

« Nous en avons assez que les membres du Congrès agissent comme des observateurs au lieu de susciter des mesures que le gouvernement américain pourrait prendre pour réduire les risques terriblement réels d’annihilation mondiale, a déclaré N. Solomon à Common Dreams. Le silence absurde des membres du Congrès est intolérable – et il est temps de leur mettre le pied à l’étrier. »

Le pouvoir détenu par les présidents Biden et Poutine, ainsi que les dirigeants des sept autres puissances nucléaires du monde est « inacceptable, écrit Kevin Martin, président de Peace Action, dans une chronique du 13 octobre. Cependant, la crise actuelle offre l’opportunité de remobiliser les citoyens sur la question du désarmement nucléaire afin de montrer à notre gouvernement qu’il doit prendre au sérieux la réduction, et non le renforcement, de la menace nucléaire. »

En plus des rassemblements du vendredi 14, les militants ont organisé une journée d’action le dimanche 16 octobre, avec des manifestations, la distribution de tracts et le déploiement de banderoles appelant à une désescalade de la menace nucléaire.

Auteur : Julia Conley, journaliste à Common Dreams (commondreams.org)
Sources : Common Dreams
Thématiques : Société
Rubrique : Divers ()